La start-up nucléaire newcleo, fondée en 2021, a annoncé fin mai un accord de fusion avec le SPAC NewHold Investment Corp III. L’opération doit permettre à l’entreprise franco-italienne d’entrer sur le Nasdaq sous le symbole NWCL et d’accélérer le déploiement de ses réacteurs rapides refroidis au plomb.
Paris et New York ont scellé, mardi 27 mai, un rapprochement entre finance et atome. Newcleo, une jeune pousse nucléaire créée il y a cinq ans, a officialisé sa fusion avec NewHold Investment Corp III, un SPAC coté au Nasdaq. L’objectif affiché est de décrocher le symbole NWCL et de mobiliser les capitaux nécessaires à l’industrialisation de ses réacteurs modulaires avancés.
La société, qui emploie plus de 900 personnes réparties dans seize bureaux à travers sept pays, a déjà démontré la viabilité économique de son modèle. En 2024, ses filiales ont généré 80 millions de dollars de chiffre d’affaires, via des activités d’ingénierie, de fabrication et de services. Un socle commercial qui distingue newcleo de nombreuses jeunes pousses du secteur, encore cantonnées aux prototypes.
Une technologie adossée au plomb et au combustible recyclé
Le cœur technologique de newcleo repose sur les réacteurs rapides refroidis au plomb, une filière dite de quatrième génération. Fonctionnant à pression atmosphérique, ces systèmes associent les propriétés intrinsèques du plomb, notamment sa capacité à absorber la chaleur sans réagir chimiquement avec l’eau ou l’air, à des dispositifs de sûreté passive. Le risque d’accident grave s’en trouve mécaniquement réduit, sans intervention humaine requise.
La singularité de l’approche tient surtout au combustible. Les LFR de newcleo fonctionnent au MOX, un mélange d’oxydes fabriqué à partir de matières nucléaires issues du retraitement. Utilisé depuis plus de cinquante ans dans les réacteurs à eau pressurisée, ce combustible trouve dans les neutrons rapides une seconde vie. En effet, il permet de recycler le combustible usé en nouvelle ressource énergétique. Une boucle qui s’affranchit de l’uranium minier tout en réduisant le volume de déchets radioactifs à vie longue.
L’Agence pour l’énergie nucléaire de l’OCDE a classé la conception de newcleo au premier rang des réacteurs rapides en Europe, et au deuxième rang mondial à l’aune des indicateurs de maturité couvrant autorisations, financement, chaîne d’approvisionnement et acceptabilité sociale.
Une intégration verticale pensée pour la croissance industrielle
Newcleo a bâti un modèle économe en capital, adossé à trois filiales détenues en propre, S.R.S., Fucina et Rütschi, spécialisées dans l’ingénierie et la fabrication de composants. L’intégration verticale permet de maîtriser les délais et les coûts, tout en réduisant la dépendance aux fournisseurs externes. Les revenus futurs devraient provenir de redevances de licence, de ventes de combustible MOX, de prestations d’EPCM et de participations minoritaires dans des projets de réacteurs.
Le portefeuille commercial affiche déjà un pipeline d’environ 9,2 GW de capacité potentielle. En Slovaquie, une coentreprise formée en juin 2025 avec l’entreprise publique JAVYS prévoit le déploiement de quatre réacteurs LFR-AS-200 de 200 MWe sur le site nucléaire de Bohunice, assorti du recyclage des stocks nationaux de matières nucléaires. D’autres partenariats stratégiques ont été noués avec Saipem, Fincantieri, Danieli et Maire, sont certains sont actionnaires de newcleo, pour développer des applications dans les industries lourdes.
L’Amérique dans le viseur
La dynamique américaine constitue un autre pilier du projet. En octobre 2025, newcleo a scellé un partenariat avec Oklo Inc., étoile montante des réacteurs avancés cotée au NYSE. Les deux entreprises ambitionnent de construire une installation de fabrication de combustible aux États-Unis, combinant l’expertise européenne du MOX avec la technologie de combustible métallique d’Oklo.
Cet axe stratégique a reçu une impulsion décisive le 26 mai 2026, lorsqu’Oklo a annoncé avoir été retenue par le Département de l’Énergie américain dans le cadre du « Surplus Plutonium Utilization Program ». Le tandem piloterait la valorisation du plutonium excédentaire en combustible neuf, destiné à alimenter des réacteurs avancés, sous contrôle strict des normes de sûreté et de non-prolifération.
Un trio fondateur au pedigree scientifique solide
Stefano Buono, cofondateur et PDG, est un ancien du CERN où il a travaillé aux côtés du Prix Nobel Carlo Rubbia. Il a précédemment fondé Advanced Accelerator Applications, introduite au Nasdaq en 2015 puis cédée à Novartis pour 3,9 milliards de dollars trois ans plus tard. À ses côtés, Luciano Cinotti, sommité des réacteurs rapides et président du comité de pilotage LFR du Generation IV International Forum, et Elisabeth Rizzotti, également passée par le CERN avant d’évoluer dans le conseil et la banque.
L’entrée en Bourse de newcleo intervient dans une course mondiale au nucléaire de nouvelle génération où s’affrontent déjà TerraPower, X-energy, Oklo et plusieurs acteurs chinois et russes. Une compétition où la maîtrise du cycle du combustible pourrait faire la différence.
Source : Newcleo
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