Plus de 100 entreprises chinoises, dont les géants des batteries CATL et BYD, investissent massivement dans la production de cellules solaires à pérovskite, une technologie photovoltaïque de nouvelle génération. L’offensive industrielle vise à étendre la domination chinoise au-delà des panneaux solaires conventionnels, alors que la première phase de production de CATL démarre ce mois-ci avec des acheteurs déjà identifiés en Europe et aux États-Unis.
L’industrie solaire mondiale assiste à un basculement stratégique. Alors que la Chine représente déjà plus de la moitié de la production mondiale de panneaux photovoltaïques traditionnels, elle déploie désormais ses forces pour s’emparer du marché des pérovskites, ces cellules solaires de nouvelle génération qui promettent de bouleverser les équilibres énergétiques. Avec plus d’une centaine d’entreprises engagées dans cette course, dont les poids lourds CATL et BYD, l’Empire du Milieu construit méthodiquement son avance technologique.
Une offensive industrielle méthodique
La production de cellules à pérovskite représente un enjeu de souveraineté énergétique pour Pékin. Les caractéristiques de cette technologie – légèreté, flexibilité et coûts de fabrication réduits – en font un atout stratégique pour diversifier les applications solaires au-delà des grandes centrales au sol. Les rendements théoriques, qui dépassent les 30%, offrent une perspective de gains significatifs par rapport aux limites physiques du silicium cristallin.
Le calendrier industriel s’accélère. CATL, leader mondial des batteries pour véhicules électriques, démarre sa première ligne de production ce mois-ci, avec des clients déjà sécurisés sur les marchés européen et nord-américain. L’entrée d’un acteur majeur confère une crédibilité nouvelle à un secteur jusqu’alors dominé par des startups spécialisées comme UtmoLight et Renshine Solar.
Les investissements se multiplient dans l’écosystème. Suzhou Maxwell Technologies a annoncé en mars un plan de 3,5 milliards de yuans pour construire une usine dédiée aux équipements de fabrication. Cette verticalisation de la chaîne de valeur permet à la Chine de maîtriser l’ensemble du processus industriel, des matériaux aux machines de production.
La maturité technologique s’affirme
Les performances des cellules à pérovskite atteignent des niveaux qui justifient l’engouement industriel. GCL SI, acteur historique du solaire chinois, a obtenu en décembre 2025 une certification d’efficacité de 33,31% pour sa cellule tandem pérovskite-silicium. Cette validation indépendante marque une étape importante dans la crédibilité de la technologie.
La stabilité, point faible historique des pérovskites, fait l’objet de progrès significatifs. Les équipes de recherche publient régulièrement des avancées sur l’amélioration de la stabilité et donc de la durée de vie des cellules, un paramètre essentiel pour leur commercialisation à grande échelle. Les travaux portent notamment sur l’amélioration de la stabilité de ces cellules.
Plusieurs startups… ont ouvert ou sont en train de construire des usines capables de produire au moins un gigawatt créant les conditions d’une industrialisation massive. Cette montée en puissance s’accompagne d’une baisse continue des coûts de fabrication, renforçant l’avantage compétitif chinois.
Les effets d’entraînement sur la chaîne d’approvisionnement
La dynamique des pérovskites génère des opportunités pour les fabricants d’équipements spécialisés. L’entreprise sud-coréenne Sunic System investit 15,2 milliards de wons pour agrandir ses capacités de production, avec une ligne dédiée aux technologies de dépôt pour cellules solaires à pérovskite. Ses équipements font actuellement l’objet de tests de validation auprès d’un grand fabricant nord-américain.
Les analystes financiers identifient clairement cette technologie comme un moteur de croissance. « Sunic System entre dans une nouvelle phase de croissance portée par l’augmentation des commandes OLED et la dynamique des pérovskites », soulignent les experts d’Eugene Investment & Securities. Cette convergence entre les technologies d’affichage et le photovoltaïque crée des synergies industrielles inédites.
Les délais de commercialisation se précisent. Les premières livraisons d’équipements de production pourraient intervenir dès le second semestre 2026, selon les projections actuelles. Ce calendrier correspond à la montée en régime des usines de cellules pérovskites en construction.
Une compétition mondiale asymétrique
Les autres puissances industrielles tentent de réagir face à l’avance chinoise. Le Japon a défini une feuille de route ambitieuse avec l’objectif de 20 gigawatts de capacité pérovskite installée d’ici 2040. Le pays soutient ses champions nationaux, comme Sekisui Chemical, à travers son Green Innovation Fund.
En Europe, Oxford PV a commencé les expéditions de panneaux tandem depuis son usine allemande de Brandebourg. Cette production à échelle commerciale, bien que modeste comparée aux volumes chinois, démontre la viabilité industrielle de la technologie en dehors de l’Asie.
Les États-Unis adoptent une stratégie différente. La startup Swift Solar a récemment acquis les actifs du fabricant suisse Meyer Burger (qui avait des usines en Allemagne), en insolvabilité, pour accélérer le développement de cellules tandem silicium-pérovskite.
Les déséquilibres de coûts restent cependant considérables. « Une usine de pérovskite de deux gigawatts peut être construite en Chine pour seulement 140 millions de dollars, un chiffre difficile à égaler pour les concurrents occidentaux », rapporte Chemical & Engineering News. L’avantage structurel confère à la Chine une marge de manœuvre importante dans la guerre des prix à venir.
La transition vers les pérovskites s’annonce donc comme un test pour la résilience des industries solaires occidentales. Alors que la Chine capitalise sur son expérience dans la production de masse et sa maîtrise des chaînes d’approvisionnement, les autres régions du monde doivent inventer de nouveaux modèles industriels pour rester dans la course.

















