Le groupe Akiolis a inauguré ce jeudi sur son site de Saint-Langis-lès-Mortagne (Orne) la première installation française de cogénération biomasse utilisant des farines animales. L’unité industrielle permet de réduire de 80% la consommation d’énergie fossile du site tout en produisant de l’électricité verte réinjectée sur le réseau.
Dans le paysage énergétique français, une installation industrielle vient de franchir une étape significative en matière d’économie circulaire. Le site de Saint-Langis-lès-Mortagne, propriété du groupe Akiolis, spécialisé dans la transformation des coproduits animaux, a mis en service une unité de cogénération biomasse d’un genre particulier. La réalisation technique repose sur un principe simple mais efficace : valoriser sur place les matières issues de l’activité principale pour en tirer à la fois de la chaleur et de l’électricité.
Une réponse à la triple contrainte énergétique
Les industriels français cherchent actuellement à réduire leur dépendance aux énergies fossiles, particulièrement au gaz naturel dont les prix et la disponibilité connaissent des fluctuations importantes. L’installation permet au site de diminuer sa consommation de gaz de 124 gigawattheures par an, soit une réduction de 80% de sa dépendance aux énergies fossiles.
Le deuxième volet de leur stratégie concerne la logistique. Jusqu’à présent, les 29 000 tonnes de farines animales produites annuellement sur le site étaient expédiées vers des cimenteries pour y être valorisées. Désormais, cette matière première reste sur place, évitant ainsi le transport par 800 camions chaque année. Cela réduit non seulement les coûts logistiques mais également l’empreinte carbone liée au transport routier.
Enfin, le troisième aspect touche à la production d’électricité. La turbine installée génère 9 300 mégawattheures par an, une quantité suffisante pour alimenter plusieurs milliers de foyers. L’électricité est revendue sur le réseau Enedis, faisant du site un acteur local de la transition énergétique.
Un procédé technique en trois étapes
Le fonctionnement de l’installation repose sur une séquence opérationnelle précise :
- La gazéification des farines animales à 750°C en absence d’oxygène, permettant de produire un gaz combustible
- La combustion de ce gaz dans un oxydeur de nouvelle génération, générant de la chaleur tout en traitant les odeurs (15 tonnes par heure de buées traitées)
- La valorisation de la chaleur dans une chaudière produisant une vapeur haute pression alimentant une turbine
La turbine assure deux fonctions principales : fournir la vapeur basse pression nécessaire aux cuiseurs du site et produire une électricité verte d’une puissance de 1,6 mégawatt.
Newsletter Enerzine
Recevez les meilleurs articles
Énergie, environnement, innovation, science : l’essentiel directement dans votre boîte mail.
« En transformant nos farines animales en énergie verte, pour la réutiliser directement dans notre process, tout en en réinjectant de l’électricité sur le réseau, nous créons un véritable cycle vertueux et durable qui renforce notre démarche d’économie circulaire » explique Gilles Cogny, directeur général d’Akiolis.
Perspectives et limites d’un modèle énergétique
La réalisation technique s’inscrit dans une tendance plus large de développement des énergies renouvelables en France. L’utilisation de biomasse pour la production combinée de chaleur et d’électricité représente une piste intéressante pour les industries générant des coproduits valorisables énergétiquement.
Cependant, ce modèle présente certaines spécificités qui limitent sa reproductibilité à grande échelle. La disponibilité locale de la matière première constitue un facteur déterminant, tout comme la proximité des besoins en chaleur. Le procédé nécessite également des investissements importants en équipements spécialisés.
Sur le plan réglementaire, l’utilisation de farines animales comme combustible soulève des questions sanitaires et environnementales qui ont nécessité des autorisations spécifiques. Les émissions atmosphériques font l’objet d’une surveillance particulière, notamment en ce qui concerne les composés organiques volatils et les particules fines.
Malgré ces contraintes, l’installation de Saint-Langis-lès-Mortagne démontre qu’il est possible de concevoir des systèmes énergétiques intégrés qui répondent simultanément à des objectifs économiques, environnementaux et logistiques. L’approche pourrait inspirer d’autres industries agroalimentaires confrontées à des défis similaires de valorisation de leurs coproduits et de réduction de leur dépendance aux énergies fossiles.




















