Boston Dynamics a présenté une version profondément remaniée de son robot humanoïde Atlas, dont la complexité interne a été réduite de près d’un ordre de grandeur, ouvrant la voie à une fabrication à grande échelle. Hyundai Motor Group prépare une usine capable d’assembler jusqu’à 30 000 unités par an. En parallèle, la PDG par intérim Amanda McMaster exhorte Washington à définir une stratégie nationale face à la domination chinoise dans le secteur.
Boston Dynamics a dévoilé une version profondément repensée de son robot humanoïde Atlas, dont l’architecture interne a été simplifiée au point de réduire sa complexité globale de près d’un ordre de grandeur par rapport au modèle précédent. L’objectif affiché est de permettre une fabrication à grande échelle, sous l’impulsion de Hyundai Motor Group, maison mère du roboticien américain depuis 2021.
Une machine allégée, des ambitions industrielles
Alberto Rodriguez, directeur du comportement robotique chez Boston Dynamics, a détaillé la philosophie de conception dans une interview diffusée en début de semaine. « Si vous comparez cet Atlas à la génération précédente, il y a presque une réduction d’un ordre de grandeur en termes de complexité », a-t-il expliqué. « Il comporte bien, bien moins de pièces et bien moins de pièces uniques. Le processus de fabrication est beaucoup plus rapide et plus simple, ce qui se traduit par une fiabilité accrue et des coûts réduits. »
L’entreprise aurait démontré des performances égales ou supérieures avec une conception allégée, présentée comme indispensable au passage à une production en série. Une avancée qui tombe à point nommé. Hyundai Motor Group, la société mère de Boston Dynamics, a annoncé la construction d’une usine capable de produire jusqu’à 30 000 unités Atlas par an, un volume qui tranche avec les dizaines d’exemplaires fabriqués artisanalement pour les générations antérieures.
Présenté publiquement pour la première fois au salon CES 2026 de Las Vegas en janvier dernier, le nouvel Atlas fonctionne entièrement à l’électricité, abandonnant l’hydraulique qui caractérisait ses prédécesseurs. La machine pèse 90 kg, soulève des charges allant jusqu’à 50 kg et dispose de 56 degrés de liberté, lui conférant une amplitude de mouvement proche de celle d’un corps humain. Avec ses quatre heures d’autonomie, sa batterie peut être remplacée de façon autonome sans intervention humaine. Le système d’intelligence artificielle embarqué fonctionne sur du matériel Nvidia, tandis que Google DeepMind a contribué au développement des capacités cognitives du robot.
Le football comme banc d’essai pour l’intelligence physique
Boston Dynamics a mis en avant les aptitudes physiques d’Atlas à travers une collaboration avec la campagne « School of Football » de Hyundai, rattachée à la Coupe du monde de football 2026 qui se tiendra en Amérique du Nord. Les séquences diffusées montrent le robot apprenant à frapper un ballon et à exécuter des mouvements complexes, dont un « Ghost Rabona », figure technique exigeante mêlant coordination et équilibre. Les résultats obtenus reposent sur des données de capture de mouvement humain, affinées par simulation et par des politiques d’apprentissage entraînées via l’intelligence artificielle.
Rodriguez a présenté le travail autour du football comme une recherche fondamentale sur l’« intelligence physique », autrement dit les algorithmes de contrôle régissant l’équilibre, l’agilité et la génération de force. L’intelligence en question, a-t-il précisé, se distingue de l’« intelligence de raisonnement » qui gère la planification des tâches et la prise de décision. Une distinction qui éclaire la feuille de route de l’entreprise : maîtriser d’abord les fondamentaux moteurs avant de complexifier les couches décisionnelles.
Un appel à la mobilisation
Dans une tribune publiée le 30 juin dans le magazine Fortune, Amanda McMaster, PDG par intérim de Boston Dynamics, a tiré la sonnette d’alarme sur l’absence de stratégie nationale américaine en matière de robotique. Selon elle, les États-Unis risquent de reproduire le déclin observé dans l’industrie des semi-conducteurs, où la production a largement migré vers l’Asie au cours des dernières décennies. « Nous avons vu ce que cela donne avec les semi-conducteurs. Nous ne pouvons pas nous permettre de répéter cela dans la robotique », a-t-elle écrit, rappelant que la Chine représente désormais plus de 54 % des déploiements robotiques mondiaux.
La dirigeante a réclamé la mise en place d’incitations économiques, de programmes de développement des compétences et de stratégies pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement. Elle a également apporté son soutien à une proposition législative fraîchement déposée au Congrès, visant à créer une Commission nationale sur la robotique chargée de coordonner les efforts fédéraux dans le domaine.
L’intervention de McMaster fait écho à un rapport publié en juin par la Fédération internationale de robotique, selon lequel les installations de robots industriels aux États-Unis ont progressé de 11 % en 2025, pour atteindre 38 000 unités. Un redressement encourageant, mais qui demeure modeste au regard des volumes déployés par la Chine, dont la domination industrielle sur le segment ne cesse de s’élargir.
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