Les agrocarburants : ” Une autre vérité qui dérange “

Les agrocarburants ne sont pas la réponse aux changements climatiques, ni à la crise pétrolière. Oxfam publie aujourd’hui son rapport "Une autre vérité qui dérange". Il évalue les politiques actuelles en matière d’agrocarburants en apportant une attention particulière à leur impact sur les pays du Sud.

Le rapport établit que la politique en vigueur mène à l’insécurité alimentaire et à l’inflation, et ne répond en aucune manière aux crises climatique et pétrolière. Les plus pauvres sont touchés le plus durement par ces effets. La hausse mondiale des prix alimentaires serait également due, à hauteur de 30%, aux évolutions que connaît le marché des agrocarburants.

La demande croissante en agrocarburants accroît en réalité les problèmes climatiques. Les cultures destinées aux agrocarburants, comme l’huile de palme, prennent la place des puits de carbone que sont les forêts et les sols tourbeux. L’utilisation de ces sols pour les nouvelles cultures est responsable d’une augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Oxfam estime que l’objectif de 10% de consommation d’agrocarburants fixé par l’UE augmentera les émissions de telle sorte qu’en 2020 elles seront 70 fois supérieures aux émissions que l’UE espèrait éviter en ayant recours aux agrocarburants.

Le rapport établit également que les agrocarburants ne représentent pas non plus l’instrument adéquat pour diminuer la dépendance alimentaire des pays riches. Même si l’ensemble de la production mondiale de sucre et de grain était transformée en éthanol, nous ne pourrions baisser notre consommation d’essence et de diesel que de 40%. Les autorités ne peuvent pas utiliser les agrocarburants comme prétexte pour repousser la prise de mesures urgentes en matière d’énergie et de transport. Souvent moins chères, des mesures telles que l’investissement dans les transports publics et l’utilisation intelligente de l’énergie doivent parvenir à réduire la demande toujours croissante en carburants fossiles. Les pays riches doivent aussi mettre fin aux subsides et avantages fiscaux liés à l’utilisation d’agrocarburants.

La production d’agrocarburants a souvent lieu, dans le Sud, dans des conditions écologiques et sociales qui laissent à désirer. Le rapport montre, au moyen d’un certain nombre d’exemples, comment sont bafoués les droits liés à la terre ainsi que les normes fondamentales régissant le travail. Une telle production extensive, sans souci de durabilité et destinée à l’exportation vers les pays riches, n’est pas susceptible d’aider les pays en développement. Dans le contexte actuel de crise alimentaire, l’agriculture doit avant tout assurer la sécurité alimentaire.

Les pays riches doivent rapidement revoir les objectifs fixés en matière d’utilisation d’agrocarburants et procéder au gel immédiat de toute nouvelle initiative en la matière. L’Europe a encore la possibilité d’adapter sa politique en matière d’agrocarburants, dans le cadre de la Directive Energie Renouvelable, à une vision axée sur le développement durable. Les implications sociales doivent faire partie de cette démarche au même titre que les aspects écologiques.

En juillet, le projet de Directive sera voté au sein de deux commission du Parlement européen. L’UE espère encore arriver à une décision en la matière avant la fin de cette année.

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fredhu

Un autre exemple de la capacité de l’homme à voir seulement à court terme, à s’entousiasmer pour une technologie du moment qu’elle fait “blip” et un peu de lumière, sans chercher à appréhender le résultat final …Heureusement, il a réagit plutôt rapidement sur ce coup-là, mais comme pour le pétrole et son prix qui s’envole, peut-être est-ce uniquement parce que le paquet de spagetti s’est mis à réclamer plus d’heure de boulot  pour l’obtenir que notre bonne conscience jette maintenant le ban sur le carburant bio…Pas de méprise, je compatis bien évidemment avec ces 5 autres milliards d’humains qui ne pouvaient déjà pas se les payer, ces spagettis, et qui se demandent encore plus comment faire pour simplement survivre aujourd’hui.Ma diatribe est dirigée contre ce reste de l’humanité pour qui l’important est d’abord son automobile et son confort, aquis jusqu’à aujourd’hui aux dépens de cette autre hummanité.

Michel beaune

  Enfin l’ensemble des problèmes liés aux bioi-carburants sont abordés! Je ne sais quel est ce cabinet Oxfam, mais il seait intéressant de trouver d’autres articles provenant d’autres sources qui abordent cette problématique de la même façon assez exhaustive.

Michel beaune

  Enfin l’ensemble des problèmes liés aux bioi-carburants sont abordés! Je ne sais quel est ce cabinet Oxfam, mais il seait intéressant de trouver d’autres articles provenant d’autres sources qui abordent cette problématique de la même façon assez exhaustive.

Guydegif(91)

 Le mot essentiel qui a été omis dans cet article associé à agrocarburants est: ”…de 1ère génération”, donc ”agrocarburants de 1ère génération” càd ceux en conflit avec les cultures vivrières… Tout ce qui a été dit ci-dessus est applicable et vrai pour ces ”agrocarburants de 1ère génération” là, dérivés de blé, maïs, colza, tournesol, huile de palme, etc…qui ont le rôle prioritaire en premier lieu de nourrir les populations ! Ces ”agrocarburants de 1ère génération” sont condamnables, en effet, en raison de leur impact malsain sur les prix des matières premières vivrières, donc la pénurie nourriciaire qu’ils génèrent. cqfdCEPENDANt il ne faut pas jeter l’enfant avec  l’eau du bain…car il existe des BONS ”agrocarburants de 2ème génération”, dérivés de Biomasse (méthanisation de déchets de bois, bois de pousse rapide spécifique, plantes entières, lisier, etc…), de jatropha (plante non vivrières), de manioc amer (non comestible), etc… Ces ”agrocarburants de 2ème génération” non seulement n’interfèrent pas sur les prix de aliments, mais jouent un rôle de ”nettoyeurs”, créateurs d’emplois, réelles alternatives aux énergies fossiles, utilisables comme biogaz ou comme carburants liquides ( BtL – voir site http://www.choren.de, pax ex, ou voir  site IFP- Lyon E.Lebas – article Enerzine de hier…). Donc Messieurs et Mesdames d’OXFAM, votre discours mérite qq réserves et CORRECTIONS  car ne  s’applique qu’à une PARTIE des agrocarburants, ceux de 1ère génération,….même si les USA continuent d’en abuser, au grand dam des consommateurs de maïs pour faire des galettes, dont les mexicains, entre autres… Prière de ”ne pas jeter l’enfant avec l’eau du bain” svp ! Merci.Enerzine, Merci de corriger dans un futur article corollaire svp.A+ Salutations Guydegif(91)

pasnaif

D’accord avec vous: Le personnel d’OXFAM a dû se renseigner en écoutant les média ! Le simple fait qu’ils ne font pas de distingo entre la 1° génération et la suite le prouve. D’autre part le facteur annoncé (x70) est fantaisiste et bon à n’émouvoir que les journalistes. Ceci dit, une fois résolu le problème de faim dans le monde, cultiver les surfaces non utilisées (sans détruire la forêt) pour du bio 2° génération serait utile SI le carbone rejeté par l’exploitation/distillation est nettement inférieur à celui libéré par le pétrole évité.Comme nous n’avons pas de chiffres communément admis par toutes les parties (pro et anti), comme d’habitude, nous ne pouvons qu’en rester au niveau incantatoire, hélas.

Bertrand

On vous a mené en bateau avec les agrocarburants de première génération et on a vu le résultat.Maintenant, on vous mêne en bateau avec ceux de seconde génération et l’on constatera d’autres dégats dans quelques années. Les forêts doivent être préservées et non détruites comme en Indonésie (palmier à huile) ou au Brésil (soja ensuite remplacé par la canne à sucre : les sucrier peuvent prétendre qu’ils ne touchent pas à la forêt, ils envoient leurs copains du soja faire le sale boulot pour eux).Un agriculture durable et écologique a besoin de surface non cultivées pour permettre un assolement triennal. Dans ce système, la terre est en partie utilisée comme prairie temporaire ou pour une culture de légumineusez qui servent à la fois de fourrage (c’est mieux que le maïs et économe en eau) et d’engrais azotés naturels.Associé à des haies, ce système permet de conserver l’eau de pluie sur place, ce qui évite à la fois la sécheresse et les inondations.

Momo

On fait comment pour nourrir et apporter en + un minimum de confort  /  qualite de vie aux 3 milliards d’humains supplementaires qui s’annoncent pour les 25/ 30 ans qui viennent ? ( actuellement 76 millions de + chaque annee sur la Planete ,dont 16 a 18 rien qu’en Inde ….. et cela va s’accentuer encore ds. les 10 / 15 ans ….) Quelqu’un a-t’il un debut de reponse ? il risque d’y avoir une serieuse remise en question de nos ” priorites”  actuelles , non ? Qui va le dire en premier ?

marcob12

Le dossier des agrocarburants est d’une grande complexité et beaucoup s’y sont brûlés les doigts.En l’état il semble catastrophique pour toutes les raisons connues.Une méconnue est qu’un ha de maïs transformé en éthanol fera parcourir à une voiture moyenne de l’ordre de 22000km. La même voiture fera 67000km si des cultures sur le même ha sont méthanisées.Une voiture électrique de même masse fera 3 200 000km avec l’énergie récoltée par des photopiles sur cet ha avec les rendements actuels…Brûler un agrocarburant dans un moteur à explosion est un gaspillage énergétique catastrophique.La plante déjà ne transforme pas un pour cent du rayonnement solaire et le moteur à explosion ne transforme pas en travail utile plus du quart de l’énergie stockée dans le carburant.Qu’ils ne soient pas une réponse à la crise pétrolière, c’est évident.Qu’ils ne soient pas une réponse aux changements climatiques est probablement faux.Toutes les énergies sont émettrices de gaz à effets de serre (éolien, solaire nucléaire, etc…), moins que les hydrocarbures certes. Mais la seule façon connue de contrer la hausse des émissions  par des contre-émissions (émission négatives) passe par la filière des agrocarburants.Par ex méthanisation de cultures, reformation du méthane en hydrogène (brûlé en pile à combustible) et séquestration du carbone. Une tonne de carbone prélevée dans l’air, une tonne de carbone enfouie dans le sous-sol. Aucune autre source d’énergie connue ne peut faire ça.

Dan1

Pour compléter le propos de marcob12, je reviens sur le voiture électrique.Je cite : “Une voiture électrique de même masse fera 3 200 000km avec l’énergie récoltée par des photopiles sur cet ha avec les rendements actuels…” A première vue, la différence paraît extraordinaire. En fait, faisons un calcul simple :Un hectare de panneau PV à 120 Wc au m2 représente une puissance installée de 1,2 MW qui peuvent produire en France au moins 1000 heures en équivalent plien puissance soit 1,2 GWh par an.Maintenant une voiture qui consomme 6 litres/100, consomme environ 60 kWh/100 (1 litre de carburant = 10 kWh) avec un rendement moyen global qui n’excède pas 25 %  (optimiste). Si elle était électrique on peut envisager de doubler le rendement à 50 % et donc de faire la même chose avec 30 kWh/100.Dans ces conditions, une voiture alimentée par un hectare de panneau PV ferait 4 millions de km !Evidemment les choses ne sont pas aussi simple car il faut résoudre le problème du stockage et celui du prix des capteurs PV (à 7 Euros le Wc l’hectare coûte 8,4 millions d’Euros !, ce qui veut dire que sur 20 ans l’investissement coûterait environ 10 centimes d’euros au km parcourus).Même si l’existe actuellement des obstacles important au développement de la voiture électrique, on voit bien que c’est tout de même une forme d’utilisation de l’énergie qu’il va falloir sérieusement étudier.

marcob12

L’étude à laquelle je me suis référé sur l’usage énergétique comparatif des sols est parue en avril 2007 dans la revue “Photon-International”. Le véhicule “électrique” de l’étude est un hybride 2ème génération donc plus lourd qu’une voiture électrique. Par ailleurs les coûts de l’énergie vont conduire à des véhicules plus petits ayantsans doute recours aux composites et plastiques de façon plus importante, faisant baisser le coût au km parcourus.L’hybride à air comprimé que le licencié MDI aux USA va lancer en 2010 promet par ex de faire du 2l/100km sur de longs parcours (ordre de grandeur) en partie dû au recours aux composites.Le solaire (thermique et PV) connaît des taux de croissance de l’ordre de 50%/an et il n’y a pas un mois sans annonce faisant espérer une baisse significative des prix (récemment 5 à 7 cents/kwh du solaire thermique concentré d’ici quelques années).Les innovations et l’effet d’échelle (seulement 10GW de solaire PV mais +50%/an) vont baisser les prix.Il sera alors impossible de justifier les agrocarburants à grande échelle pour moteur thermique mais on continuera (l’infrastructure coûteuse mise en place verrouille tout retour en arrière).A terme si (comme c’est probable) les américains basculent massivement vers les véhicules hybrides et électriques, les cultures actuelles pourraient suffire à leurs besoins en carburants et donc toute fuite en avant serait injustifiée.

Dan1

Je pense que la traction électrique a beaucoup d’avenir du fait de l’excellent rendement du moteur électrique et de sa relative simplicité et aussi bien sûr car il ne produit aucune pollution locale lors de son utilisation. Encore faut-il résoudre le problème de l’autonomie et de la récharge rapide des batteries.En revanche, je reste réservé quant à l’intérêt du moteur à air comprimé dont je ne vois pas l’avantage global par rapport au moteur électrique car les problèmes de stockage, de production et d’utilisation sont au moins, sinon plus pénalisants.Pour ce qui est de la décroissance du prix du PV, ce ne sont pas les effets d’annonce sans lendemain qui me feront changer d’avis. Pour l’instant, tout ce qui est proposé sur le marché est très cher (des  installations à 10 Euros le Wc pour les particuliers) et les prix ne baissent pas… au contraire. En fait, il faudrait, au m2,  multiplier le rendement par 2 et diviser les prix par 10. Il y a du boulot pour les chercheurs !

Guydegif(91)

Je vous lis Dan1 et marcob12 et je suis d’accord avec vous pour l’essentiel de ce que vous dites,… que le PV reste cher, que faire l’air comprimé coûte cher, que les batteries c’est long à recharger, que les agrocarburants c’est pas mal mais pas solution à tout, qu’il faut du hybride: air comprimé+1 carburant, etc…MAIS,…j’insiste sur le fait qu’il faut laisser se développer et persister PLUSIEURS SOLUTIONS en // ! En clair: – laisser sur le marché des diesels, en leur adjoignant des FAP si possible, et en les faisant tourner avec 1 biodiesel de sources diverses comme agrodiesel 2ème géné (un max), après méthanisation+BtL (voir Choren),… – laisser sur le marché des essences, en les faisant tourner avec 1 bioéthanol de sources diverses comme agroéthanol 2ème géné (un max), après méthanisation + BtL (voir IFP-Lyon),…- mettre sur le marché et développer un MAX d’hybrides élec-diesel ou élec-essence, car compatible avec l’ancien monde ”fossile” tant qu’il y en a du ”payable” (à 170 USdollars/gallon dès cet été ça va être (encore plus) chaud!- mettre sur le marché et développer un MAX de voitures et utiliataires ELECTRIQUES, car des MW il y en a et y en aura de plus en plus avec le NUC, le Soleil, le Vent, la Biomasse, etc…- mettre sur le marché et développer un MAX de voitues et utilitaires AIR COMPRIME + 1 petit moteur_régime_constant_Compresseur_Air, car des MW pour faire tourner les compresseurs il y en a suffisamment …. Good Luck à toutes ces pistes, dont AUSSI les agrocarburants de 2ème géné, dont jatropha, biomasse_plaquettes_bois_&_plus, etc….A+ Salutations Guydegif(91)

marcob12

Globalement d’accord avec Dan1 avec juste la remarque que le moteur à air comprimé permet des économies substantielles à terme de lithium par ex. et réduit les problèmes de pénuries de matières 1ères comme les problèmes en aval de recyclage des batteries (les batteries sont les bouteilles en composite-carbone).Pour GuydeGif(91), j’ai plus de doute…Les solutions que vous proposez semblent allez dans le bon sens mais vous éludez un point qui pour moi est crucial : on prends conscience de plus en plus du fait que même si les nations développés réduisaient de 100% leurs émissions de CO2 d’ici 2050 (tache gigantesque), le développement des émergeants et l’améliorationde leur niveau de vie réduirait très probablement nos efforts à néant.En 2007 la Chine à elle-seule à raccordé à son réseau 114GW (essentiellement en centrales à charbon) et bien plus est à venir.Si nous n’émettons pas de contre-émissions les taux de CO2 continueront à augmenter très loin dans ce siècle et seuls les agrocarburants (végétaux terrestres et algues) correctement utilisés peuvent produire ces “émissions négatives”. Les surfaces utilisables étant déjà stressées par l’augmentation des populations, de leur niveau de vie et les agrocarburants pour moteur thermique, où pousseront donc les végétaux censés nous éviter un éventuel départ en vrille du climat, avec ses conséquences ?…Quand je disais plus haut que le dossier des agrocarburants était complexe, c’était un euphémisme.Le comprends le rapport de l’Oxfam dont le rôle est d’abord de songer aux plus pauvres, mais le climat nous concerne tous.On nous prédit déjà (Plus d’une chance sur deux, paraît-il) un pôle nord en plein océan cet été, vu la courbe de décroissance de la surface de glaces. Jusqu’où pouvons-nous continuer encore ?Nous sommes tous concernés par ce sujet d’où l’utilité pour le citoyen de s’informer et de partager le peu qu’il croit savoir…

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