Dans un contexte de tensions géopolitiques sur les métaux critiques, la société américaine USA Rare Earth annonce la construction d’une usine de production de métaux et alliages de terres rares à Lacq, dans le sud-ouest de la France. Le projet, soutenu financièrement par l’État français, vise à créer une chaîne d’approvisionnement intégrée hors de Chine, de la mine aux aimants permanents, essentiels pour la défense et la transition énergétique.
L’annonce, officialisée le 20 janvier 2026 via un communiqué de presse, marque une étape significative dans la stratégie de diversification des chaînes d’approvisionnement en terres rares. USA Rare Earth, valorisée entre 2,35 et 2,7 milliards de dollars, développe ce projet par l’intermédiaire de sa filiale européenne, Less Common Metals (LCM) Europe SAS. L’usine, d’une capacité annuelle de 3 750 tonnes de métaux et alliages, sera implantée sur le bassin industriel de Lacq, un site historiquement lié à l’énergie.
La décision intervient alors que les États-Unis et l’Europe cherchent à réduire leur dépendance quasi exclusive vis-à-vis de la Chine, qui domine la production et le raffinage de ces métaux stratégiques. Les terres rares sont indispensables à la fabrication d’une multitude de technologies de pointe, des véhicules électriques et éoliennes aux systèmes de guidage militaire.
Un projet intégré et soutenu par l’État français
L’implantation à Lacq n’est pas un choix anodin. Elle s’inscrit dans une logique de cluster industriel. L’usine de USA Rare Earth sera en effet co-localisée avec le futur site « Caremag » du groupe français Carester, spécialisé dans la production d’oxydes de terres rares. Selon les informations communiquées, l’usine Caremag, d’une capacité de 1 600 tonnes par an, doit entrer en service à la fin de l’année 2026.
Cette proximité physique permettra de créer un pôle européen de compétence, depuis la séparation des oxydes jusqu’à la production des métaux et alliages nécessaires aux aimants permanents de type NdFeB. « Cette co-localisation avec Caremag à Lacq est une étape clé pour construire une chaîne de valeur intégrée et résiliente en Europe », peut-on lire dans le communiqué officiel de l’entreprise.
Le projet bénéficie d’un soutien financier substantiel des autorités françaises. Le gouvernement a accordé des crédits pouvant couvrir jusqu’à 45% du coût des équipements éligibles, ainsi qu’une enveloppe de 130 millions d’euros dédiée à l’immobilier. Des aides à l’embauche et à la formation sont également prévues, soulignant la dimension stratégique et créatrice d’emplois de cette implantation.
Une stratégie « mine-to-magnet » pour sécuriser l’approvisionnement
L’usine de Lacq n’est qu’une pièce d’un puzzle plus vaste que USA Rare Earth assemble patiemment. La société vise à maîtriser l’intégralité de la chaîne, depuis l’extraction minière jusqu’à la fabrication des aimants. Cette stratégie dite « mine-to-magnet » (de la mine à l’aimant) est une réponse directe aux vulnérabilités logistiques exposées ces dernières années.
En amont, l’entreprise détient les droits sur le gisement de Round Top, au Texas, dont la production est désormais anticipée pour la fin 2028, soit avec deux ans d’avance sur le calendrier initial grâce au succès d’un pilote hydrométallurgique. En aval, elle construit une usine de fabrication d’aimants à Stillwater, dans l’Oklahoma, sur un site de 28 800 mètres carrés.
L’annonce française intervient donc à un moment charnière pour l’entreprise, qui cumule les avancées. La nouvelle a immédiatement suscité un vif intérêt sur les marchés financiers.
Des défis à relever pour une filière en reconstruction
Le calendrier prévisionnel est désormais tracé. Après la mise en service de l’usine Caremag fin 2026, l’usine LCM de Lacq devrait suivre. Parallèlement, l’usine pilote hydrométallurgique de Wheat Ridge, dans le Colorado, doit démarrer ses opérations début 2026 pour affiner les procédés en vue de la production à Round Top.
Toutefois, les risques de retard dans des projets industriels de cette envergure demeurent réels, tout comme les incertitudes liées à la pérennité des soutiens gouvernementaux ou aux fluctuations des prix des matières premières. La capacité de l’entreprise à tenir ses délais et ses budgets sera par conséquent scrutée à la loupe.
L’implication de USA Rare Earth en France montre une volonté commune des puissances occidentales de reprendre le contrôle d’une filière critique. En connectant le gisement texan de Round Top aux usines de transformation françaises et américaines, le groupe tisse une nouvelle carte des approvisionnements. La course pour sécuriser les métaux de la transition énergétique vient de trouver un nouveau point d’ancrage, en plein cœur de l’Europe.
Source : USARE











