NeoCarbons, De Dietrich et France PBR s’associent pour développer des solutions industrielles intégrées de production de molécules à haute valeur ajoutée à partir de microalgues. Ce partenariat, annoncé ce mois-ci, vise à combler un vide dans la chaîne de valeur de l’économie circulaire en associant une technologie de photoréacteur brevetée, une expertise en ingénierie de procédés et des compétences en production d’algues. L’objectif est de valider d’ici 2026 un réacteur semi-industriel de 1 m³, première étape vers des bioraffineries modulaires capables de convertir le CO₂ en ingrédients pour les secteurs pharmaceutique, nutraceutique et dermo-cosmétique.
Dans un secteur où les promesses technologiques peinent souvent à franchir le seuil de l’industrialisation, l’alliance entre NeoCarbons, De Dietrich et France PBR dessine une voie pragmatique. Elle articule trois maillons essentiels de la chaîne de valeur des bioproduits : la production de biomasse algale, l’ingénierie des procédés de transformation et la conception d’équipements spécialisés. Cette approche intégrée cherche à résoudre l’équation économique et technique qui freine le développement des molécules biosourcées.
Une chaîne de valeur complète
Le partenariat repose sur une complémentarité stratégique. NeoCarbons apporte un réacteur de photosynthèse industrielle breveté, conçu pour fonctionner selon les normes pharmaceutiques. La technologie, présentée comme une usine biochimique microscopique, vise à optimiser la fixation du CO₂ par les microalgues pour produire des molécules carbonées spécifiques. « Nous construisons une filière intégrée capable de développer, équiper et exploiter les futures bioraffineries à microalgues », explique Jean-Louis Roux-Dit-Buisson, président-directeur général de NeoCarbons.
De Dietrich, spécialiste historique de l’équipement pour les industries de la chimie fine et pharmaceutique, intervient en aval. Son rôle consiste à concevoir les systèmes d’extraction et de purification nécessaires pour transformer la biomasse algale en ingrédients commercialisables. « Cette alliance démontre que la photosynthèse industrielle peut devenir un pilier de la chimie verte et de l’économie circulaire », souligne Jérôme Lamoureux, groupe innovation leader chez De Dietrich.
France PBR complète ce triptyque avec son expertise en photobioréacteurs industriels. L’entreprise développe des systèmes intégrant mécanique, contrôle des procédés et logiciels de supervision. « Ces avancées permettent à France PBR d’enrichir sa gamme de photobioréacteurs en intégrant plusieurs options d’éclairage, renforçant la modularité de nos systèmes », précise Clément Péché, directeur général de la société.

Une feuille de route en deux temps
La collaboration s’organise selon un calendrier précis. Une première phase se concentrera sur les marchés à forte valeur ajoutée : ingrédients nutraceutiques, pharmaceutiques et dermo-cosmétiques. Ces secteurs présentent des marges suffisantes pour absorber les coûts de développement initiaux et des réglementations exigeantes en matière de pureté et de traçabilité.
La seconde étape, plus ambitieuse, visera la substitution de produits chimiques issus de ressources fossiles. L’orientation répond à une demande croissante des industriels pour des alternatives biosourcées, dans un contexte de volatilité des prix des matières premières pétrochimiques et de pressions réglementaires sur l’empreinte carbone.
Le projet prévoit la réalisation et la validation d’un réacteur semi-industriel de 1 m³ d’ici 2026. L’unité pilote servira de démonstrateur technologique et ouvrira la voie à des bioraffineries modulaires. Ces installations pourraient produire diverses biomolécules :
Un appel aux industriels
Particularité notable, le consortium lance un appel à collaboration ouvert aux acteurs industriels. La démarche vise à accélérer le développement en associant dès la phase de R&D les futurs utilisateurs de la technologie. Trois types de participation sont proposés :
L’approche collaborative cherche à créer un écosystème industriel autour de la photosynthèse artificielle. Elle s’adresse particulièrement aux entreprises de la chimie fine, de la dermo-cosmétique, du nutraceutique, du pharmaceutique et des bioénergies.
L’enjeu dépasse la simple innovation technologique. Il s’agit de structurer une filière industrielle capable de transformer une idée scientifique en réalité économique. Le succès de cette initiative dépendra de sa capacité à démontrer la viabilité économique des procédés à l’échelle semi-industrielle, puis industrielle. La modularité annoncée des systèmes pourrait constituer un atout décisif, permettant d’adapter les installations aux volumes et aux spécificités de chaque application.

















