Le port de Marseille Fos devient en 2026 l’un des premiers en Méditerranée à pouvoir brancher simultanément trois grands navires de croisière à l’électricité terrestre. L’installation de 108 MW, alimentée à 100% par des énergies renouvelables, permet d’éteindre les moteurs thermiques pendant les escales et réduit significativement les émissions polluantes.
Les fumées noires qui s’échappaient autrefois des cheminées des paquebots à quai appartiennent désormais au passé dans le port de Marseille Fos. À partir de 2026, l’infrastructure portuaire pourra alimenter électriquement jusqu’à trois géants des mers simultanément, grâce à une puissance totale de 108 mégawatts. Chaque navire peut ainsi recevoir jusqu’à 16 MW, soit l’équivalent énergétique d’une ville de 13 000 habitants, et couper complètement ses moteurs diesel pendant toute la durée de son escale.
Une avance réglementaire de quatre ans
Le port phocéen devance de manière significative les exigences européennes. Alors que la réglementation impose que 90% des escales de navires de passagers et de porte-conteneurs puissent utiliser l’électricité à quai d’ici 2030, Marseille Fos atteint cet objectif dès 2026. Dès 2017, le port était déjà le premier en France à proposer le branchement en haute tension en 50Hz pour les ferries desservant la Corse, avant d’étendre le dispositif aux liaisons internationales vers le Maghreb.
Les riverains, les élus et les collectivités territoriales réclamaient depuis des années des mesures concrètes pour améliorer la qualité de l’air. Une étude réalisée en 2024 par le Pôle Mer Méditerranée et le Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa) a quantifié les bénéfices attendus : entre 2022 et 2035, l’électrification des quais devrait entraîner une réduction de 80% des émissions de dioxyde de soufre, de 75% des particules fines et de 60% des oxydes d’azote dans les zones de Marseille et Fos-sur-Mer.
Un chantier technique d’envergure
La mise en œuvre de ce système, baptisé CENAQ – Escale zéro fumée, a représenté un défi industriel majeur. Les travaux ont nécessité plus de deux années d’efforts et près de 200 millions d’euros d’investissements dans les Bassins Est. Le dispositif comprend plusieurs composantes critiques :
L’approvisionnement en électricité repose sur un mix vertueux : des centrales photovoltaïques installées sur plusieurs hangars portuaires complètent l’apport d’Enedis, garantissant une alimentation 100% d’origine renouvelable. Les équipements électriques utilisés sont à 90% issus de l’industrie française, le reste provenant de fabricants européens.
Un financement multi-partenarial
Le projet a bénéficié d’un soutien financier exceptionnellement large. Plus de 50% des investissements ont été couverts par un partenariat regroupant l’Union européenne, l’État français, la Région Sud, le Département des Bouches-du-Rhône, la Métropole d’Aix-Marseille-Provence et la Ville de Marseille.
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« Permettre le branchement électrique des navires de croisière constitue une véritable prouesse technique, rendue possible par l’expertise et l’engagement des équipes du port de Marseille Fos », souligne Christophe Castaner, président du conseil de surveillance du port. Le ministre des Transports, Philippe Tabarot, ajoute : « Ce projet d’envergure, dans lequel l’État investit plus de 50 millions d’euros, s’inscrit dans l’ambition affichée par la nouvelle Charte Croisières Durables en Méditerranée ».
Les autorités locales insistent sur les retombées sanitaires et environnementales. « Pour la santé des Marseillais, un port sans fumée et un tourisme plus durable, nous connectons les navires de croisière à quai », déclare Renaud Muselier, président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Martine Vassal, présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, rappelle que son institution a investi 9 millions d’euros dès 2018 pour électrifier les quais.
Vers une nouvelle ère portuaire
La réalisation technique ouvre la voie à une transformation plus large du secteur maritime méditerranéen. Le port de Marseille Fos positionne ainsi son offre dans un contexte de concurrence accrue entre destinations touristiques, où les critères environnementaux deviennent des arguments décisifs pour les compagnies de croisière.
La prochaine étape du programme prévoit l’extension de l’électrification à la filière marchandise et à la réparation navale, avec le soutien financier de la métropole Aix-Marseille-Provence. « La métropole apportera naturellement son soutien à la deuxième phase de ce programme ambitieux », confirme Nicolas Isnard, son président.
Benoît Payan, maire de Marseille, souligne : « Marseille est une capitale méditerranéenne qui s’est construite par la mer et grâce à son statut de place portuaire majeure de la Méditerranée. La Ville de Marseille attache cependant une grande importance à l’exigence d’un tourisme respectueux de l’environnement ».



















