Pour la première fois depuis la mission Apollo 17 en 1972, des astronautes se sont élancés vers la Lune. La mission Artemis II de la NASA, avec à son bord un équipage de quatre personnes, a décollé avec succès jeudi du Centre spatial Kennedy en Floride. Le vol d’essai de dix jours autour de notre satellite naturel marque une étape historique et décisive pour le programme américain de retour sur la Lune, ouvrant la voie à un atterrissage prévu pour 2028.
Le compte à rebours est finalement tombé à zéro. À 00h35, heure française, dans la nuit du 1er au 2 avril, la fusée géante Space Launch System (SLS) a rugi depuis le pas de tir 39B du Centre spatial Kennedy, emportant avec elle le vaisseau Orion et son précieux équipage. Le lancement d’Artemis II, attendu et reporté à maintes reprises, s’est déroulé sans incident majeur, mettant fin à une attente de 54 ans. Ainsi, pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle, des humains se dirigent à nouveau vers la Lune.
À bord du vaisseau se trouvent les astronautes Reid Wiseman, Christina Koch, Victor Glover et le Canadien Jeremy Hansen. Leur mission est d’effectuer un voyage aller-retour d’environ dix jours autour de la Lune, sans y atterrir. Le vol est conçu comme un test grandeur nature des systèmes du vaisseau Orion en conditions réelles avec un équipage. Peu après le décollage, la NASA a donné son feu vert à l’équipage pour que le vaisseau Orion se propulse vers la Lune, confirmant le bon déroulement des premières phases du vol.
Un programme résilient face aux défis
La réussite du lancement est d’autant plus significative qu’elle survient après des années d’incertitudes. Le programme Artemis, lancé officiellement en 2017, a dû surmonter une série d’obstacles : retards techniques répétés, dépassements budgétaires et remises en question politiques. La mission précédente, Artemis I, avait ouvert la voie en novembre 2022 en envoyant un vaisseau Orion sans équipage faire le tour de la Lune. Sa réussite, notamment la performance du module de service européen qui avait « dépassé les prédictions », avait redonné confiance aux ingénieurs.
Le vaisseau Artemis II est en partie le fruit d’une collaboration internationale, un partenariat qui distingue cette nouvelle ère lunaire de la course spatiale de la guerre froide. L’Agence spatiale européenne (ESA) fournit le module de service européen (ESM-2), élément vital qui assure la propulsion, l’alimentation électrique, le contrôle thermique et l’approvisionnement en eau et en oxygène de l’équipage. Des ingénieurs de l’ESA assurent d’ailleurs une surveillance continue de leur contribution depuis le centre ESTEC aux Pays-Bas et depuis Houston.
La route vers la Lune et au-delà
La mission est désormais engagée sur sa trajectoire lunaire. Le calendrier des prochains jours est chargé d’événements critiques. Après l’injection translunaire, soit l’allumage du moteur principal qui a propulsé Orion hors de l’orbite terrestre, l’équipage devra effectuer des corrections de trajectoire précises. Un moment clé du vol sera la démonstration de pilotage manuel en proximité, testant la capacité des astronautes à contrôler manuellement l’orientation du vaisseau, une compétence nécessaire pour les rendez-vous orbitaux futurs.
Le point d’orgue du voyage sera le survol de la Lune. Orion s’aventurera à plus de 370 000 kilomètres de la Terre, dépassant le record de distance pour un vaisseau habité établi par Apollo 13. L’équipage deviendra ainsi les premiers humains à voir la face cachée de la Lune de leurs propres yeux depuis cette époque héroïque. Le retour, tout aussi périlleux, verra le vaisseau effectuer une rentrée atmosphérique à grande vitesse, mettant à l’épreuve son bouclier thermique avant un amerrissage dans l’océan Pacifique.
Cette mission est le prélude indispensable au grand retour sur le sol lunaire. Artemis II valide les technologies et les procédures nécessaires pour Artemis III, mission qui doit faire atterrir la première femme et le prochain homme près du pôle Sud lunaire, théoriquement en 2028.


















