Depuis le 16 juillet 2026, le leasing social a été étendu à la Martinique et à la Guadeloupe. Il permet aux ménages modestes d’accéder à un véhicule électrique neuf, dans des territoires où la voiture reste souvent indispensable pour travailler et rejoindre les services essentiels. La transition ne se joue toutefois pas uniquement sous le capot : elle transforme aussi les métiers de la filière automobile antillaise, dont les principaux acteurs, à commencer par GBH, investissent dans la formation et l’insertion.
« En Martinique, avoir une voiture est souvent la condition pour avoir un emploi. Pas un luxe. Pendant des années, le leasing social s’arrêtait aux portes des Outre-mer ». Député de la première circonscription de Martinique, Jiovanny William dû par trois fois, trois ans de suite, interpeller le Premier ministre pour demander l’ouverture du dispositif aux territoires antillais. Une mobilisation qui a finalement abouti.
De Mobil’Izy au leasing social : les Antilles s’attaquent à la fracture automobile
Lancé le 1er janvier 2024 dans l’Hexagone, le leasing social permet aux ménages modestes de louer un véhicule électrique neuf sur une longue durée. Le dispositif se veut un outil de justice sociale et de transition énergétique. Le loyer payé est contenu entre 140 et 200 euros par mois, l’État réglant la différence avec les prix réels du marché. Jusqu’ici limité à La Réunion pour les territoires d’Outre-mer, il s’étend officiellement depuis le 16 juillet 2026 à la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane.
Dans les deux départements antillais, l’enjeu dépasse la seule question du coût : la voiture demeure souvent une condition d’accès à l’emploi et aux services essentiels. En Guadeloupe, elle constitue l’unique solution de déplacement pour 70 % de la population. En Martinique, elle est, selon l’Insee, utilisée par 87 % des actifs qui se rendent au travail par un moyen de transport.
Avant l’arrivée du leasing social, plusieurs acteurs guadeloupéens avaient déjà développé des solutions locales face aux difficultés d’accès à la mobilité. Lancé en janvier 2025, Mobil’Izy associe le Conseil départemental, la préfecture, le groupe Bernard Hayot (GBH) et le GEIQ Archipel autour d’un dispositif de location solidaire. Il permet de bénéficier d’un véhicule récent et entretenu, avec une participation aux frais d’essence et de lavage, pour 259 euros mensuels et un devoir de covoiturage.
La difficile percée du véhicule électrique
En privilégiant les VE, le leasing social peut aussi jouer un rôle d’accélérateur de la transition automobile, encore limitée aux Antilles. Si le diesel a quasiment disparu des ventes, passé en quinze ans de 60 % à 5 % du marché, le véhicule électrique peine encore à s’imposer. Il représente encore moins de 8 % des ventes, contre près de 20 % en France métropolitaine.
Face à ce retard, les concessionnaires occupent une place centrale dans la structuration du marché électrique antillais. Les trois principaux acteurs du secteur, GBH, Loret et Citadelle, qui distribuent les différentes marques (Renault, Toyota, Volkswagen…) dans ces territoires, ne se limitent plus à élargir leur catalogue de véhicules électriques : ils accompagnent aussi les clients dans l’évolution de leurs pratiques, en facilitant notamment l’accès aux dispositifs d’aide à l’achat et en installant des infrastructures de recharge.
Cette électrification soulève toutefois une contrainte spécifique dans les zones non interconnectées (ZNI), comme la Guadeloupe et la Martinique où l’équilibre du réseau impose de mieux piloter les périodes de recharge en fonction des variations de la production électrique locale. Cette particularité des réseaux insulaires a conduit l’État à adapter le programme ADVENIR, qui finance l’installation de bornes, en privilégiant notamment les solutions de recharge intelligente.
Qu’elle soit de courte ou de longue durée, la location peut également faciliter la démocratisation du VE, en alimentant progressivement un marché de l’occasion. L’ensemble de la chaîne de valeur s’en trouve aussi transformée, de la vente à la réparation en passant par l’entretien. Par-delà le seul renouvellement des flottes, c’est donc une refonte structurelle des qualifications qui s’annonce.
Face à la mutation du secteur, l’automobile investit dans la formation
La filière automobile occupe une place centrale dans l’économie des deux départements. Selon Data Emploi, elle rassemble dans son ensemble (vente et location, réparation, commerce de pièces, activités commerciales) 15 472 salariés en Martinique et 17 353 en Guadeloupe, soit respectivement 11,7 % et 13,5 % de l’emploi salarié. La filière fait également partie des secteurs qui comptent le plus d’offres d’emploi à pourvoir et qui rencontrent les plus fortes difficultés de recrutement.
Pour répondre à ces difficultés et accompagner la transition vers des mobilités moins carbonées, GBH, Citadelle et Loret ont développé des dispositifs de formation et d’insertion. Ils reposent notamment sur des stages, des contrats d’alternance et de professionnalisation, destinés à préparer les futurs techniciens et commerciaux aux évolutions de la filière.
Citadelle dispose également de son propre centre de formation, L’École Citadelle, ainsi qu’un programme interne d’évolution des compétences, le Citadelle Internship Program. GBH s’appuie sur des partenariats avec France Travail, le RSMA, les Missions locales et l’École de la deuxième chance pour renforcer ses actions de formation et d’accès à l’emploi. Le groupe anime également le programme d’insertion « Tremplin pour l’emploi », qui accompagne les jeunes vers les métiers de la filière.
À travers ces initiatives, les groupes automobiles antillais ne répondent donc pas uniquement à une évolution technique. Ils accompagnent une transformation de leur activité, dans laquelle la capacité à former, recruter et retenir les compétences devient un avantage tout autant stratégique que l’offre de véhicules elle-même.
















