Un barrage à Gibraltar pour maîtriser le niveau de la mer

Pour son travail de master, un étudiant en constructions hydrauliques de l’EPFL imagine un barrage dans le détroit de Gibraltar pour contenir la montée des eaux en Méditerranée. Un ouvrage d’art pharaonique qui laisserait passer les bateaux et la faune aquatique tout en maintenant constant le niveau de la mer.

Comment seront redessinées les zones côtières en 2100 ? Gommées, érodées, définitivement effacées ? Les prévisions les plus optimistes envisagent une montée des eaux d’une trentaine de centimètres, les plus pessimistes parlent de plus d’un mètre.

Venise et le delta du Nil pourraient être rayés de la carte. Les zones côtières marocaines disparaîtraient, elles aussi. Risque d’érosion, infiltration d’eau salée dans les cultures ou les nappes phréatiques, digues sous-dimensionnées et inaptes à supporter les variations hydrauliques, des scénarios qu’il ne faut pas négliger.

Ha-Phong Nguyen s’est penché sur le projet d’un barrage à Gibraltar. « L’objectif serait de clore la Méditerranée avec deux barrages, un entre l’Espagne et le Maroc et l’autre entre Djibouti et le Yémen, afin de contrôler le niveau de l’eau ». La solution la plus simple serait de fermer le détroit à l’endroit où la distance est la plus étroite. Mais s’il n’y a que 14 km, la profondeur, elle, est de 800 mètres. « Pour que cela soit réaliste, j’ai dû situer le barrage à droite de Tanger, dans la Méditerranée. Il y a 27 km entre les 2 continents mais c’est moitié moins profond. »

Un barrage à Gibraltar pour maîtriser le niveau de la mer

Fermer en partie le détroit de Gibraltar

Le jeune ingénieur a testé de nombreuses configurations avant de trouver une géométrie qui contienne les eaux tout en laissant passer les quelques 300 navires quotidiens, les sous-marins russes qui sont positionnés dans cette zone, sans interrompre le chassé-croisé des espèces animales qui migrent dans la mer en hiver et repartent dans l’océan au printemps.

« En fermant le détroit de Gibraltar à 90 % et en laissant une ouverture d’un kilomètre, on arrive à maintenir constant le niveau de la Méditerranée, en supposant que l’augmentation du niveau de l’Atlantique se situerait à 50 cm »

Son projet de master a été de construire un modèle numérique, afin de simuler les courants dans ce passage. Pour valider le modèle il a fallu comparer les données avec des valeurs historiques prélevées lors de campagnes menées dans les années 70 et 90. Les données topographiques, indispensables, sont détenues par la marine espagnole et sont considérées comme des documents confidentiels. Des demandes spéciales ont été nécessaires pour y avoir accès.

Un barrage à Gibraltar pour maîtriser le niveau de la mer

L’exploitation du barrage

En fermant ainsi le détroit, les vitesses d’écoulement des eaux s’accélèrent et peuvent permettre de générer de l’énergie. Les courants dans le détroit vont dans les deux directions. L’eau de l’Atlantique qui se déverse dans la Méditerranée pour compenser l’évaporation de la mer est plus froide et moins salée, donc moins dense, et va rester en surface. Il y a aussi un mouvement de la Méditerranée vers l’Atlantique. Il faut ajouter à cela le phénomène de marées. « Dans mon modèle j’ai pris en compte les marées dues à la lune et au soleil. A Gibraltar, il y a 2 marées hautes et 2 marées basses chaque jour ».

Mais les coefficients de marée étant bas, le barrage doit compter sur d’autres apports énergétiques pour produire l’équivalent d’une centrale nucléaire. « Avec les marées, je suis arrivé à des valeurs entre 600 et 1.300 GW-H (gigawatt-heure), explique Ha-Phong Nguyen. Mühleberg en produit 2 à 3.000 par année. Il est indispensable de le combiner à d’autres systèmes qui peuvent produire de l’énergie comme des éoliennes et des forages géothermiques ».

Le projet de Ha-Phong ne verra, sans doute, jamais le jour même s’il s’inscrit dans un rêve commun avec, notamment, un ingénieur suisse nommé Giovanni Lombardi qui avait imaginé un tunnel ferroviaire reliant les deux continents et qui n’a pu aboutir. Le déplacement des plaques africaines et européennes reste l’un des plus grand obstacle à de telles constructions.

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9 Commentaires sur "Un barrage à Gibraltar pour maîtriser le niveau de la mer"

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Olalalala
Invité
…de matière grise. Nous avons besoin de penser à des solutions de mitigation contre le changement climatique et la montée des eaux plutot que proposer des idées complètement absurdes qui non seulement ne verront jamais le jour parce que présentant plus de risques qu’une montée progressive des eaux (imaginez le tsunami en cas de rupture du barrage) mais qui du coup donne l’impression (alors qu’elles ne sont pas viables) qu’on a réglé le problème et qu’on peut continuer d’émettre du CO2 tranquillement car on a protégé un morceau de continents de la montée des eaux… Bref dommage qu’un thèse ait… Lire plus »
Nicias
Invité
Venise et le delta du Nil pourraient être rayés de la carte. Les zones côtières marocaines disparaîtraient, elles aussi. Risque d’érosion, infiltration d’eau salée dans les cultures ou les nappes phréatiques, digues sous-dimensionnées et inaptes à supporter les variations hydrauliques, des scénarios qu’il ne faut pas négliger. Je suggère 5mn de lecture sur la formation d’un delta, le Maroc n’est pas la Flandre, les risques d’érosion sont liés aux courants marins et tempêtes sur lesquels le CO2 n’a que peu d’influence, le problème des nappes phréatique est lié à leur surexploitation. Ceci dit c’est sans doute une belle thèse, et… Lire plus »
Pastilleverte
Invité

je croyais que la Méditerranée avait plutôt tendance à “s’assécher” (lentement certes…) Bravo aux géo ingénieurs, plus c’est gros plus ça plait !

P
Invité

Mais oui, bien sûr, c’est le CO2 qui provoque ma ontée des eaux… Pauvre CO2 tellement inoffensif et tellement indispensable à la Vie !

Luis
Invité

¤ Un projet de 1928 prévoyait déjà de construire un barrage hydro-electrique de 35 km et de 50.000 MW, au débit régulier de 88.000 m3 par seconde. Mais le niveau de la mer n’aurait baissé que progressivement (évaporation supérieure aux apports). Une ligne de chemin de fer aurait été aussi construite. Et sans doute aujourd’hui une autoroute !

Tech
Invité

vu les éhanges entre méditerranée et océan atlantique, qu’on y mette déjà des hydroliennes pour bénéficier des marées! j’ai du mal à imaginer la quantité de béton et donc d’énergie nécessaire pour construire un “mur de 800 mètres de haut et 27 kM de long, sans parler de la largeur ! (plus que le volume de la muraille de chine! ) et tout cela sous l’eau!!! il faut parfois réver pour inventer le futur, mais là le champignon fumé a dût être fukushimaisé pour produire ces effets :o))

Chlamic
Invité
C’est ainsi que se nourrit le phantasme selon lequel la science et la technique règleront les problèmes écologiques et climatiques. C’est du même tonneau que les petits robots butineurs pour remplacer les abeilles ou les villes flottantes autosuffisantes pour remplacer les iles englouties et les rivages annulés. C’est absurde mais ça plait. A qui? Aux obsédés de croissance, aux adorateurs de l’hypertechnique, aux contempteurs de la nature (nature trop bête pour s’adapter au génie humain), à ceux et celles qui croient qu’il suffit de payer pour être parmi les super-vivants ou même seulement les survivants. J’ai entendu dire, avec sérieux,… Lire plus »
enerZ
Invité

Vos interventions n’apportent rien aux discussions en cours. Cela à un nom : le TROLLING. Dernier avertissement .. Le modérateur

Guydegif(91)
Invité
En un peu moins pharaonique que le barrage de Gibraltar et vraisemblablement beaucoup plus viable, pourquoi ne pas remettre sur le métier l’ouvrage-réflexion de la connexion de la Mer Rouge à la Mer Morte. Histoire de revitaliser cette dernière en lui redonnant l’eau prélevée en route pour d’autres usages, la privant de sa survie.. 400 m de dénivelé, qu’on pourrait mettre à profit pour produire le long du parcours, MWhs d’électricité pour des usagers divers, de l’eau (après désalement) pour usages divers, dont à boire pour humains et animaux, irrigation, etc… Voilà, un projet plus terre à terre (ou Mers,… Lire plus »
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