En Chine, la production éolienne et solaire est de plus en plus écrêtée faute de réseau adapté, tandis que le charbon conserve une place protégée. Australie, Japon et Inde connaissent des tensions similaires au premier semestre 2026.
La Chine bâtit éoliennes et parcs solaires à un rythme soutenu, mais le réseau de transport ne suit pas. L’écrêtement, une pratique qui consiste à réduire ou à rejeter la production électrique pour éviter une surcharge reste structurel dans le pays. Le cas chinois montre une contradiction tenace entre les ambitions climatiques et la réalité industrielle. Pékin affiche des objectifs de décarbonation élevés, mais le terrain révèle un système énergétique pris entre deux logiques.
Un réseau de transport à la traîne
Le déséquilibre provient d’un décalage entre la vitesse de construction des énergies renouvelables et l’état de préparation des lignes censées acheminer l’électricité. Les plus grands parcs éoliens et solaires chinois sont implantés dans les déserts et les prairies du nord et de l’ouest, loin des métropoles industrielles de l’est qui consomment l’électricité produite.
La situation empire avec la mise en service de 30 gigawatts de nouvelles capacités au charbon au premier semestre, volume le plus élevé pour un premier semestre depuis dix ans et supérieur de 43 % à l’année précédente. Dans le même temps, seulement 2,7 GW ont été retirés. Des contrats à long terme garantissent encore aux centrales à charbon une part de la demande électrique, leur réservant de l’espace sur le réseau indépendamment de la compétitivité de l’énergie propre. Pékin maintient ainsi un socle fossile considérable au moment même où les renouvelables saturent le réseau.
« L’écrêtement en Chine est structurel, ce n’est pas un goulet d’étranglement temporaire. Nous nous attendons à ce que la pression liée à l’écrêtement se poursuive jusqu’à la fin de la décennie », a déclaré Yuan Ren, analyste chez Wood Mackenzie, à Reuters.
Une dynamique qui dépasse les frontières chinoises
La tension ne se limite pas à la Chine. Le marché national de l’électricité australien a écrêté 2,93 TWh au premier semestre 2026, soit une hausse de 37 %, tandis que le réseau japonais en a rejeté 2,35 TWh, une augmentation de 34 %. L’Inde, troisième producteur mondial d’énergie solaire, a écrêté 8,13 TWh sur le trimestre clos en juin, représentant environ 14 % de sa production solaire sur la période.
Sur un an, les nouvelles installations solaires chinoises ont chuté de 66 %, sous l’effet conjugué de l’écrêtement et d’un changement de politique ayant supprimé le tarif fixe garanti dont bénéficiaient les producteurs d’énergie renouvelable. Les investisseurs se tournent désormais vers des projets associant panneaux solaires et stockage par batterie, afin de conserver l’énergie excédentaire plutôt que de la perdre.
Injonctions et réalité du charbon
Le gouvernement chinois a appelé en avril à un contrôle plus strict des capacités charbonnières, et les permis ont ralenti à 8,6 GW au premier semestre. Pourtant, des promoteurs ont proposé 70 GW de nouveaux projets charbonniers et en ont relancé 20 GW supplémentaires sur la même période.
« Le secteur électrique chinois reçoit des signaux contradictoires », a déclaré Christine Shearer, analyste de recherche chez Global Energy Monitor. « Les décideurs réclament un contrôle plus strict du charbon, et pourtant un nombre record de nouvelles centrales à charbon continuent d’entrer en service, soutenues par des mécanismes de marché qui garantissent au charbon à la fois des paiements de capacité et d’importants volumes de ventes d’électricité. »
La configuration actuelle place les opérateurs face à un dilemme économique, soit financer des parcs dont une partie de la production est perdue, soit investir dans des infrastructures de stockage onéreuses. Le charbon, encore protégé par des mécanismes de marché, prolonge la dépendance à un combustible que Pékin affirme vouloir contenir.
















