Une note d’analyse de la banque UBS sonne l’alarme. La demande insatiable des centres de données pour l’intelligence artificielle accaparera la production mondiale de mémoire et devrait provoquer une pénurie sévère dès 2026. L’industrie automobile, grande consommatrice de puces DRAM, est en première ligne, avec des hausses de prix supérieures à 100% et des risques majeurs pour sa chaîne d’approvisionnement.
L’effervescence autour de l’intelligence artificielle générative a un coût caché, et il pourrait bien être supporté par les constructeurs automobiles. Alors que les géants de la tech investissent des milliards dans des « AI factories« , la demande exponentielle en puissance de calcul se traduit par une ruée sur les puces mémoire spécialisées. La concurrence féroce crée une tension sans précédent sur le marché des semi-conducteurs. Elle redessine les priorités des fondeurs et laisse des secteurs historiques comme l’automobile en rade. Les prévisions des analystes dépeignent un horizon tendu jusqu’à la fin de la décennie, où chaque gigaoctet de mémoire deviendra une denrée stratégique.
Une tempête en vue pour l’automobile
Dans une note publiée mardi et largement relayée, les analystes d’UBS identifient la pénurie à venir de puces mémoire DRAM comme un « risque clé » pour l’industrie automobile à partir du deuxième trimestre 2026. Leur modélisation est sans appel. Les hausses de prix pourraient dépasser les 100%. « La pénurie de DRAM pourrait devenir un problème majeur pour la chaîne d’approvisionnement automobile« , alerte la note d’UBS, pointant des négociations contractuelles longues et complexes avec les fournisseurs de semi-conducteurs.
Le coût direct pour un véhicule est estimé entre 25 et 150 euros, une somme qui, multipliée par des millions d’unités, pèse lourdement sur les marges déjà contraintes des constructeurs. La crise intervient alors que l’automobile se remet à peine des pénuries de puces logiques qui ont paralysé la production mondiale entre 2020 et 2023. Le secteur doit désormais faire face à une nouvelle bataille, cette fois sur le front de la mémoire, un composant devenu omniprésent avec la numérisation croissante des tableaux de bord, des systèmes de navigation et des fonctions autonomes.
L’IA, un ogre qui absorbe 70% de la production
La racine du problème réside dans l’appétit dévorant des infrastructures d’IA. Selon des prévisions rapportées par le Wall Street Journal et d’autres analystes du secteur, les centres de données dédiés à l’IA capteront environ 70% de la production mondiale de puces mémoire dès 2026. La réorientation massive de la capacité de production vers la mémoire haute bande passante (HBM) et la DRAM pour serveurs se fait au détriment des segments traditionnels que sont l’automobile, les PC et les smartphones.
La situation crée une pénurie structurelle que les acteurs du marché estiment durable. Plusieurs analyses prévoient que les tensions sur la RAM pourraient persister jusqu’en 2029. Les prix resteront instables avec des hausses continues ou persistantes dues à la pénurie, avec une croissance de l’offre DRAM inférieure à la demande au moins jusqu’en 2026-2027. Le fondeur SK Hynix prévoit une pénurie jusqu’à fin 2027, et des analystes parlent d’une situation « sans précédent » avec des prix en hausse au-delà de 2026. Ce dernier à d’ailleurs annoncé un investissement de 13 milliards de dollars dans une nouvelle usine, dont la production ne démarrera qu’en 2028, un délai qui souligne l’incapacité de l’offre à répondre rapidement à la demande.
Des répercussions en cascade sur toute l’industrie tech
L’impact de cette crise ne se limite pas à l’automobile. Toute l’industrie électronique grand public en subit les contrecoups. Les livraisons de PC pourraient chuter drastiquement, les fabricants priorisant les modèles intégrant des capacités d’IA locale, plus gourmands en mémoire. Le marché des smartphones, déjà en contraction, pourrait voir ses volumes baisser jusqu’à 5% en 2026, selon IDC.
La redistribution des cartes pourrait néanmoins profiter à certains. La Chine, par exemple, est perçue comme un bénéficiaire potentiel, ses nouveaux fournisseurs de modules mémoire bas de gamme pouvant combler une partie du vide laissé par les leaders qui se concentrent sur le haut de gamme pour l’IA.
Face à cette nouvelle géopolitique des semi-conducteurs, l’industrie automobile se trouve face à un dilemme. Elle doit repenser sa stratégie d’approvisionnement, renforcer les partenariats de long terme avec les fondeurs et peut-être accepter de payer le prix fort pour une ressource devenue critique. La course à la voiture connectée et autonome entre ainsi en collision frontale avec celle de l’intelligence artificielle générale, et les premiers accrochages, financiers et industriels, sont attendus pour 2026.
La résilience des chaînes logistiques sera une nouvelle fois mise à l’épreuve, dans un contexte où la mémoire informatique, autrefois commodité, est désormais un levier stratégique de la souveraineté technologique.











