Des feux de forêt estivaux en Europe occidentale ont réactivé des obus et des mines des deux guerres mondiales enfouis sous les sols. Des détonations ont été entendues en France, en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas, mettant en danger les pompiers.
Le sol européen n’a pas fini de raconter ses guerres. Sous les forêts de pins des Landes ou les tourbières de la Haute Fagne, des obus et des mines rouillés, vestiges des deux conflits mondiaux, se réveillent au contact des flammes. Durant l’été, les incendies qui ont embrasé l’ouest du continent ont provoqué des explosions en France, en Belgique, en Allemagne et aux Pays-Bas, menaçant directement les équipes de pompiers.
Le phénomène met en lumière la collision entre le réchauffement climatique et un passé militaire enfoui. Sarah Njeri, chercheuse en paix et conflits à l’École des études orientales et africaines de Londres, estime que la chance climatique de l’Europe s’épuise. « Le changement climatique fait désormais le travail de déterrer et de réactiver ce qui était auparavant stable », dit-elle.
Des détonations sur d’anciens champs de bataille
Fin juillet, un incendie de forêt de grande ampleur près de Bordeaux, dans le sud-ouest de la France, a mis au jour plus de 400 obus et munitions dans le village du Porge. Le maire Martial Zaninetti a confié à France Info que les détonations ressemblaient à « des bruits de guerre », un obus ayant même traversé une maison selon les témoignages. Les munitions, d’origine allemande et française, se composaient principalement d’obus de mortier et d’obus antichars à haut explosif.
En Belgique, le gouverneur de la province de Liège, Hervé Jamar, a signalé « quelques détonations sporadiques » pendant que les flammes ravageaient la Haute Fagne, une forêt de tourbières à cheval sur la frontière belgo-allemande. Le secteur a connu des combats parmi les plus meurtriers de la Seconde Guerre mondiale, avec la bataille des Ardennes et la bataille de la forêt de Hürtgen, longue de 88 jours. L’incendie, déclenché vers le 15 août, a consumé environ 3 000 hectares de tourbières protégées. Il constitue le plus grand feu de l’histoire récente de la Belgique et a déclenché le mécanisme de protection civile de l’Union européenne.
Les détonations ont été signalées dans plusieurs pays :
- France : plus de 400 obus et munitions au Porge, près de Bordeaux
- Belgique : détonations sporadiques en Haute Fagne
- Allemagne : risques près des feux en Rhénanie-du-Nord-Westphalie
- Pays-Bas : inspection d’une forêt du Limbourg
Une cohabitation quotidienne avec les restes de guerre
Le Service belge de déminage et de destruction répond à plus de 3 000 appels par an et neutralise entre 200 et 250 tonnes de munitions héritées des deux guerres mondiales.
Jonas Tepe, porte-parole de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie en Allemagne, prévient que les engins non explosés deviennent particulièrement dangereux près des feux de forêt, la chaleur pouvant déclencher les charges. La sécheresse aggrave le problème ailleurs en Europe. Des mines navales ont refait surface dans le Danube en Slovaquie, une bombe est apparue au pied du pont Marguerite à Budapest, et des autorités allemandes ont découvert un engin datant de la Seconde Guerre mondiale lors de l’assèchement du Rhin.
Le climat réveille les séquelles
Christina Greene, chercheuse à l’université d’Arizona, a étudié les liens entre feux de forêt et engins explosifs non éclatés. Selon elle, « l’héritage de la guerre ne cesse de resurgir » sous l’effet du changement climatique. « C’est comme revivre les séquelles de la guerre et des conflits d’une façon à laquelle nous n’avions plus eu à faire face depuis un certain temps dans certaines régions », ajoute-t-elle.
La multiplication des feux de forêt sur le continent place les autorités face à un double impératif. Il faut à la fois protéger les populations des flammes tout en sécurisant des terrains saturés d’explosifs oubliés. Une équation que les services de déminage et les secours devront résoudre au fil des étés.
















