Après des mois de désaccord, la France et l’Allemagne ont présenté un compromis sur la politique automobile de l’Union européenne, avec un objectif de réduction des émissions maintenu mais sans obligation de compensation.
Ce compromis met fin à des mois de désaccord entre les deux premières économies de l’Union européenne. Il devrait aussi orienter la politique automobile de l’Union, alors que les constructeurs chinois étendent leur présence en Europe. Selon le communiqué de l’Élysée, l’ambition commune est de « réussir la transformation de notre industrie automobile tout en préservant notre ambition climatique et en veillant à ce que les voitures de demain soient produites en Europe ».
Un compromis entre Paris et Berlin
Les deux gouvernements proposent également « une trajectoire européenne de décarbonation ambitieuse, assortie de la flexibilité réglementaire nécessaire pour tenir compte de la diversité des réalités de marché et des conditions technologiques ». Le paquet comprend aussi des incitations à l’investissement, à la recherche, à la production européenne et à la résilience des chaînes d’approvisionnement.
Sur le volet réglementaire, Berlin a accepté des règles de contenu local plus strictes pour les voitures dans le cadre du projet de règlement sur l’accélération industrielle (Industrial Accelerator Act), une demande portée de longue date par Paris. En échange, la France aurait soutenu l’assouplissement de la sortie programmée des moteurs thermiques voulu par l’Allemagne.
La Commission européenne avait proposé que les constructeurs réduisent de 90 % leurs émissions de CO2 d’ici 2035 par rapport à leur niveau de 2021, et qu’ils compensent les 10 % restants. Le plan franco-allemand maintient l’objectif de 90 %, mais supprime l’obligation de compensation, d’après Reuters.
Pour les voitures, le label « Made in EU » couvrirait les 27 États membres ainsi que les partenaires européens qui faisaient partie du marché intérieur au 1er janvier 2020, ce qui inclut le Royaume-Uni. Ces partenaires devraient accepter une réciprocité totale et s’aligner sur les mesures de protection commerciale de l’UE, comme les restrictions du bloc sur les véhicules électriques fabriqués en Chine, selon Reuters. Euronews a rapporté que 70 % des composants des voitures, hors batteries, devraient être fabriqués en Europe, de même que 10 % du contenu des batteries.
Des réactions partagées
Le chancelier allemand Friedrich Merz a salué l’accord comme « une bonne journée pour les automobilistes et pour l’emploi en Allemagne, en France et en Europe », selon l’agence Reuters. L’association européenne des équipementiers automobiles, la CLEPA, a indiqué soutenir la position commune.
Cependant, tout le monde n’est pas d’accord. La filiale européenne d’un constructeur estime qu’en intégrant des partenaires de confiance comme le Japon, la Corée du Sud et la Turquie, l’UE disposerait de l’envergure nécessaire pour rivaliser avec la Chine. Anna Krajinska, de l’organisation de campagne T&E, a qualifié l’accord d’« erreur historique », toujours d’après Reuters.
Les prochaines étapes à Bruxelles
L’accord a été retardé d’une journée en raison de divisions au sein de la coalition gouvernementale allemande. Il a finalement été conclu une fois que les sociaux-démocrates ont renoncé à s’y opposer. Paris et Berlin doivent encore convaincre les autres membres de l’UE ainsi que le Parlement européen.
Le communiqué de l’Élysée de conclure : «La France et l’Allemagne sont déterminées à s’appuyer sur cette dynamique et à œuvrer rapidement avec leurs partenaires européens en vue de parvenir à un accord … Notre objectif est clair : une industrie automobile européenne compétitive, innovante et décarbonée, qui produit en Europe et crée les emplois de demain.».















