Les panneaux photovoltaïques installés sur les toitures industrielles et agricoles ne sont pas, dans la majorité des sinistres recensés, à l’origine de l’incendie. Leur présence peut néanmoins compliquer l’intervention des secours, car les modules continuent de produire du courant continu tant qu’ils sont exposés à la lumière. La prévention repose donc sur une conception rigoureuse, la protection des câbles, la maintenance des onduleurs et des procédures d’intervention adaptées.
Photovoltaïque en toiture : cinq points clés
- La base ARIA recense 141 événements liés à des panneaux photovoltaïques installés sur des toitures de sites classés.
- Près de 65% de ces événements concernent des installations agricoles.
- L’incendie est associé à environ 98% des cas recensés.
- Les panneaux photovoltaïques ne sont la cause première de l’événement que dans 20% des cas.
- Même après coupure du réseau, les panneaux restent susceptibles de produire du courant continu sous l’effet du rayonnement solaire.
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Porté par les objectifs de transition énergétique, le photovoltaïque gagne rapidement les toitures des sites agricoles et industriels. Mais cette expansion s’accompagne de contraintes de sécurité particulières, notamment face au risque incendie. Selon les données de la base ARIA, les panneaux solaires ne sont que rarement à l’origine des sinistres recensés, mais leur présence peut en compliquer fortement la gestion. L’enjeu n’est donc pas de freiner le déploiement du solaire, mais d’intégrer la sécurité dès la conception et tout au long de l’exploitation des installations.
La croissance du photovoltaïque ne se joue plus seulement dans les champs ou sur les maisons individuelles. Les vastes couvertures d’entrepôts, de hangars, d’ateliers et de bâtiments d’élevage constituent désormais un gisement stratégique pour accélérer la production d’électricité renouvelable sans artificialiser davantage les sols.
Les entreprises industrielles comme les exploitations agricoles y voient un moyen de valoriser des surfaces souvent inutilisées, de réduire une part de leur facture énergétique et, dans certains cas, de sécuriser leur approvisionnement par l’autoconsommation. Cette dynamique répond à une logique économique autant qu’environnementale. Elle fait toutefois entrer la production électrique au cœur de bâtiments où coexistent parfois équipements, marchandises, animaux, matières combustibles ou produits dangereux.
Un risque réel, mais souvent indirect
Le Bureau d’analyse des risques et pollutions industriels recense 141 événements impliquant des panneaux photovoltaïques installés sur les toitures de sites classés pour la protection de l’environnement. Près de 65% de ces situations concernent le secteur agricole, signe de la place croissante prise par le solaire sur les bâtiments d’élevage et les hangars.
L’incendie est associé à environ 98% des événements recensés. Pour autant, le constat appelle à la nuance. Dans quatre cas sur cinq, l’installation photovoltaïque n’est pas identifiée comme la cause première du sinistre. Le feu peut trouver son origine dans le bâtiment lui-même, dans une activité en cours, dans des travaux ou dans un équipement voisin.
Le photovoltaïque n’est ainsi ni un facteur à banaliser ni un coupable désigné d’avance. Il ajoute plutôt une couche de complexité à des sites déjà exposés à leurs propres vulnérabilités. Lorsqu’elle est en cause, l’origine peut relever d’un court-circuit, d’une surtension, d’un défaut d’onduleur ou d’une détérioration de câbles. Les agressions externes, y compris les dommages causés par des rongeurs, figurent aussi parmi les scénarios observés.
Le courant continu, difficulté majeure des secours
La particularité d’une centrale photovoltaïque réside dans la production de courant continu par les modules dès lors qu’ils sont exposés à la lumière. Couper le raccordement au réseau électrique ne suffit donc pas nécessairement à neutraliser tous les risques. Les panneaux continuent de produire de l’énergie, qui peut alimenter des câbles ou des équipements endommagés tant que le rayonnement solaire persiste.
Cette réalité pèse lourdement sur les conditions d’intervention. Les sapeurs-pompiers doivent composer avec un risque d’électrisation, des difficultés d’isolement électrique et, parfois, l’impossibilité d’attaquer le feu depuis l’intérieur du bâtiment. L’effondrement d’une toiture, avec les panneaux qu’elle supporte, ajoute une incertitude supplémentaire au moment du déblaiement.
Donnée en exemple par la base ARIA, l’incendie d’une menuiserie dans la Manche en 2020 a illustré cette situation. Alors que le réseau avait été coupé, les panneaux exposés à la lumière continuaient à envoyer du courant vers un local onduleur détruit. Après l’effondrement de 800 m² de toiture, les opérations de déblaiement avaient dû être interrompues en raison du risque électrique lié aux panneaux au sol.
Des défaillances parfois modestes, des effets potentiellement lourds
Les incidents les plus préoccupants ne naissent pas toujours d’une défaillance spectaculaire. Autre cas. Dans un poulailler du Puy-de-Dôme, en mars 2024, un départ de feu a été constaté près d’un onduleur et du cheminement des câbles. Les éléments disponibles ont conduit à soupçonner une détérioration des gaines par des rongeurs, dont le contact avec des conducteurs partiellement dénudés aurait provoqué un court-circuit. Malgré la coupure des onduleurs, la production des panneaux a continué à alimenter les câbles et à provoquer de nouveaux départs de flamme.
La sécurité dépend finalement de toute la chaîne : dimensionnement, pose, connectiques, protections électriques, emplacement des onduleurs, cheminement des câbles, maintenance et capacité à détecter rapidement une anomalie. Dans les grands bâtiments, l’étendue du réseau électrique et le nombre de connexions multiplient mécaniquement les points de vigilance.
L’amélioration des dispositifs de mise à l’arrêt automatique, la protection des câbles contre les agressions extérieures et une signalisation claire à destination des services de secours apparaissent comme des leviers concrets. Toutefois, la préparation en amont compte également comme des plans à jour, le repérage des organes de coupure, la coordination avec les équipes de maintenance et la prise en compte du photovoltaïque dans les consignes internes de sécurité.
Faire de la sécurité une condition du déploiement
Le développement du solaire en toiture devrait se poursuivre, particulièrement dans les secteurs disposant de grandes surfaces bâties. L’enjeu dépasse donc la seule prévention des incidents. Il s’agit de rendre compatible l’accélération énergétique avec les impératifs de protection des travailleurs, des exploitants, des riverains et des secours.
Les données disponibles montrent d’ailleurs une diminution récente des événements faisant état de difficultés d’intervention. Cette évolution montre une montée en compétence progressive des acteurs de la filière et des services de secours. Elle ne dispense cependant pas de vigilance. À mesure que les toitures se couvrent de modules, la maîtrise du risque devra devenir un élément aussi central que la production attendue ou le rendement financier.
FAQ – Le risque des photovoltaïque en toiture
Les panneaux solaires sont-ils souvent à l’origine des incendies ?
Non, pas dans la majorité des cas recensés. Les données ARIA indiquent que l’installation photovoltaïque est identifiée comme cause première dans environ 20% des événements impliquant des panneaux installés sur des toitures de sites classés. Les incendies peuvent aussi être liés à des travaux, à des défauts électriques, à des équipements voisins ou à la dégradation des câbles.
Pourquoi une toiture photovoltaïque complique-t-elle l’intervention des pompiers ?
Les modules produisent du courant continu lorsqu’ils sont exposés à la lumière, y compris après la coupure de l’alimentation du réseau. Ce risque électrique peut limiter les opérations d’extinction et de déblaiement, en particulier en cas de toiture effondrée ou de câbles détériorés.
Quels composants doivent être surveillés en priorité ?
La surveillance doit porter sur les panneaux, les onduleurs, les câbles, les connecteurs et les dispositifs de protection. Les retours d’expérience font notamment état de courts-circuits, de surtensions, de défauts d’onduleurs et de détériorations des câbles par des animaux ou lors de travaux.
Comment réduire le risque sur une installation solaire en toiture ?
La prévention implique une installation correctement dimensionnée, des câbles protégés et inspectés, une maintenance régulière, des dispositifs d’arrêt adaptés, une information claire des services de secours et l’intégration du photovoltaïque dans les procédures de sécurité du site.
Les bâtiments agricoles sont-ils particulièrement concernés ?
Oui. Près de 65% des 141 événements recensés par la base ARIA concernent des installations agricoles, notamment parce que les hangars et bâtiments d’élevage disposent de grandes surfaces de toiture propices à l’équipement photovoltaïque.
Source : AIRA | Document de synthèse















