Devrait-on obliger les pays à payer leur dette climatique ?

Un chercheur de l’Université de Concordia montre à quels pays incombent les coûts liés à l’impact environnemental du réchauffement climatique – une dette qui se chiffre en milliards de dollars

Si tous les pays sont en partie responsables des récents changements climatiques, certains y ont contribué de façon beaucoup plus importante. Au fil du temps, les pays qui ont joué un rôle prépondérant dans le réchauffement planétaire ont accumulé une dette climatique envers ceux dont la part de responsabilité est moindre.

Telle est la conclusion d’une nouvelle étude menée par le chercheur Damon Matthews, professeur à l’Université Concordia. Publié dans la revue Nature Climate Change, l’article montre comment les dettes climatiques nationales pourraient servir à décider qui devra assumer les coûts mondiaux associés à l’atténuation des dommages environnementaux.

Les pays qui ont accumulé les dettes de carbone les plus élevées – leur niveau d’émissions de dioxyde de carbone (CO2) par habitant étant supérieur à la moyenne – sont les États-Unis, la Russie, le Japon, l’Allemagne, le Canada, le Royaume-Uni et l’Australie.

À elle seule, la dette des États-Unis représente environ 40 % de la dette mondiale cumulative, contre 4 % pour le Canada. À l’autre extrémité, les pays créditeurs – ceux dont le niveau d’émissions de CO2 est plus faible que la moyenne compte tenu de leur poids démographique – sont l’Indonésie, le Bangladesh, le Pakistan, le Nigeria, le Brésil, la Chine et l’Inde. Cette dernière cumule à elle seule 30 pour cent du crédit mondial.

« Cette conception des changements climatiques fondée sur les dettes et les crédits montre dans quelle mesure chaque pays a contribué au réchauffement planétaire compte tenu de son poids démographique, explique le Pr Matthews, auteur de l’étude et professeur agrégé au Département de géographie, d’urbanisme et d’environnement de l’Université Concordia. Cela brosse un portrait saisissant des inégalités historiques au chapitre des émissions de gaz à effet de serre et révèle la part de responsabilité de chaque pays à l’égard des changements climatiques. »

Devrait-on obliger les pays à payer leur dette climatique ?

Mesurer les parts de responsabilité à l’égard des changements climatiques

Afin d’évaluer dans quelle mesure chaque pays a contribué aux changements climatiques, Damon Matthews a calculé les dettes et les crédits de carbone en fonction des émissions de CO2 liées aux combustibles fossiles et des données démographiques enregistrées depuis 1990. En effet, le début de cette décennie marque un tournant dans l’approfondissement des connaissances scientifiques et de la compréhension du public à l’égard des dangers relatifs aux changements climatiques anthropiques.

Depuis lors, la dette totale accumulée par l’ensemble des pays débiteurs a franchi la barre des 250 milliards de tonnes de CO2. Et ce chiffre continue de grimper : en 2013 seulement, la dette mondiale a connu une hausse de 13 milliards de tonnes, ce qui représente environ 35 pour cent des émissions de CO2 produites cette année-là.

Mais quelle est donc la valeur monétaire de cette dette? « Actuellement, on estime que le coût social des émissions de CO2 s’élève à environ 40 $ US par tonne de CO2, affirme le Pr Matthews. Si l’on multiplie ce montant par les 13 milliards de tonnes de CO2 produites par les pays dont le niveau d’émissions était supérieur à la moyenne en 2013, on arrive à 520 milliards de dollars. Ce montant représente la somme que nous devrions verser aux pays dont les émissions de CO2 sont plus faibles pour les aider à assumer les coûts associés aux changements climatiques ou à développer un modèle économique carboneutre ».

En ce qui concerne l’ensemble de la dette mondiale de carbone, les chiffres sont encore plus renversants. Si l’on multiplie par 40 $ la dette de 250 milliards de tonnes accumulée depuis 1990, on obtient 10 trillions de dollars américains. « Peu importe la manière de voir la situation, les chiffres sont astronomiques. Ils dépassent largement les sommes les plus importantes promises par les gouvernements pour aider les pays vulnérables à s’adapter aux changements climatiques et à pallier les dommages environnementaux », souligne le chercheur.

Émissions de CO2 et niveaux d’endettement

Le Pr Matthews a également mesuré l’apport relatif de chaque pays à la hausse des températures en fonction de diverses sources d’émissions de gaz à effet de serre. Selon ces calculs, la dette climatique mondiale cumulative équivaut à une augmentation de 0,1°C depuis 1990, ce qui représente près d’un tiers de la hausse des températures observée durant cette période. Encore une fois, les États-Unis se classent au premier rang des pays débiteurs, tandis que l’Inde arrive en tête des pays créditeurs. Cela dit, certains pays comme le Brésil et l’Indonésie sont très durement touchés par l’introduction d’autres types d’émissions de gaz à effet de serre, notamment celles causées par la déforestation et l’agriculture.

« Le concept des dettes et des crédits climatiques montre de façon saisissante les inégalités historiques quant au degré de responsabilité des différents pays à l’égard du réchauffement planétaire, commente Damon Matthews. Ces chiffres pourraient servir à guider les discussions politiques sur la responsabilité historique et le partage des dépenses. En effet, ils constituent une référence pour déterminer quels pays devraient payer – et combien ils pourraient devoir débourser – pour atténuer l’effet des perturbations climatiques et réparer les dommages environnementaux subis par les pays dont les émissions de CO2 sont plus faibles. »

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10 Commentaires sur "Devrait-on obliger les pays à payer leur dette climatique ?"

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Verdarie
Invité

A force de vouloir calculer qui est responsable de quoi on finit par oublier comment ? Taxer le carbone c’est nourrir la technocratie . Changer de modèle implique d’avoir le choix ? Si notre modèle n’est pas bon changeons le plus vite, les autres suivront sans passer par nos étapes.

Jmn
Invité

Ce calcul favorise les pays a forte demographie. Or il semblerait que la qualite de vie se degrde plus rapidement par la surpopulation que par le rechauffement climatique. Il semblerait aussi que la surpopulation nuise a la survie des especes plus surement que le CO2 (les baleines, les thons, les humains aussi …). Du coup, le raisonnement du Dr. Matthews est discutable, si on veut discuter.

Verdarie
Invité

Effectivement ! En plus qui parle de la déforestation qui est aussi une des causes de ces changements ? Changeons oui ! mais tous ensembles. Et arrêtons de chercher des boucs émissaires, nous avons tous une responsabilité ! Nous parce que nous avons par paresse intellectuelle, laissé se développer des technologies sans nous préoccuper de ses effets et eux, parce par facilité ils les ont reprise à leur compte sans se préoccuper des conséquences. Les résistances au changement ne viennent que de ceux qui sont en place et n’ont que leur modèle à nous imposer !

b api
Invité
Chacun sait que le CO2 est principalement issu des énergies fossiles: pétrole, charbon, gaz… Dans ce mode de calcul, c’est le con-sommateur final qui est responsable. Mais avait-il le choix ? J’aimerais bien voir deux autres classements: > par l’origine des énergies fossiles: dans ce cas, ce seraient les principaux pays producteurs comme l’Arabie Saoudite, le Vénézuela ou le Nigéria > par compagnies pétrolières et gazières, et là on verrait des classements incluant Exxon, Shell et Total. En finale, c’est toujours le con-sommacteur qui paye, mais il y auarit bien plus à récolter soit à la source de l’énergie soit… Lire plus »
meneux
Invité
ce qu’il faut dire : 1) en 1960 le co2 est a 280 cm3 par m3 dans l’atmosphère basse de la terre; ce taux dure depuis des dizaines de milliers d’années en 2015 ce taux est à 400 soit en près de cinquante ans une augmentation de 41 %. Avez-vous entendu un journaliste dire ces chiffres ? 2) dans les estimations les plus optimistes, on dit que la terre peut absorber et neutraliser chaque année 20 milliards de tonnes de co2 (forêts, océans) or la planète en produit 40 milliards : il y a 20 milliards de trop ,avez-vous entendu… Lire plus »
Bruno lalouette
Invité
Je pense qu’il est plus que grand temps de sanctionner tout ce qui menace notre survie, santé et bien être, autrement dit les entreprises et pays producteurs de CO2, mais aussi les pays natalistes. Alors, la pensée dominante et gauchiste, imagine toujours des taxes, là où il faut tout simplement interdire ! Interdire pétrole, charbon et nucléaire, les technologies le permettent, problème, la ripoublique qui achète pétrole et vend rafale et EPR… Rappelle, la seule raison d’être de l’ état, sa seule justification, est de garantir notre sécurité, notre santé et le meilleur niveau de bien être pour la population…… Lire plus »
Bruno lalouette
Invité
Je pense qu’il est plus que grand temps de sanctionner tout ce qui menace notre survie, santé et bien être, autrement dit les entreprises et pays producteurs de CO2, mais aussi les pays natalistes. Alors, la pensée dominante et gauchiste, imagine toujours des taxes, là où il faut tout simplement interdire ! Interdire pétrole, charbon et nucléaire, les technologies le permettent, problème, la ripoublique qui achète pétrole et vend rafale et EPR… Rappelle, la seule raison d’être de l’ état, sa seule justification, est de garantir notre sécurité, notre santé et le meilleur niveau de bien être pour la population…… Lire plus »
Tech
Invité

VW doit payer son mensonge en particulier pour le nombre d’emploi chez peugeot et renault qu’ils ont empéché en réduisant leurs parts de marché et donc en réduisant la production des voitures française et aussi en trompant les consommateurs et en nous faisant payer via nos impôts les primes pour émission de CO2 “très faibles”

Pastilleverte
Invité
Il faudrait vérifier vos chiffres ! En 1960 le taux “officiel” était de 316,91 ce qui fait + 26%, ce qui n’est certes pas négligeable, mais pendant ce temps la population mondiale est passée de de 3.020 Mds à 7,35Mds (source wikipédia), soit une augmentation de +143%, soit une excellente modération relative, le niveau de vie moyen des terriens ayant dans le même temps augmenté un peu partout, même si de façon pas homogène entrte les pays. le taux de 280 est celui qu’on estime pour 1860, soit une augmentation effectivement de 41% du CO2, mais en 155 ans, quand… Lire plus »
Verdarie
Invité
Pastilleverte C’est vrai qu’il faut relativiser pour pouvoir mettre en relation les évènements entre eux. Ce que vous dites montre bien que le problème du réchauffement est lié au mieux être des populations. Il ne faut donc pas considérer qu’il est seulement le fait de l’industrie. L’industrie fabrique parce qu’elle a des clients. Ce qu’on peut reprocher aux industriels c’est d’avoir construit,imposé et développé des méthodes de production qui ne tiennent pas compte de l’ensemble des déchets qu’ils produisent(mais en avaient-ils le pouvoir ?) et surtout de n’avoir rien entrepris pour en diminuer les effets. Car il existe des solutions… Lire plus »
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