Le réacteur n°6 de la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, inactif depuis la catastrophe de Fukushima en 2011, a été arrêté dans la nuit de mercredi à jeudi suite au déclenchement d’une alarme. L’incident, survenu environ 5 heures après un redémarrage très attendu montre une fois encore les défis techniques et l’immense sensibilité politique qui entourent le retour du nucléaire au Japon.
Dans la nuit du 21 au 22 janvier 2026, une alarme a retenti dans la salle de contrôle de la centrale nucléaire de Kashiwazaki-Kariwa, située dans la préfecture de Niigata sur la côte ouest du Japon. Quelques heures seulement après avoir relancé son réacteur n°6, le premier à redémarrer pour l’opérateur Tokyo Electric Power Company (Tepco) depuis la catastrophe de Fukushima, la plus grande centrale nucléaire du monde a dû suspendre immédiatement ses opérations. Selon les autorités, l’alerte concernait le système de surveillance des barres de contrôle, des composants essentiels pour réguler la réaction en chaîne au cœur du réacteur. Aucune fuite radioactive ni instabilité du réacteur n’a été détectée, mais l’incident, survenu à 00h28 heure locale, a suffi à plonger le pays dans un nouvel épisode de doute sur sa politique énergétique.
Un redémarrage très attendu, mais éphémère
Le processus de redémarrage du réacteur n°6, d’une capacité de 1 356 mégawatts, était déjà scruté à la loupe. Initialement prévu pour le 20 janvier, il avait été reporté de 24 heures en raison d’un problème technique détecté lors des vérifications de routine du week-end. Finalement, Tepco avait annoncé le succès de la remise en service le 21 janvier vers 19h, marquant un pas symbolique dans le retour progressif de l’énergie atomique au Japon,presque quinze ans après l’accident de Fukushima qui avait conduit à l’arrêt de l’ensemble du parc nucléaire.
La centrale de Kashiwazaki-Kariwa, avec ses sept réacteurs et sa capacité totale de 8 212 mégawatts, est un géant industriel. Son redémarrage est un pilier du plan gouvernemental visant environ une vingtaine de réacteurs de réacteurs en opération à moyen terme afin d’assurer la sécurité d’approvisionnement et réduire la dépendance aux énergies fossiles. Mais le symbole s’est rapidement transformé en rappel des vulnérabilités persistantes. « Le redémarrage a été suspendu après qu’une alarme se soit déclenchée dans le système de surveillance des barres de contrôle », a confirmé un porte-parole de Tepco, précisant que l’enquête était en cours pour déterminer la cause exacte de cette alarme.
Une sensibilité accrue dans un contexte tendu
L’incident, aussi bref et maîtrisé soit-il techniquement a provoqué une onde de choc médiatique et une inquiétude publique toujours vive. D’une part, l’ombre de Fukushima plane toujours sur Tepco, l’opérateur historique mis en cause pour sa gestion de la catastrophe de 2011. Et d’autre part, le secteur nucléaire japonais a été ébranlé ces derniers mois par des scandales, notamment des falsifications de données concernant les normes antisismiques chez un autre opérateur, Chubu Electric Power.
Sur le terrain, l’opposition locale reste forte. La région, située sur une zone sismique active, garde en mémoire le puissant tremblement de terre de 2007 qui avait déjà endommagé la centrale et conduit à son arrêt temporaire.
Une enquête en cours et un avenir incertain
Dans l’immédiat, les équipes techniques de Tepco se concentrent sur le diagnostic. L’Autorité de régulation nucléaire japonaise (NRA) a indiqué que le réacteur était dans un état stable et qu’aucun niveau anormal de radioactivité n’avait été mesuré à l’extérieur de l’installation. L’enquête se focalise sur le mécanisme des barres de contrôle, conçu pour s’enfoncer automatiquement dans le cœur du réacteur en cas d’urgence pour stopper la fission nucléaire. Leur bon fonctionnement est une condition sine qua non de la sécurité.
« L’Autorité de régulation nucléaire confirme que le réacteur est stable et qu’il n’y a pas d’impact sur l’environnement extérieur », a déclaré un responsable de la NRA, cherchant à rassurer l’opinion publique. L’incident s’est produit pendant le retrait des barres ; après l’alarme, le retrait a été suspendu, et les barres sont restées partiellement retirées.
L’interruption imprévue jette une lumière crue sur les défis de la relance nucléaire japonaise. Alors que le gouvernement vise le redémarrage de plusieurs réacteurs, chaque incident, même mineur, pourrait entraîner des retards considérables en raison des vérifications renforcées exigées par la réglementation post-Fukushima. La crédibilité de Tepco et, plus largement, l’acceptation sociale de l’atome sont une nouvelle fois mises à l’épreuve.











