Des observations du télescope Subaru à Hawaï montrent que la composition chimique de la comète interstellaire 3I/ATLAS a évolué après son passage au plus près du Soleil en octobre 2025. La transformation, documentée par une équipe japonaise, indique que le noyau de l’objet céleste n’est pas homogène et offre des indices sur sa formation dans un autre système stellaire.
Le télescope Subaru, perché à 4 200 mètres d’altitude sur le volcan hawaïen Mauna Kea, a capturé une transformation chimique subtile mais significative. La comète interstellaire 3I/ATLAS, troisième visiteur confirmé d’un autre système stellaire à traverser notre voisinage cosmique, a modifié sa signature gazeuse après avoir frôlé le Soleil. L’évolution, observée le 7 janvier 2026 par l’équipe du Dr Yoshiharu Shinnaka de l’Université Sangyo de Kyoto, révèle une architecture interne plus complexe qu’anticipée.
Un rapport chimique qui fluctue
Les instruments spectroscopiques du Subaru ont mesuré avec précision le rapport entre le dioxyde de carbone et l’eau dans la chevelure de 3I/ATLAS. Les données recueillies plus de deux mois après le périhélie du 30 octobre 2025 ont surpris les astronomes. Ce rapport s’est avéré nettement inférieur aux valeurs enregistrées précédemment par le télescope spatial James Webb et la mission SPHEREx de la NASA, lorsque la comète se trouvait à plus grande distance de notre étoile.
Les observations de SPHEREx en août 2025 avaient pourtant révélé une chevelure de dioxyde de carbone s’étendant sur au moins 348 000 kilomètres, tandis que le JWST documentait l’une des abondances de CO2 les plus élevées jamais mesurées dans une comète. La diminution observée après le passage au plus près du Soleil suggère une structure stratifiée. Le rayonnement solaire a progressivement pénétré les couches superficielles, libérant des gaz provenant de régions internes dont la composition en matières volatiles diffère de celle de l’enveloppe externe.
Une fenêtre sur la formation des systèmes extrasolaires
Découvert le 1er juillet 2025 par le télescope de surveillance ATLAS au Chili, 3I/ATLAS a déclenché une campagne d’observation internationale sans précédent. Des observations distinctes menées par le réseau radio ALMA à la fin de 2025 ont également détecté du méthanol dans sa chevelure, ajoutant une signature chimique inhabituelle à son inventaire.
« En appliquant les techniques d’observation et d’analyse que nous avons développées grâce à l’étude des comètes du système solaire aux objets interstellaires, nous pouvons désormais comparer directement les comètes provenant de l’intérieur et de l’extérieur du Système Solaire », explique le Dr Shinnaka.
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Les comètes du système solaire conservent la mémoire chimique des conditions qui régnaient lors de la formation de notre système planétaire. L’analyse de 3I/ATLAS permet d’étendre cette investigation à un environnement stellaire différent, offrant un point de référence pour comprendre la diversité des processus de formation planétaire dans la Galaxie.
Un témoin dynamique de mondes lointains
La publication prochaine de ces résultats dans The Astronomical Journal marque une étape dans l’étude des objets interstellaires. Le profil chimique de la chevelure d’une comète interstellaire n’apparaît plus comme une donnée fixe, mais comme un indicateur dynamique qui évolue avec l’exposition thermique.
La découverte souligne l’importance des observations répétées dans le temps. Chaque couche du noyau qui se sublime sous l’effet du rayonnement solaire livre des informations sur les conditions qui prévalaient dans le système stellaire d’origine. La structure hétérogène de 3I/ATLAS suggère que sa formation a impliqué des processus complexes, peut-être similaires à ceux qui ont façonné les comètes de notre propre système, mais avec des proportions chimiques distinctes.
L’arrivée de 3I/ATLAS dans notre système solaire offre aux scientifiques un laboratoire naturel pour tester des hypothèses sur la formation des systèmes planétaires au-delà du nôtre. La capacité à observer l’évolution chimique de cet objet au fil de son parcours près du Soleil transforme une visite éphémère en une source durable de connaissances sur la diversité cosmique.


















