Le gouvernement envisage de relever le plafond du Livret A de 22 950 à 30 000 euros pour proposer aux régions des prêts à taux réduit destinés à rénover les lycées. La piste est à l’étude, mais rien n’est encore arbitré.
Les détenteurs d’un Livret A pourraient être autorisés à y verser 7 050 euros de plus. Selon Les Échos, le gouvernement a examiné cette possibilité lors d’une réunion de travail à la fin d’octobre, quelques jours après avoir promis aux élèves un plan de rénovation des lycées de 4 milliards d’euros. Comme les bâtiments relèvent des régions, l’épargne collectée servirait à leur accorder des prêts, et non à alimenter une caisse dans laquelle l’État viendrait puiser.
Un amendement rejeté, une hausse toujours possible par décret
Le Parlement avait déjà débattu d’un plafond à 30 000 euros, mais pour un autre usage. Début octobre, la commission des finances de l’Assemblée nationale avait adopté un amendement de son président, Éric Coquerel, destiné à financer l’adaptation des logements sociaux aux canicules. Le 16 octobre, les députés ont rejeté le relèvement en séance publique, lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2027. Le gouvernement avait donné un avis défavorable.
Ce rejet n’interdit toutefois pas à l’exécutif d’agir. Le plafond du Livret A relève du règlement. Ainsi, un décret suffirait à le modifier, sans nouveau vote au Parlement. Le ministre l’avait d’ailleurs rappelé dans l’hémicycle. Quant au projet consacré aux lycées, il poursuit un objectif distinct de celui défendu pour le logement social.
Comment l’épargne financerait les travaux
Le projet repose sur un circuit de financement existant. Une partie des sommes déposées sur les Livrets A est centralisée à la Caisse des dépôts pour financer des prêts de long terme, notamment dans le logement social, les équipements publics et les projets des collectivités. Le reste demeure dans les banques.
Pour les lycées, les régions pourraient emprunter à taux réduit auprès de la Banque des Territoires, qui appartient à la Caisse des dépôts. Un plafond plus élevé permettrait, si les épargnants versent davantage, d’accroître les ressources disponibles pour ces prêts. La Caisse des dépôts soutient cette option, tandis que Bercy reste réticent.
Toute la question est là : autoriser des versements supplémentaires ne suffit pas à les faire venir. Les ménages resteraient libres d’alimenter leur livret ou de placer leur argent ailleurs.
« C’est un mauvais placement »
La critique vise d’abord l’intérêt du placement pour l’épargnant. Elle pose aussi une question de financement. L’argent versé peut provenir d’autres placements, comme l’assurance-vie ou un investissement direct en Bourse. Ces sommes ne restent pas pour autant inutilisées. La part centralisée à la Caisse des dépôts finance notamment des prêts de long terme, alors que les détenteurs d’un Livret A conservent la possibilité de retirer leur argent.
L’utilité du relèvement dépend aussi du nombre d’épargnants qui manquent aujourd’hui de marge. L’encours moyen cité par le gouvernement est de 7 554 euros, bien en dessous du plafond actuel. Passer à 30 000 euros profiterait donc d’abord aux détenteurs dont le livret est déjà bien rempli. Pour les autres, la hausse ne résoudrait pas leur difficulté à épargner.
Ce qui changerait pour vous
Pour l’instant, les règles restent les mêmes : le plafond des versements est fixé à 22 950 euros, hors intérêts capitalisés. Ces intérêts peuvent déjà porter le solde au-delà de cette limite. L’argent reste disponible à tout moment.
Un relèvement à 30 000 euros ouvrirait une possibilité de versement, sans imposer de dépôt ni bloquer les retraits. Les 7 050 euros correspondent à la différence entre les deux plafonds, pas à une somme que chaque détenteur devrait ajouter.
Les banques, de leur côté, ne sont pas acquises au projet. Elles s’opposent à une mesure susceptible de déplacer de l’argent depuis d’autres produits vers le Livret A, dont une partie de la collecte est centralisée à la Caisse des dépôts.
Pour un détenteur dont le livret reste loin de 22 950 euros, le nouveau plafond ne changerait ni le solde ni la capacité immédiate à épargner. Pour celui qui atteint déjà la limite, il offrirait davantage de place, sans obligation de l’utiliser.
















