Le développeur immobilier industriel Panattoni et le spécialiste photovoltaïque Sunrock étendent leur partenariat au marché français, visant à équiper les toitures d’entrepôts logistiques de panneaux solaires. Leur premier projet à Ormes, d’une capacité de 1,8 MWc, illustre une stratégie qui dépasse les obligations réglementaires pour répondre aux attentes environnementales des clients et des territoires.
Les toitures des entrepôts logistiques, souvent vues comme de simples abris, sont en train de devenir des actifs énergétiques stratégiques. Alors que la pression réglementaire et les attentes des investisseurs en matière environnementale s’intensifient, le secteur de l’immobilier industriel cherche à valoriser ces surfaces jusqu’alors sous-exploitées. L’annonce de l’extension du partenariat entre Panattoni, développeur immobilier industriel, et Sunrock, spécialiste des solutions photovoltaïques, s’inscrit dans cette dynamique de transformation du paysage énergétique français.
Une stratégie qui dépasse le cadre réglementaire
La loi Climat et Résilience impose aux nouvelles constructions de couvrir au moins 30% de leur surface de toiture avec des panneaux solaires ou des systèmes de végétalisation. Panattoni, présent en France depuis quatre ans, affiche des ambitions bien supérieures. L’entreprise, déjà signataire de la charte Afilog en 2021 qui prévoit une couverture minimale de 50%, vise désormais l’équipement intégral des surfaces exploitables. « Cette stratégie s’inscrit pleinement dans les objectifs nationaux de transition énergétique, en répondant à la fois aux obligations réglementaires et aux attentes croissantes des territoires, de nos clients et de nos investisseurs en matière de responsabilité environnementale », souligne Llorenç Jalle Garrido, directeur technique de Panattoni France.
Cette approche volontariste répond à une double logique :
- Réduire l’empreinte carbone des bâtiments sur l’ensemble de leur cycle de vie
- Proposer aux locataires des outils immobiliers alignés avec leurs engagements en matière de responsabilité sociale et environnementale
Un modèle économique basé sur l’autoconsommation collective
Le premier projet concret de cette collaboration franco-néerlandaise se matérialise à Ormes, où une installation de 1,8 MWc est en cours de développement. Cette capacité représente l’équivalent de la consommation électrique annuelle d’environ cinq cents foyers français. L’électricité produite ne sera pas injectée massivement sur le réseau national, mais distribuée localement selon un modèle d’autoconsommation collective.
« L’expertise de Sunrock sur le marché européen nous permet d’accompagner les ambitions de Panattoni avec une approche clé-en-main, adaptée aux spécificités françaises. Nous maîtrisons l’ensemble de la chaîne de valeur : ingénierie, réglementation, assurance, raccordement, et revente locale de l’énergie », précise Romain Bajas, project developer chez Sunrock France. L’objectif annoncé est de développer plusieurs dizaines de mégawatts-crête par an sur le territoire français.
La valeur ajoutée pour les acteurs économiques locaux
Cette transformation des toitures en centrales électriques décentralisées présente plusieurs avantages pour les différents acteurs concernés. Pour les locataires des entrepôts, l’accès à une électricité produite localement permet de réduire leurs factures énergétiques tout en améliorant leur bilan carbone. Pour les commerces et entreprises voisines, cela ouvre la possibilité de s’approvisionner en énergie renouvelable sans avoir à investir dans leurs propres installations.
Le modèle présente également un intérêt pour les collectivités territoriales, qui voient se développer sur leur territoire des sources d’énergie décarbonée, contribuant ainsi à l’atteinte de leurs objectifs climatiques. Enfin, pour Panattoni, cette stratégie constitue un argument commercial différenciant dans un marché concurrentiel, permettant d’attirer des clients soucieux de leur impact environnemental.
Les défis techniques et réglementaires
La solarisation des bâtiments logistiques n’est pas sans contraintes. Les toitures de ces structures, souvent de grande superficie, doivent être suffisamment résistantes pour supporter le poids des panneaux et des systèmes de fixation. L’orientation et l’inclinaison des toits, rarement optimisées pour la production photovoltaïque, nécessitent des solutions techniques adaptées.
Sur le plan réglementaire, le développement de l’autoconsommation collective implique de naviguer dans un cadre juridique complexe, qui évolue régulièrement. La mise en place de contrats de vente d’électricité entre producteurs et consommateurs locaux demande une expertise spécifique, tant sur les aspects techniques que commerciaux.
Le partenariat entre Panattoni et Sunrock s’appuie sur une expérience acquise sur les marchés néerlandais et allemand, où les deux entreprises ont déjà collaboré sur plusieurs projets. Cette connaissance des meilleures pratiques européennes devrait faciliter le déploiement de leur modèle en France, où deux autres projets sont annoncés pour 2026.
Cette initiative illustre une tendance plus large dans le secteur immobilier industriel, où la performance énergétique devient un critère déterminant dans les décisions d’investissement et de location. La certification BREEAM, référence internationale en matière de construction durable, prend désormais en compte la production d’énergie renouvelable sur site, renforçant ainsi l’intérêt économique de ces installations.
Alors que la France cherche à accélérer le développement des énergies renouvelables pour atteindre ses objectifs climatiques, la valorisation des surfaces commerciales et industrielles apparaît comme un levier important. Avec des millions de mètres carrés de toitures disponibles, le potentiel de développement est considérable. La réussite de projets comme celui d’Ormes pourrait inspirer d’autres acteurs du secteur à suivre cette voie, transformant progressivement le parc immobilier industriel français en un réseau de production d’énergie décentralisée.











