Alors que l’électronique à base de silicium approche de ses limites fondamentales, les chercheurs se tournent vers les molécules en tant que dispositifs fonctionnels les plus petits possibles. L’électronique moléculaire remplace les transistors classiques par des molécules individuelles qui contrôlent le courant via des effets quantiques plutôt qu’un flux de charges classique.
Des progrès récents montrent que des interrupteurs, diodes et transistors moléculaires peuvent désormais être construits plus fiables et mesurés de manière plus reproductible que jamais. Les avancées dans la fabrication et le contrôle des interfaces ont réduit les problèmes persistants d’instabilité et de variabilité. Ensemble, ces développements suggèrent que l’électronique moléculaire dépasse désormais les expériences de preuve de concept et se dirige vers des architectures pratiques capables de supporter des systèmes électroniques ultra-denses et à basse consommation, au-delà des technologies semi-conductrices actuelles.
Pendant plus d’un demi-siècle, la miniaturisation des transistors a conduit à une électronique plus rapide et moins chère. Cette stratégie arrive aujourd’hui à ses limites. À l’échelle du nanomètre, les effets quantiques perturbent le fonctionnement classique des dispositifs, tandis que les coûts de fabrication continuent d’augmenter fortement. Ces pressions ont poussé les chercheurs à chercher des alternatives qui ne reposent pas sur une miniaturisation supplémentaire du silicium. L’électronique moléculaire offre une telle option en utilisant des molécules uniques comme éléments électroniques actifs dont les propriétés peuvent être ajustées par conception chimique. Pourtant, ce domaine a dû faire face à des obstacles persistants, notamment des performances instables des dispositifs, une faible reproductibilité et des difficultés d’intégration à grande échelle. Face à ces défis, une exploration plus approfondie de nouvelles stratégies de fabrication moléculaire est devenue essentielle.
Dans une revue de 2025 publiée (DOI : 10.1038/s41378-025-01037-8) dans Microsystems & Nanoengineering, des chercheurs de l’Université de Xiamen analysent comment la fabrication à l’échelle atomique refaçonne l’électronique moléculaire. L’article, publié début 2025, résume les progrès récents dans la construction, la stabilisation et la mesure des dispositifs électroniques à molécule unique. Il décrit également des stratégies émergentes qui combinent l’auto-assemblage moléculaire avec les techniques de microfabrication et de nanofabrication établies. Ensemble, ces approches indiquent une voie possible vers des circuits moléculaires intégrés capables de fonctions logiques et de calcul à des dimensions bien inférieures aux technologies au silicium actuelles.
Au cœur de l’électronique moléculaire se trouve la jonction moléculaire, où une seule molécule relie deux électrodes. À cette échelle, les électrons se déplacent par effet tunnel plutôt qu’en s’écoulant comme des courants classiques. Ce comportement permet aux molécules d’agir comme des interrupteurs, redresseurs ou transistors – si elles peuvent être assemblées et contactées de manière fiable.
La revue met en lumière comment les méthodes de fabrication récentes relèvent ce défi. Les jonctions statiques créées par des nanogaps contrôlés ou des couches moléculaires auto-assemblées offrent une stabilité mécanique améliorée. Les techniques dynamiques, qui forment et rompent de manière répétée des contacts moléculaires, fournissent des mesures statistiquement robustes qui révèlent le comportement moléculaire intrinsèque plutôt que le bruit expérimental.
Les chercheurs ont également dépassé les électrodes métalliques traditionnelles. Des matériaux à base de carbone comme le graphène et les nanotubes de carbone réduisent les interférences de signal indésirables et améliorent le contrôle du couplage molécule-électrode. Parallèlement, les méthodes de positionnement à base d’ADN permettent de placer des molécules et des nanoparticules avec une précision quasi atomique, ouvrant de nouvelles voies vers des réseaux moléculaires ordonnés.
Fait important, ces avancées techniques ne sont plus seulement des démonstrations de faisabilité. La revue montre que les dispositifs moléculaires peuvent désormais être conçus pour répondre de manière prévisible à la lumière, aux champs électriques, aux états redox ou aux forces mécaniques – des exigences clés pour de véritables fonctions électroniques.
« Le domaine évolue de la question de savoir si les dispositifs moléculaires fonctionnent vers la compréhension de comment ils peuvent fonctionner de manière fiable », expliquent les auteurs. Ils notent qu’un meilleur contrôle des interfaces et des conditions de fabrication a significativement réduit les variations de performances entre les dispositifs. Selon la revue, ces progrès marquent un tournant : l’électronique moléculaire n’est plus limitée par la physique fondamentale, mais par des défis d’ingénierie qui pourraient être résolus en intégrant la précision à l’échelle atomique avec les technologies de fabrication existantes.
Si ces tendances se poursuivent, l’électronique moléculaire pourrait remodeler l’avenir du calcul et de la détection. Les dispositifs construits à partir de molécules uniques promettent une miniaturisation extrême et une consommation d’énergie ultra-faible, les rendant attractifs pour les circuits logiques, les technologies de mémoire et les systèmes neuromorphiques de nouvelle génération. Les jonctions moléculaires pourraient aussi permettre des capteurs capables de détecter des signaux chimiques ou biologiques avec une sensibilité à la molécule unique. La revue souligne que l’intégration tridimensionnelle – déjà utilisée dans les emballages semi-conducteurs avancés – pourrait être cruciale pour transformer les composants moléculaires en circuits fonctionnels. Bien qu’un déploiement pratique reste un objectif à long terme, l’électronique moléculaire est de plus en plus considérée comme une technologie post-silicium crédible.
Article : Molecular electronic devices based on atomic manufacturing methods – Journal : Microsystems & Nanoengineering – DOI : Lien vers l’étude
Source : Microsystems & Nanoengineering



















