Le Programme des Nations unies pour l’environnement estime que le monde ne peut plus éviter de dépasser le seuil de 1,5 °C, tout en présentant un scénario de retour à ce niveau d’ici 2100. Son rapport annuel paraît avant la COP31, à Antalya, alors que les engagements actuels restent insuffisants.
Le rapport annuel du PNUE sur l’écart entre les besoins et les perspectives de réduction des émissions, intitulé The Point of Return (Le point de non-retour), paraît à la veille de la COP31, qui doit se tenir du 9 au 20 novembre à Antalya, en Turquie. Selon CNN, c’est la première fois que les auteurs du rapport affirment que le non-respect de l’objectif de 1,5 °C est « imminent et inévitable ».
Même si les pays respectent tous leurs engagements climatiques actuels, la température pourrait augmenter de 2,6 °C par rapport à l’ère préindustrielle d’ici 2100, indique le PNUE. Avec les politiques actuelles, le réchauffement pourrait atteindre 2,8 °C au cours de ce siècle et continuer à progresser ensuite.
Les projections sont moins bonnes que celles de l’an dernier. Le rapport l’attribue au retrait des États-Unis de l’accord de Paris et à la révision à la hausse des émissions historiques, et précise que les nouveaux engagements nationaux n’ont eu qu’un effet négligeable. En 2025, les émissions mondiales sont restées à peu près au niveau du record établi en 2024.
Parmi les six plus gros émetteurs, les données préliminaires font état d’une hausse aux États-Unis, en Chine et en Indonésie. Selon l’AFP, la hausse américaine, de 133 mégatonnes d’équivalent CO2, « dépasse largement » celle de tous les autres pays, en raison d’une demande d’électricité accrue et d’un retour en force du charbon dans la production électrique. La Turquie, pays hôte de la COP31, enregistre la deuxième plus forte hausse. Depuis son retour au pouvoir, le président Donald Trump a assoupli les règles environnementales et accru la production de pétrole et de gaz, souligne DW.
Un retour à 1,5 °C conditionnel
Le PNUE présente un scénario de dépassement « le plus limité possible ». Dans ce scénario, le réchauffement atteint un pic de 1,7 °C à 1,8 °C vers le milieu du siècle, puis redescend à 1,5 °C d’ici 2100, avec environ 50 % de chances de réussite. Cela exigerait de réduire les émissions de 18 % d’ici 2030, de 45 % d’ici 2035 et de 69 % d’ici 2040, par rapport aux niveaux de 2025.
Selon le PNUE, les engagements actuels ne permettraient d’atteindre que 5 % à 8 % de réduction d’ici 2030 et 11 % à 15 % d’ici 2035. Revenir à 1,5 °C supposerait aussi d’éliminer environ 320 milliards de tonnes de CO2 de l’atmosphère au cours de ce siècle, a rapporté RTÉ. Chaque période de cinq ans durant laquelle les émissions restent à leur niveau actuel ajoute environ 0,1 °C au pic de réchauffement.
Même si les pays tenaient tous leurs engagements et leurs objectifs de neutralité carbone, le réchauffement atteindrait tout de même 2,1 °C.
Des avancées et un bras de fer attendu à la COP31
Le rapport souligne aussi des avancées. Depuis 2015, la capacité mondiale en énergies renouvelables a progressé trois fois plus vite que prévu, et la tarification du carbone a permis de réduire les émissions d’environ 11 % dans les dispositifs pilotes chinois et de 8 % dans le cadre du système d’échange de quotas de l’UE.
António Guterres, secrétaire général de l’ONU, a déclaré,: « Le monde ne peut plus éviter de dépasser la limite de 1,5 degré, et les conséquences sont déjà dévastatrices ». Il a ajouté que « les plans climatiques nationaux et les politiques actuelles sont dangereusement insuffisants ».
La directrice du PNUE, Inger Andersen, a affirmé que « la fenêtre s’est refermée, mais nous pouvons la rouvrir en limitant au maximum la durée du dépassement » ; Mohamed Adow, de Power Shift Africa, a dit « C’est un échec historique du leadership politique ».
António Guterres a été plus concis : « Dépasser, ce n’est pas capituler », a-t-il déclaré.
















