La société française Symphonics, spécialisée dans le pilotage énergétique, s’associe au fabricant chinois Sungrow pour créer une batterie directement raccordée au réseau électrique. Ce modèle standalone, indépendant de toute production ou consommation locale, vise à stabiliser le système électrique français en participant aux marchés de flexibilité. Les premiers déploiements sont prévus pour le premier semestre 2026, avec un retour sur investissement estimé entre cinq et six ans.
Dans un secteur énergétique en pleine mutation, où la part des énergies renouvelables intermittentes ne cesse de croître, la question du stockage devient centrale. La solution proposée par Symphonics et Sungrow s’écarte des modèles traditionnels de batteries couplées à des installations solaires ou éoliennes. Elle se positionne comme un outil directement intégré au réseau, capable de répondre aux signaux de marché en temps réel.
Un modèle économique viable
L’analyse économique présentée par les partenaires suggère une rentabilité accessible. Une installation composée de deux unités Powerstack de 125 kW, connectée sur un raccordement basse tension existant, pourrait générer un retour sur investissement compris entre cinq et six ans. Ce calcul repose sur des projets déployés à partir du premier semestre 2026.
Plusieurs facteurs concourent à la viabilité économique. La baisse continue des coûts technologiques des batteries lithium-ion constitue un premier élément. Elle s’accompagne d’une volatilité accrue des prix de l’électricité sur les marchés de gros, créant des opportunités de valorisation. Enfin, les mécanismes de réserve mis en place par le gestionnaire du réseau, RTE, offrent des revenus complémentaires pour les actifs capables de répondre rapidement aux déséquilibres du système.
Des performances techniques validées
La participation aux marchés de flexibilité, notamment celui de la réserve secondaire rapide (aFRR), impose des contraintes techniques sévères. Les équipes de Symphonics, Sungrow Europe et SB ENERGY ont mené une campagne de tests en conditions réelles pour évaluer la réactivité du système.
Les résultats obtenus démontrent une capacité à répondre aux exigences du secteur :
- Un temps de réponse inférieur à 500 millisecondes, seuil nécessaire pour participer aux services de réglage fréquence
- Un pilotage direct des batteries par la plateforme logicielle de Symphonics, sans nécessiter de modifications sur l’infrastructure électrique existante
- Une interopérabilité garantie entre le matériel de stockage et les systèmes d’agrégation, permettant une valorisation optimale sur les différents marchés
Ces performances techniques ouvrent la voie à un déploiement à plus grande échelle. Symphonics, qui pilote déjà plus de 350 000 équipements énergétiques et bénéficie du label Deeptech de Bpifrance, dispose de l’expérience nécessaire pour orchestrer un parc de batteries distribuées.
Une vision stratégique pour le système électrique
Pour Mathieu Rochard, fondateur et directeur général de Symphonics, « le stockage diffus, lorsqu’il est directement relié au réseau et efficacement piloté, devient un levier majeur de stabilité du système électrique et de performance économique. Cette batterie standalone s’inscrit pleinement dans notre vision d’une énergie pilotée, plus efficace, plus résiliente et plus accessible ».
Leur approche s’éloigne du paradigme traditionnel où le stockage servait principalement à lisser la production d’une installation renouvelable locale. Elle positionne la batterie comme un actif de réseau à part entière, dont la valeur se crée par sa capacité à fournir des services au système dans son ensemble.
Clément Martinez, Distribution Leader France chez Sungrow Europe, abonde dans ce sens : « le stockage diffus se développe en combinant performance technologique et simplicité d’intégration réseau. Cette collaboration avec Symphonics montre que la batterie standalone peut désormais être déployée massivement, avec un pilotage efficace et une valorisation directe sur les marchés de la flexibilité ».
Le modèle proposé répond à un besoin croissant de flexibilité, alors que la part des énergies variables augmente et que la consommation évolue avec l’électrification des usages, notamment dans les transports.
La réussite de ce projet dépendra de plusieurs paramètres. La régulation devra évoluer pour faciliter l’intégration de ces actifs distribués. Les mécanismes de marché devront garantir une rémunération stable et prévisible pour attirer les investisseurs. Enfin, la technologie devra continuer à progresser pour améliorer encore la performance et réduire les coûts.
Si ces conditions sont réunies, le stockage diffus pourrait jouer un rôle significatif dans la transition énergétique française, en complément des grands projets de stockage par pompage-turbinage ou des batteries de grande capacité. Il représenterait alors une nouvelle étape dans la transformation d’un système électrique centralisé vers un modèle plus décentralisé et intelligent.
Source : CP/ Symphonics



















