La Française de l’Énergie (FDE) a annoncé lundi la réussite du forage de son puits PTH-2 en Moselle, atteignant 3 655 mètres de profondeur et confirmant la présence d’hydrogène naturel à plusieurs niveaux géologiques. L’opération, présentée comme une première mondiale dans l’exploration de cette ressource énergétique émergente, s’inscrit dans le programme de recherche REGALOR II, bénéficiant de financements européens et régionaux.
À 3 655 mètres sous la surface mosellane, un forage vient de révéler ce qui pourrait constituer une ressource énergétique inédite pour l’Europe. Le puits PTH-2, situé à Pontpierre, représente actuellement l’infrastructure la plus profonde jamais dédiée à l’exploration d’hydrogène naturel. Les résultats préliminaires indiquent une augmentation significative des concentrations dès 2 000 mètres de profondeur, confirmant les hypothèses émises après la découverte initiale de 2023.
Une exploration scientifique approfondie
Le projet s’appuie sur des travaux antérieurs qui avaient mis en évidence des concentrations d’hydrogène atteignant 15 % à environ 1 093 mètres de profondeur dans le puits Folschviller 1A. Ces observations, réalisées dans le cadre d’études sur le méthane de houille, avaient suggéré que les teneurs pourraient approcher 98 % à des profondeurs plus importantes. Le programme REGALOR II, lancé en décembre 2025, rassemble des acteurs académiques et industriels de premier plan : l’Université de Lorraine, le CNRS, le BRGM et la société d’ingénierie Solexperts collaborent avec FDE pour caractériser cette ressource.
Les opérations de forage ont mobilisé l’expertise des principales sociétés de services pétroliers, dont SLB, Baker Hughes et Weatherford, aux côtés de RED Drilling. La collaboration technique a permis de réaliser un programme complet d’évaluation des formations géologiques, incluant :
- Le prélèvement de 58 échantillons directement en surface
- L’extraction de carottes géologiques
- Des diagraphies approfondies des couches sédimentaires
Un contexte géologique favorable
La Lorraine présente des caractéristiques géologiques particulières qui pourraient expliquer la présence d’hydrogène naturel. Les formations du bassin parisien, avec leurs alternances de couches perméables et imperméables, créent des conditions propices à l’accumulation de gaz. L’hydrogène dit « naturel » ou « blanc » se forme généralement par des processus géochimiques profonds, notamment la serpentinisation des roches ultramafiques ou la radiolyse de l’eau.
Le permis exclusif d’exploration « Trois Évêchés », obtenu en janvier 2026, couvre 2 254 kilomètres carrés en Moselle et Meurthe-et-Moselle pour une période initiale de cinq ans. La concession permettra à FDE d’étendre ses investigations à l’échelle du bassin lorrain et d’évaluer le potentiel réel de cette ressource.
Perspectives énergétiques et industrielles
Le programme REGALOR II bénéficie d’un financement de 8,8 millions d’euros provenant de la Région Grand Est et du Fonds pour une transition juste de l’Union européenne. Ces fonds soutiennent non seulement les travaux d’exploration, mais également les études scientifiques visant à comprendre les mécanismes de formation et d’accumulation de l’hydrogène dans le sous-sol lorrain.
La production d’hydrogène naturel pourrait théoriquement débuter d’ici 2030, selon les projections de FDE. La ressource présenterait plusieurs avantages par rapport à l’hydrogène produit par électrolyse :
- Une empreinte carbone potentiellement plus faible si l’extraction est maîtrisée
- Des coûts de production potentiellement compétitifs
- Une disponibilité continue, indépendante des conditions météorologiques
Néanmoins, des questions techniques et environnementales subsistent. L’extraction à grande profondeur nécessite des technologies spécifiques, et l’impact environnemental de telles opérations doit être évalué avec précision. La composition exacte du gaz extrait, notamment la présence éventuelle d’impuretés ou d’autres gaz associés, devra également être caractérisée.
Un enjeu stratégique pour l’Europe
Le développement de l’hydrogène naturel en Lorraine s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification des sources d’énergie en Europe. Alors que le continent cherche à réduire sa dépendance aux importations de gaz naturel et à accélérer sa transition énergétique, la ressource pourrait contribuer à la souveraineté énergétique.
Les travaux se poursuivront dans les prochains mois avec des analyses approfondies des échantillons collectés et des modélisations géologiques plus précises. La communauté scientifique internationale suivra avec attention ces développements, qui pourraient ouvrir de nouvelles perspectives pour l’exploration géoénergétique en Europe et au-delà.


















