À 30 kilomètres au-dessus de l’Arctique, les vents pourraient connaître un sérieux coup de frein début novembre. Certaines projections envisagent même une inversion de leur direction, un scénario exceptionnellement précoce. De quoi annoncer un hiver glacial ? Non. Mais cette perturbation possible mérite d’être surveillée : elle pourrait modifier la circulation atmosphérique, sans que l’on sache encore où, quand ni avec quelles conséquences au sol.
Trente kilomètres au-dessus de nos têtes
Pour comprendre le signal, il faut distinguer deux étages de l’atmosphère. En bas, la troposphère, c’est là que se forment les nuages, la pluie et les épisodes de froid. Au-dessus, la stratosphère, où se développe chaque automne le vortex polaire, un vaste tourbillon d’air froid ceinturé de vents d’ouest au-dessus de l’Arctique.
Les météorologues suivent notamment ces vents vers 30 kilomètres d’altitude, à un niveau où la pression atmosphérique atteint 10 hPa. Leur vitesse donne donc une indication de la vigueur du vortex. En octobre et en novembre, ils devraient normalement se renforcer. Or plusieurs projections envisagent l’inverse pour le début du mois prochain : un ralentissement marqué, avant une possible reprise.
Le tourbillon n’est pas un réservoir qui laisserait tomber de l’air glacial sur nos régions. Son influence est indirecte. Lorsqu’il se déforme, il est en mesure de modifier la circulation atmosphérique plus bas. C’est alors l’air froid des basses couches qui peut être entraîné vers les latitudes moyennes.
Le scénario que l’ECMWF envisage
Dans une partie des scénarios du modèle européen ECMWF, le ralentissement irait jusqu’à une inversion. Les vents, habituellement orientés d’ouest en est, souffleraient alors d’est en ouest.
Lorsque la moyenne quotidienne des vents autour du 60e parallèle nord devient négative à 10 hPa, elle franchit le seuil couramment utilisé pour identifier un réchauffement stratosphérique soudain majeur, ou SSW majeur. Autrement dit, un simple affaiblissement ne suffit pas ; il faut que le courant change de sens à ce niveau de l’atmosphère.
Le calendrier rend cette possibilité remarquable. Une telle perturbation surviendrait alors que le vortex devrait encore gagner en puissance. Mais la part de scénarios concernés varie d’une prévision à l’autre ; l’inversion n’est pas acquise et le signal reste à confirmer.
Un signal à considérer
Certains modèles envisagent surtout un coup de frein temporaire. D’autres vont jusqu’à l’inversion des vents. La différence se ferait soit sur un vortex momentanément affaibli ou soit sur un réchauffement stratosphérique majeur. Aucun des deux scénarios ne permettrait toutefois de prédire, à lui seul, le déroulement de tout l’hiver.[
Après un SSW majeur, les vagues de froid deviennent en moyenne plus probables en Europe du Nord. L’est de l’Amérique du Nord pourrait également être concerné, selon la configuration de la perturbation. Mais une probabilité accrue ne dit pas qu’une vague de froid touchera nécessairement la France, ni à quelle date. Tout dépend notamment de ce qui se passe entre les deux étages de l’atmosphère.
Ce qu’il faut surveiller, et ce qu’il faut éviter
La première question est simple. Les prochaines prévisions maintiendront-elles l’affaiblissement annoncé ? La deuxième l’est tout autant. L’inversion des vents restera-t-elle minoritaire ou gagnera-t-elle du terrain parmi les scénarios ?
Au final, un vortex fragilisé ne promet ni neige en plaine ni hiver extrême. Même un SSW majeur ne garantit pas une vague de froid dans une région donnée. La prévision porte aujourd’hui sur une perturbation possible du vortex.
















