La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a transmis aux ministres de l’Énergie et de l’Économie son projet de délibération concernant l’évolution des tarifs réglementés de vente de l’électricité (TRVE) pour le 1er février 2026. À Paris, l’autorité de régulation propose un maintien quasi-stable des prix, avec une baisse marginale de 0,83% TTC, alors que près de 20 millions de ménages français restent concernés par ces tarifs.
Dans un contexte de transition énergétique où chaque euro compte pour les ménages, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) propose une stabilité tarifaire qui pourrait sembler anodine mais révèle des mécanismes complexes de régulation du marché électrique français. La délibération transmise au Conseil supérieur de l’énergie pour avis prévoit une baisse technique de 0,83% TTC des tarifs réglementés de vente au 1er février 2026, une évolution qui masque des mouvements contraires significatifs au sein de la structure tarifaire.
L’équilibre précaire des composantes tarifaires
La stabilité apparente des tarifs résulte d’un savant dosage entre plusieurs forces opposées. D’un côté, la fin programmée de l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (ARENH) au 31 décembre 2025 entraîne une baisse du coût d’approvisionnement en énergie, celui-ci étant désormais calculé à 100% sur la base des prix de marché de gros. L’évolution méthodologique, formalisée par la CRE dans sa délibération de décembre 2023, s’accompagne d’une diminution du coût des garanties de capacité.
En contrepartie, plusieurs facteurs tirent les tarifs vers le haut. Les coûts de commercialisation d’EDF augmentent, notamment en raison de l’entrée en vigueur de la sixième période des certificats d’économie d’énergie (CEE). Par ailleurs, la composante des rattrapages incluse dans les TRVE connaît une hausse, principalement liée à la fin du rattrapage au titre de janvier 2025.
La part acheminement, quant à elle, reste stable, confirmant l’absence d’évolution du tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (TURPE) pour 2026. Cette stabilité technique se traduit concrètement par une baisse moyenne des tarifs de l’ordre de 1,99 €TTC/MWh, soit environ 9 €TTC d’économie annuelle pour un foyer consommant 4,5 MWh par an.
Les évolutions fiscales et leur impact
La fiscalité applicable à partir du 1er février 2026 connaît des ajustements notables. La contribution tarifaire d’acheminement (CTA) passe de 21,93% à 15%, conformément au projet d’arrêté gouvernemental. Cette baisse significative est partiellement compensée par l’augmentation mécanique annuelle de l’accise, qui s’élève désormais à 30,85 €/MWh contre 29,98 €/MWh précédemment.
Ces mouvements fiscaux interviennent dans un paysage où près de 19,75 millions de clients résidentiels restent abonnés aux tarifs réglementés en France métropolitaine continentale, selon les chiffres arrêtés au 30 septembre 2025. Dans les zones non interconnectées (ZNI), tous les clients résidentiels bénéficient des mêmes TRVE hors taxes qu’en métropole, avec des variations fiscales spécifiques aux territoires ultramarins.
La transformation structurelle des options tarifaires
Au-delà de la simple évolution des prix, la CRE engage une transformation profonde des options tarifaires disponibles. L’autorité de régulation propose la suppression progressive de l’option base pour les puissances souscrites comprises entre 18 et 36 kVA. En métropole, cette mesure entrera en vigueur au 1er février 2026, tandis que les ZNI bénéficieront d’un délai supplémentaire jusqu’au 1er février 2027.
Les clients concernés qui n’auront pas modifié leur option tarifaire d’ici ces échéances seront automatiquement basculés vers l’option heures pleines/heures creuses (HP/HC). Cette orientation s’inscrit dans une logique d’incitation à l’adaptation des consommations aux signaux tarifaires, visant à optimiser l’utilisation des infrastructures électriques.
Parallèlement, la CRE met en extinction l’option base pour les puissances de 9 à 15 kVA dans les ZNI à partir du 1er février 2026. Si les clients existants conservent leur option, les nouveaux abonnés ou ceux déménageant seront orientés vers des options HP/HC. Cette évolution s’accompagne de travaux prospectifs pour expérimenter de nouvelles options tarifaires adaptées aux profils de consommation contemporains.
Perspectives et expérimentations futures
La CRE poursuit ses réflexions sur l’évolution du paysage tarifaire avec deux chantiers expérimentaux majeurs. Le premier concerne le développement d’une nouvelle option pour les consommateurs résidentiels disposant d’une puissance souscrite comprise entre 3 et 6 kVA, applicable tant en métropole que dans les ZNI. Le second vise à créer une option spécifique pour les puissances de 9 à 36 kVA dans les zones non interconnectées.
Tout cela montre une volonté d’adapter l’offre tarifaire aux réalités techniques et aux comportements de consommation, dans un contexte où la transition énergétique impose une gestion plus fine de la demande électrique. La stabilité tarifaire proposée pour 2026 ne doit donc pas masquer les transformations structurelles en cours, qui redessinent progressivement les modalités d’accès à l’électricité pour les ménages français.
Source : CRE











