“Des objectifs européens ne suffiront pas à exploiter le potentiel du biométhane et de l’hydrogène”

Les gaz renouvelables et l’hydrogène constituent une énorme opportunité pour les objectifs climatiques de l’Europe. Mais à moins de mettre en place des mesures réglementaires fortes, ces gaz ne bénéficieront pas d’un accès aisé au marché, mettant ainsi à mal leur capacité à contribuer à la décarbonisation de l’UE, ont expliqué les experts du Centre sur la régulation Europe (CERRE) dans un nouveau rapport.

L’étude du CERRE confirme le potentiel commercial du biométhane et de l’hydrogène dans l’UE, mais constate que leur coût de production actuel est de deux à cinq fois supérieur au prix actuel du gaz naturel sur le marché de gros. En l’absence de mécanismes de soutien, ce coût plus élevé risquerait d’entraver leur compétitivité. Les auteurs de l’étude présentent des recommandations visant à exploiter au mieux ce potentiel à la lumière des objectifs de décarbonisation de l’Union européenne.

« Il est très peu probable que les gaz renouvelables et l’hydrogène ne pénètrent véritablement le marché sans soutien adéquat, et ce malgré un potentiel de production énorme en Europe », expliquent les auteurs de l’étude du CERRE. « Si les responsables politiques européens veulent exploiter au mieux le potentiel de décarbonisation de l’hydrogène et des gaz renouvelables, ils ne peuvent se contenter de fixer des objectifs quantitatifs. Ils doivent mettre en place des systèmes de soutien économique, accroître l’accès au réseau pour ces gaz, renforcer la transparence et l’interopérabilité des garanties d’origine, sans oublier de mesurer l’impact de ces politiques au fil du temps ».

1. Fixer des objectifs européens pour le biométhane d’ici 2030 et 2050

Les responsables politiques devraient fixer des objectifs à l’échelle européenne pour aider les gaz renouvelables et l’hydrogène à pénétrer le marché. La part de marché du biométhane dans l’UE devrait atteindre 10% d’ici 2030 et entre 30% et 50% d’ici 2050, en fonction de la baisse de la demande en gaz naturel. Par ailleurs, les auteurs estiment qu’à ce jour, l’hydrogène issu du gaz naturel intégrant la technologie de capture et stockage du carbone (CSC) reste la solution la plus rentable. En effet, l’hydrogène issu de l’électricité renouvelable ne sera guère compétitif à court terme, en raison de la présence encore insuffisante des renouvelables et des périodes limitées durant lesquelles les prix de l’électricité sont suffisamment bas. Ils recommandent également que tout hydrogène produit en 2050 soit totalement exempt de carbone. Enfin, ces objectifs devraient être inscrits dans les plans nationaux Énergie-Climat afin d’en assurer la réalisation.

2. Garantir la traçabilité des gaz renouvelables via un système de certification

Les normes pour les gaz renouvelables doivent être définies au niveau européen, rendant ainsi les certificats de garantie d’origine interchangeables entre États membres et assurant la compatibilité avec le système européen d’échange de quotas d’émissions (ETS).

3. Faciliter l’accès à l’infrastructure pour les producteurs de gaz renouvelables

Les installations de production de gaz renouvelables pourraient bénéficier de réductions sur les frais fixes d’accès au réseau de gaz. Un accès prioritaire en cas de congestion pourrait également leur être accordé.

4. Introduire des dispositifs de soutien pour uniformiser les règles du jeu

Les auteurs relèvent que le biométhane et l’hydrogène auraient davantage d’atouts pour rivaliser sur le marché avec un signal de prix du CO2 suffisamment fort. Ils recommandent la création de programmes de soutien afin de stimuler la demande en gaz renouvelables et en hydrogène. Ces instruments devraient être basés sur un système d’appel d’offres concurrentiel et incorporer des mécanismes d’adaptation à l’évolution des coûts.

« L’étude montre qu’il y a bien plus à faire que simplement fixer des objectifs pour les gaz renouvelables et l’hydrogène. Il est désormais primordial de redéfinir le potentiel d’intégration et de couplage entre gaz, électricité et d’autres secteurs pour les décennies à venir », conclut Máximo Miccinilli, Directeur du programme Énergie au CERRE.

À PROPOS DES AUTEURS
José Luis Moraga est chercheur associé au CERRE, professeur de microéconomie à la Vrije Universiteit Amsterdam et professeur d'organisation industrielle à l'université de Groningen. Il enseigne également les politiques de concurrence et de régulation à l'Amsterdam University College. Il est corédacteur de l'International Journal of Industrial Organization et rédacteur associé du Journal of Industrial Economics.
Machiel Mulder est professeur de régulation des marchés de l'énergie à l'Université de Groningen depuis 2013. Il est expert en économie et régulation des industries de réseau, en particulier du secteur de l'énergie. Il est également directeur du Centre for Energy Economics Research (CEER) de la Faculté des sciences économiques de l'Université de Groningen. De 2007 à 2013, il a été économiste en chef adjoint à l'Autorité néerlandaise de la concurrence (NMa).
Peter Perey est titulaire d'une maîtrise en économie de l'Université de Groningen. Il s'est spécialisé en économie de l'énergie et est actuellement chercheur au Centre for Energy Economics Research (CEER) de la Faculté des sciences économiques de l'Université de Groningen.
À PROPOS DU CERRE

Le CERRE (Centre sur la régulation en Europe) est un think tank indépendant basé à Bruxelles qui promeut une régulation ferme et cohérente pour les industries européennes de réseau et du numérique par le biais d'activités de recherche et de diffusion. Les membres du CERRE sont des régulateurs, des entreprises et des universités.
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