Dassault Aviation a connu un premier semestre 2026 en forte progression, à la faveur de la montée en cadence des livraisons de Rafale à l’exportation et d’un net regain commercial dans l’aviation d’affaires. Le chiffre d’affaires ajusté a atteint 4,16 milliards d’euros, en hausse de 46% sur un an, tandis que le résultat opérationnel ajusté a progressé de 83%, à 330 millions d’euros. L’avionneur conserve un carnet de commandes considérable, malgré son léger recul depuis la fin 2025. Le groupe aborde une période charnière avec des perspectives indiennes, l’arrêt du SCAF et l’émergence de nouveaux programmes qui dessinent déjà son horizon industriel.
La défense tire l’activité
La dynamique semestrielle repose d’abord sur le Rafale. Entre janvier et juin, Dassault Aviation a livré douze appareils, contre sept un an plus tôt, dont dix destinés à des clients étrangers et deux à la France. Les six livraisons supplémentaires à l’export, complétées par des revenus de développement et de soutien, ont porté le chiffre d’affaires de la défense à 2,94 milliards d’euros, soit 71% de l’activité totale.
La place prise par l’international apparaît encore plus nettement dans la structure des revenus. Ainsi, 79% du chiffre d’affaires provient de l’export, contre 71% au premier semestre 2025. Dans un environnement marqué par la guerre en Ukraine, les tensions persistantes au Moyen-Orient et le relèvement annoncé de l’effort militaire français, cette exposition confère au groupe une profondeur commerciale rare dans l’industrie aéronautique européenne.
La rentabilité accompagne cette hausse des volumes, sans toutefois échapper entièrement aux particularités comptables du groupe. La marge opérationnelle ajustée progresse de 6,3% à 7,9%, tandis que le résultat net ajusté atteint 496 millions d’euros, contre 386 millions un an plus tôt. En normes IFRS, plus directement comparables, le bénéfice net consolidé s’élève à 360 millions d’euros, en hausse plus modérée de 26 millions sur un an.
Les Falcon reviennent au premier plan
L’aviation d’affaires apporte une contribution moins spectaculaire en livraisons, mais particulièrement solide sur le plan commercial. Dassault a remis treize Falcon au cours du semestre, soit un de plus qu’un an auparavant, et enregistré 23 commandes, contre huit seulement au premier semestre 2025. Les prises de commandes dans cette activité ont ainsi plus que doublé, à 1,85 milliard d’euros.
Ce redressement modifie l’équilibre du portefeuille à la marge. Le carnet Falcon atteint 5,43 milliards d’euros et représente 83 avions, contre 4,75 milliards et 73 appareils à la fin de 2025. Le premier vol du Falcon 10X, réalisé le 19 juin, marque le lancement de sa campagne d’essais en vol. Dassault Aviation prévoit une entrée en service en 2029.
Un portefeuille de commandes qui reste massif
Les commandes nouvelles ont toutefois reculé à 2,88 milliards d’euros, après 8,08 milliards un an plus tôt. La comparaison est largement faussée par l’enregistrement, au premier semestre 2025, de la commande indienne de 26 Rafale Marine. Le ratio entre commandes et chiffre d’affaires ressort ainsi à 0,69, signe que l’entreprise a livré davantage qu’elle n’a engrangé de nouvelles affaires durant la période.
Ce reflux ne remet pas en cause la visibilité industrielle du groupe. Au 30 juin, le carnet de commandes s’établissait encore à 45,36 milliards d’euros, comprenant 208 Rafale et 83 Falcon. La trésorerie disponible a par ailleurs atteint 10,10 milliards d’euros, alimentée principalement par les acomptes versés au titre des contrats Rafale export.
L’Inde, un enjeu industriel majeur
La prochaine grande étape pourrait se jouer en Inde. Le Defence Acquisition Council a donné son accord pour l’ouverture de négociations directes autour d’une éventuelle acquisition de 114 Rafale. Pour Dassault Aviation, l’enjeu dépasse la seule commande. en effet, le projet s’inscrit dans une logique de localisation industrielle, avec des partenariats déjà noués autour des Falcon, des sections de fuselage du Rafale et de composants de commandes de vol.
L’avionneur français avance donc sur un terrain où l’exportation ne se réduit plus à vendre un appareil fini. Dassault Aviation indique étudier un schéma industriel pouvant aller jusqu’à la mise en vol des appareils en Inde. Le groupe poursuit parallèlement ses coopérations locales, notamment avec Tata Advanced Systems, Dynamatic et Hical.
Après le SCAF, une nouvelle équation
La séquence est plus délicate sur le futur avion de combat européen. Paris et Berlin ont décidé d’arrêter le volet NGF du programme SCAF, qui devait constituer le cœur d’un système de combat aérien de nouvelle génération. Des discussions sont désormais engagées avec l’État pour définir une alternative, nationale ou coopérative, autour d’un démonstrateur de futur avion de combat. En parallèle, le groupe poursuit les travaux sur le standard F5 du Rafale, attendu entre 2033 et 2035, avec des fonctions d’autonomie, d’intelligence artificielle et de coopération avec des drones.
Dassault Aviation maintient pour 2026 son objectif d’un chiffre d’affaires d’environ 8,5 milliards d’euros, reposant sur la livraison prévue de 28 Rafale et de 40 Falcon. À court terme, la trajectoire paraît solidement balisée par son carnet de commandes bien rempli. À plus long terme, le défi sera de transformer cette période d’abondance en avance technologique durable, au moment où se redessinent les rapports de force de l’aéronautique de défense.
Voir les communiqués et rapports financiers du 1er semestre 2026 : ici
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