La société australienne Diraq, basée à Sydney, publie une feuille de route chiffrée jusqu’en 2033. Elle vise 150 000 qubits physiques dès 2029, puis des dizaines de millions, en exploitant les usines de semi-conducteurs existantes.
Diraq fixe un cap chiffré à l’informatique quantique. L’entreprise australienne détaille, dans un livre blanc, une trajectoire industrielle allant de 150 000 qubits physiques en 2029 à plusieurs dizaines de millions en 2033.
Une trajectoire en trois étapes
- 2029 : 150 000 qubits physiques et jusqu’à 1 000 qubits logiques
- 2031 : plus de 2 millions de qubits physiques et plus de 10 000 qubits logiques
- 2033 : plusieurs dizaines de millions de qubits physiques
Dans le vocabulaire quantique, les qubits physiques désignent les unités matérielles de calcul, tandis que les qubits logiques résultent de la correction d’erreurs appliquée à un grand nombre de qubits physiques. Pour accompagner la montée en puissance, l’architecture prévoit un million d’opérations corrigées d’erreurs par minute. Le dispositif combine une logique quantique rapide et des protocoles avancés de correction. Andrew Dzurak, PDG et fondateur de Diraq, estime que la montée en puissance ne repose pas sur une percée unique, mais sur la résolution simultanée de questions de physique, d’ingénierie et d’économie. L’objectif affiché consiste à sortir la technologie du laboratoire pour l’intégrer aux flux de calcul existants.
Une stratégie fondée sur les usines existantes
La stratégie de l’entreprise repose sur l’exploitation des infrastructures de fabrication de semi-conducteurs déjà en place. À grande échelle, Diraq vise un coût total du système inférieur à un dollar par qubit physique. Les processeurs quantiques sont conçus pour fonctionner dans des environnements de centres de données standard. Ils seront conditionnés en unités compatibles avec les baies de serveurs, aux côtés des équipements cryogéniques et des composants électroniques classiques.
Des équipes et des financements en croissance
Le livre blanc paraît dans une période d’expansion pour Diraq. La société a inauguré un nouveau centre technologique américain à Santa Monica, dédié à l’ingénierie des systèmes de qubits de spin en silicium. Le nouveau site vient compléter les équipes présentes à Sydney, Palo Alto et Chicago. En mai, Diraq a signé une lettre d’intention de 38 millions de dollars dans le cadre du CHIPS Act américain. En février, l’entreprise a obtenu un investissement de 20 millions de dollars australiens auprès de l’Australia’s National Reconstruction Fund Corporation.
Une validation scientifique
Sur le plan de la recherche, Diraq a publié en juillet des résultats dans Nature Communications. Les travaux démontrent le fonctionnement cohérent d’un réseau de huit qubits de spin en silicium fabriqué dans une fonderie commerciale. Le résultat constitue une étape vers la validation d’une approche de fabrication à plus grande échelle. La publication illustre la compatibilité de la technologie avec les lignes de production classiques.
Le pari du silicium
L’argument central de Diraq tient aux qubits de spin en silicium. Ils offrent une combinaison de densité, d’efficacité économique et de compatibilité avec un écosystème de semi-conducteurs pesant des milliers de milliards de dollars. Andrew Dzurak souligne que l’approche « offre une voie de fabrication éprouvée depuis des décennies, une courbe de coûts qui s’améliore à mesure que des qubits sont ajoutés, et un système conçu pour fonctionner au sein de l’infrastructure informatique existante d’aujourd’hui. »
Le lancement d’un premier produit commercial est annoncé pour 2029.
Diraq inscrit ainsi sa feuille de route dans une logique industrielle. L’entreprise mise sur les chaînes de fabrication éprouvées plutôt que sur une rupture technologique isolée, avec l’ambition de rendre les calculateurs quantiques aussi banalisés que les serveurs classiques.
















