98 scientifiques lancent une banque de données sur la température du globe au fil de 2000 ans

Une équipe formée de 98 scientifiques de 22 pays a compilé ce que l’on considère à ce jour comme la base de données sur la température planétaire la plus exhaustive, réunissant des relevés datant du tout début de l’Ère commune jusqu’à aujourd’hui.

«C’est un parfait exemple de coopération scientifique à grande échelle», affirme Jeannine-Marie St-Jacques, professeure adjointe au Département de géographie, d’urbanisme et d’environnement, qui a contribué à la publication.

«Ensemble, nous sommes arrivés à faire ce que nous ne pouvions pas faire individuellement ou en petits groupes.»

Point culminant d’une collaboration rigoureuse de trois ans, l’initiative PAGES2k 2,000 Year Multiproxy Database est une base de données de sources multiples composées de 692 relevés provenant de 648 endroits sur la planète. On y trouve en outre de nouvelles données sur tous les continents et les bassins océaniques.

Les dossiers colligés portent sur les arbres, les coraux, les glaciers ainsi que les sédiments lacustres et marins, en plus de contenir des preuves documentaires. Ensemble, ils forment la plus importante collection de données climatiques, dotée de la résolution temporelle la plus précise possible – de toutes les deux semaines à tous les deux siècles.

Cette masse de données est le résultat d’une initiative de l’équipe du projet PAGES (Past Global Changes), un regroupement de paléoscientifiques dont le mandat est de promouvoir et d’améliorer la compréhension au regard des changements climatiques et environnementaux du passé, à l’intérieur du système terrestre. Il s’agit d’une version mise à niveau de l’influente base de données PAGES2k de 2013, qui visait également à reconstruire la température de surface du globe sur deux millénaires.

La version augmentée et améliorée a été publiée en ligne dans la revue Nature: Scientific Data en juillet dernier.

La base de données a été téléversée sur Internet en tant que document en libre accès et est offerte en divers formats. En choisissant la voie de l’accessibilité élargie, les auteurs espèrent mettre à la disposition des scientifiques et du grand public des outils plus précis pour étudier les causes des changements de température sur la planète, ainsi que les tendances à ce chapitre.

Nos craintes étaient fondées : la Terre se réchauffe, et vite!

L’étude du passé est essentielle à l’établissement d’un contexte de variabilité climatique à long terme. C’est particulièrement important si l’on entend distinguer les causes naturelles des causes générées par l’être humain.

Comme le fait remarquer la Pre St-Jacques, les mesures instrumentales des variations de température observées à l’échelle planétaire datent, au mieux, d’à peine 150 ans. Dans la majeure partie du Canada, elles remontent à environ 50 ans.

Les données antérieures à cette période doivent être tirées de sources indirectes d’information sur le climat. Il peut s’agir de carottes de glace ou d’anneaux de croissance des arbres dans les latitudes plus élevées, de coraux dans les tropiques ou encore, de pollen à l’échelle mondiale.

Jeanne-Marie St-Jacques est spécialiste des arbres, des diatomées et du pollen. Sa contribution au projet concerne les données sur le pollen.

Les 692 relevés ont été tirés de la littérature scientifique et d’archives en ligne. On a par la suite établi une moyenne des relevés individuels de température et on les a comparés. Ceux-ci révèlent une longue courbe de refroidissement suivi d’un réchauffement soudain au 19e siècle. Ce résultat, qui cadre avec les données indirectes, est aussi conforme à celui des recherches précédentes sur les changements climatiques.

«Les relevés de mesures instrumentales montrent une soudaine montée des températures, mais ne révèlent pas les conditions qui prévalaient antérieurement», explique la Pre St-Jacques.

«Pour le savoir, il faut consulter les données paléoclimatologiques. Maintenant que nous disposons de l’ensemble le plus rigoureux de données sur la température, nous pouvons affirmer qu’en effet, nous observons toujours ce même graphique en bâton de hockey que les chercheurs précédents avaient constaté.»

«En d’autres mots, ajoute Jeannine-Marie St-Jacques, ces données confirment que nos craintes étaient fondées : la Terre se réchauffe, et vite!»

De nouveaux relevés continuent de s’ajouter à la base de données au fur et à mesure de leur disponibilité. Par ailleurs, un certain nombre de sous-groupes d’experts qui faisaient partie du consortium initial ont déjà reçu le mandat de rédiger des rapports scientifiques à partir des données recueillies.

Afin de continuer à consolider la base de données, la Pre St-Jacques a mené des travaux préliminaires en Gaspésie cet été en vue de recueillir des données supplémentaires sur les anneaux de croissance d’arbres sensibles à la hausse des températures. Elle considère cet effort comme une façon d’assumer sa responsabilité en matière de gérance des données.

«Au bout du compte, ces recherches nous aideront à mieux saisir l’ampleur des impacts de futurs changements climatiques, et à nous y préparer», de conclure Jeannine-Marie St-Jacques. En tant que scientifiques, c’est notre devoir d’assurer ce type d’intendance.»

Lisez le compte rendu du projet cité : A global multiproxy database for temperature reconstructions of the Common Era.
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