La batterie tout solide sort-elle enfin du laboratoire ? Début septembre, le taïwanais ProLogium a annoncé le passage à la production en série de sa batterie « Lithium Ceramic Battery » (LCB), dont la densité énergétique de 381 Wh/kg a été certifiée par TÜV Rheinland. Une avancée technique majeure qui éclaire d’un jour nouveau sa gigafactory de Dunkerque, un chantier lancé en février 2026 pour 5,2 milliards d’euros, première usine du groupe hors de Taïwan.
Production en série à Taïwan : une densité énergétique certifiée par un tiers
Depuis des années, la batterie solide restait bien au chaud dans les prototypes de laboratoire. Cela est peut-être en train de changer avec ProLogium qui vient de franchir une nouvelle étape. La production en série de sa batterie « Lithium Ceramic Battery » (LCB) dans son usine de Taoyuan, à Taïwan, une technologie qui remplacera à terme l’électrolyte liquide des batteries actuelles par un matériau céramique solide, censé apporter plus d’autonomie et moins de risques d’incendie.
Pour l’heure, la Gen 3.5 désormais en série utilise un électrolyte solide composite, avec une fraction organique progressivement réduite. L’électrolyte entièrement inorganique est prévu pour la Gen 4, celle visée à Dunkerque.
Selon un communiqué ProLogium, un essai TÜV tiers a mesuré 381 Wh/kg et 903 Wh/L sur une batterie grand format de 185,4 Ah soit une cellule de taille automobile, et non un simple échantillon de laboratoire. Ce niveau se situe environ 30 % au-dessus des batteries nickel-manganèse-cobalt de la plupart des voitures électriques actuelles, qui plafonnent près de 300 Wh/kg, la lithium-fer-phosphate se situant entre 150 et 200 Wh/kg.
UL Solutions a testé la même batterie selon la norme chinoise GB/T 43568-2026, introduite en juillet pour distinguer les vraies batteries tout solide de celles contenant encore de l’électrolyte liquide. Résultat : une perte de masse inférieure à 0,05 % après six heures sous vide à 120 °C, pour un plafond de 0,5 %.
Dunkerque, la gigafactory de 5,2 milliards d’euros qui mise sur le solide
Le site de Dunkerque est présenté comme la première usine de ProLogium hors de Taïwan, un projet de 5,2 milliards d’euros dont le chantier a été lancé en février 2026 lors d’une cérémonie de pose de première pierre. Kyushu Electric Power a annoncé pour sa part un investissement stratégique dans ProLogium (le montant n’a pas été divulgué), pour approfondir une collaboration déjà existante au Japon.
La phase 2 vise 4 GWh/an d’ici 2030, avec une potentiel de long terme sous réserve de la demande de 48,0 GWh pour l’ensemble du site, en lien avec le centre de R&D du groupe situé à Paris-Saclay. Par ailleurs, la première tranche de l’usine devrait ouvrir en 2028 avec une capacité de 0,8 GWh, puis monter à 12 GWh en 2032.
Incertitudes et enjeux pour l’industrie européenne
La capacité industrielle reste encore modeste. La ligne de Taoyuan, même passée en production de série, ne peut alimenter qu’une fraction du marché. De plus, le contexte européen reste difficile où cette avancée survient alors que l’Europe a déjà perdu Northvolt.
Même si aucun client en volume pour des batteries de traction automobile n’a été nommé, des partenariats et des livraisons existent comme Mercedes-benz en coopération technologique ou encore un équipementier audio automobile américain.
Il n’en demeure pas moins que ProLogium offre la première vrai réponse à ceux qui affirment encore que le tout solide a un retard d’au moins une décennie. La prochaine échéance décisive sera bien la tenue du calendrier dunkerquois avec l’ouverture de la première tranche en 2028, puis une montée vers 4 GWh en 2030. C’est là que se jouera la crédibilité européenne de la batterie tout solide.
















