Les chiffres de la sécurité civile le montrent année après année : l’incendie de conduit reste l’un des accidents domestiques les plus fréquents en France. Le nord et l’ouest du pays paient le plus lourd tribut. Décryptage d’un risque saisonnier, largement évitable.
Une cinquantaine de sorties par jour
Les sapeurs-pompiers déclarent chaque année leurs interventions à la Direction générale de la sécurité civile, qui les publie en données ouvertes. Résultat pour ce motif : 21 682 sorties en 2022, 20 128 en 2023, 19 914 en 2024. Lissé sur l’année, cela fait plus de cinquante incendies de conduit traités chaque jour. Et le chiffre réel est plus élevé encore, plusieurs départements ne détaillant pas cette catégorie.
Ces départs de feu se concentrent sur la saison froide. Pour les foyers qui se chauffent au bois, la meilleure protection reste de connaître les bons gestes avant d’en avoir besoin, à commencer par que faire en cas de feu de cheminée dans les premières minutes.
La carte : le Nord et l’ouest en première ligne
Un département domine le classement trois années de suite : le Nord, avec 720 incendies de conduit en 2022, 710 en 2023 et 707 en 2024. Son voisin le Pas-de-Calais suit de près, puis une série de départements bretons, normands et ligériens.
| Rang | Département | Incendies de conduit en 2024 |
|---|---|---|
| 1 | Nord | 707 |
| 2 | Pas-de-Calais | 640 |
| 3 | Ille-et-Vilaine | 437 |
| 4 | Manche | 408 |
| 5 | Seine-Maritime | 407 |
| 6 | Loire-Atlantique | 387 |
| 7 | Morbihan | 386 |
| 8 | Dordogne | 365 |
| 9 | Vosges | 361 |
| 10 | Isère | 350 |
Données : ministère de l’Intérieur, statistiques annuelles des SDIS, publiées sur data.gouv.fr.
Le point commun de ces territoires : beaucoup de maisons individuelles anciennes, un chauffage d’appoint ou principal au bois très répandu, et un air humide une bonne partie de l’année. Or l’humidité est l’ennemie d’une bonne combustion.
D’où vient le feu ?
Dans l’immense majorité des cas, ce n’est pas l’âtre qui s’emballe, mais le conduit lui-même. Au fil des flambées, la fumée y laisse une pellicule de suie et de goudrons, que les professionnels appellent bistre. Plus le bois est humide et le feu paresseux, plus ce film s’épaissit.
Le jour où l’on charge le foyer de papiers, de cartons ou de petit bois, la température grimpe d’un coup et ce dépôt prend feu. La chaleur dégagée peut alors fendre la maçonnerie et gagner les poutres qui longent le conduit.
Poêles et inserts : un risque qui n’a pas disparu
On pourrait croire le problème réservé aux vieilles cheminées à foyer ouvert. Ce n’est pas le cas. Les poêles et les inserts, plébiscités pour leur rendement, tournent souvent à allure réduite pendant des heures : la flamme reste basse, les gaz sortent tièdes et se condensent davantage sur les parois. Beaucoup de ces appareils ont en outre été raccordés à d’anciens conduits maçonnés, pas toujours équipés d’un tubage adapté à leur diamètre. Un équipement moderne réclame donc la même vigilance qu’une cheminée d’autrefois, et peut-être davantage : passage régulier du ramoneur, combustible bien sec, et attention particulière à une combustion qui « fume » ou laisse des traces noires sur le verre de la porte.
Reconnaître l’alerte et réagir
Le signal le plus souvent cité par les pompiers est sonore : un grondement continu qui monte dans la maison. Dehors, des escarbilles et parfois de vraies flammes jaillissent du toit, tandis qu’à l’intérieur des morceaux de suie rougeoyants retombent dans le foyer.
Trois réflexes s’imposent alors. Premier geste : étouffer l’incendie en lui coupant l’air, porte du foyer et registres fermés. Ensuite, proscrire l’eau : versée sur des braises à cette température, elle se change instantanément en vapeur brûlante et peut faire éclater le conduit. Enfin, évacuer le logement et composer le 18 ou le 112 sans attendre, même si le grondement s’apaise. Avant de rallumer, un professionnel devra inspecter le conduit, et l’assureur être prévenu dans les délais du contrat.
Prévenir : la loi et le bon sens
Depuis l’automne 2023, un passage du ramoneur au moins tous les douze mois est obligatoire sur l’ensemble du territoire, et de nombreux règlements départementaux en exigent deux. Le reste relève de l’habitude :
- choisir un bois de feuillus dont l’humidité ne dépasse pas 20 %, ce qu’un humidimètre vérifie en quelques secondes ;
- préférer une flambée franche à un feu étouffé qui couve jusqu’au matin ;
- ne jamais se servir du foyer comme d’un incinérateur pour les emballages ou les planches peintes ;
- faire retirer les goudrons durcis dès que le ramoneur les signale.
Dernier conseil, souvent négligé : conserver le justificatif remis à chaque ramonage. En cas de sinistre, c’est la première pièce que demandera l’assurance.
















