Le groupe de BTP NGE, s’associe à NOVABION, LIRIS, LMDC et au Cerema pour développer un procédé de géopolymérisation. Le projet de 7,11 millions d’euros, financé par l’État dans le cadre de France 2030, vise à remplacer le ciment traditionnel par des matériaux issus du recyclage de chantier. L’objectif est de réduire de 65% les émissions de CO² par mètre cube de béton et de valoriser plus d’un million de tonnes de matériaux par an à terme.
Le ciment, composant essentiel du béton, représente un défi environnemental majeur. Sa production, particulièrement énergivore en raison de la teneur en clinker, génère des émissions de CO² significatives. Face à cette problématique, le groupe NGE, 4ème groupe de BTP en France, s’est associé à plusieurs partenaires pour développer une alternative radicale: remplacer intégralement le ciment par des géopolymères fabriqués à partir de déchets de chantier.
Un projet de longue haleine pour une transformation profonde
Le programme Géoliant, labellisé par le pôle de compétitivité CAP DIGITAL, s’étalera sur près de cinquante-deux mois à partir du 1er janvier 2026. Une première phase de trois années sera consacrée aux travaux de laboratoire avant d’envisager des expérimentations sur chantier. L’ambition des partenaires est d’atteindre un niveau de maturité technologique permettant le passage à l’échelle industrielle.
Cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de décarbonation du secteur de la construction. En France, la Fédération de l’industrie du béton a comptabilisé 19,72 millions de tonnes de produits en béton pour l’année 2023. Le potentiel de réduction des émissions est donc considérable.
Le projet repose sur plusieurs développements technologiques majeurs:
- Des formulations de béton géopolymère utilisant spécifiquement des déchets de chantier
- La création d’activateurs adjuvantés en poudre, présentant des avantages écologiques et économiques
- L’adaptation de procédés industriels à ces matériaux novateurs
- Une base de données couplée à un outil d’intelligence artificielle pour prédire les performances des géopolymères
Les avancées techniques doivent permettre de maintenir les propriétés mécaniques du béton tout en éliminant le composant le plus émetteur de carbone.
Un marché en devenir et des retombées économiques substantielles
Les partenaires du projet anticipent des retombées économiques significatives. Un chiffre d’affaires cumulé de 172 millions d’euros est envisagé pour la période 2030-2034, accompagné de la création de 185 emplois directs. L’adoption des géopolymères pourrait s’étendre aux secteurs du bâtiment, des travaux publics et du génie civil, tant en France qu’à l’international.
Le groupe NGE a fixé des objectifs ambitieux de valorisation des matériaux: 20 000 tonnes issues de ses chantiers d’ici 2035, avec une perspective à terme de plus d’un million de tonnes par an. Cette approche s’inscrit dans une logique d’économie circulaire, transformant les déchets de déconstruction en ressources pour de nouvelles constructions.
Une expérimentation concrète dans le Morbihan
Le département du Morbihan a manifesté son intérêt pour tester ces liants géopolymères bas carbone. Un projet pilote est envisagé pour 2028: la construction d’une voie cyclable. Cette expérimentation grandeur nature permettra de valider les performances des matériaux en conditions réelles et s’aligne avec la politique départementale de développement des mobilités douces et d’infrastructures durables.
Cette collaboration avec les collectivités territoriales constitue une étape importante dans le processus de validation et d’adoption des géopolymères. Elle démontre l’intérêt des acteurs publics pour des solutions de construction moins émettrices de carbone.
Vers une filière industrielle structurée
Le projet Géoliant participe à la structuration d’une filière industrielle française des géopolymères. Il repose sur une approche collaborative associant industriels et laboratoires de recherche, garantissant ainsi la performance et la certification des nouveaux matériaux.
La réduction des émissions de CO² annoncée est de l’ordre de 200 kilogrammes par mètre cube de béton géopolymère, soit une diminution de 65% par rapport au béton traditionnel. Cette performance, si elle est confirmée à l’échelle industrielle, pourrait modifier profondément les pratiques du secteur de la construction.
Le développement des géopolymères représente une transformation systémique qui implique une réorganisation des chaînes d’approvisionnement, une évolution des métiers et une adaptation des normes de construction. Le succès de leur initiative dépendra au final de la capacité des acteurs à surmonter ces défis tout en maintenant la compétitivité économique des solutions proposées.
Source : /CP NGE



















