Lors de la Conférence sur les robots humanoïdes chinois à Séoul, les fabricants chinois ont annoncé leur entrée dans l’ère de la production industrielle. Avec 87% des livraisons mondiales en 2025 et un écosystème de 160 constructeurs soutenus par 600 fournisseurs, le pays vise une production de 28 000 à 100 000 unités en 2026, déployant déjà ses machines dans des usines et des hôpitaux.
Les chiffres présentés à Séoul ne laissent place à aucun doute. La Chine a pris une avance décisive dans le domaine des robots humanoïdes. Lors de l’évènement, les principaux acteurs du secteur ont dévoilé une stratégie industrielle qui dépasse désormais le stade expérimental pour entrer dans celui de la production de masse. L’accélération s’appuie sur un écosystème manufacturier unique au monde, capable de transformer rapidement les prototypes en produits commercialisables.
Une domination statistique qui interpelle
Les données du cabinet Omdia révèlent l’ampleur du phénomène. En 2025, les livraisons mondiales de robots humanoïdes ont atteint environ 13 318 unités, dont 87% provenaient d’entreprises chinoises. AgiBot arrive en tête avec 5 168 unités livrées, suivi de près par Unitree qui revendique plus de 5 500 livraisons d’humanoïdes bipèdes. À titre de comparaison, les entreprises américaines Tesla et Figure AI n’ont chacune livré qu’environ 150 unités. L’écart considérable s’explique par des approches industrielles radicalement différentes.
La force de la Chine réside dans son infrastructure manufacturière. Le pays compte actuellement 160 fabricants de robots humanoïdes, soutenus par 600 fournisseurs de composants essentiels. Près de 10 000 entreprises participent à des activités liées à la robotique, créant un réseau dense d’expertise technique. Cette organisation permet des prévisions de production ambitieuses pour 2026 : Morgan Stanley table sur 28 000 unités, l’Institut de robotique de l’industrie Gaogong prévoit 65 000 unités, et certains acteurs évoquent même la possibilité d’atteindre 100 000 unités.
Xin Xingguan, directeur de l’Institut de recherche sur les marchés de capitaux chinois, explique cette rapidité par une stratégie open-source qui a comprimé ce qui était autrefois un cycle de développement d’une décennie en une seule année. Le pays a également établi sept « usines de données de robots humanoïdes » où environ 100 machines collectent quotidiennement des informations de mouvement en conditions réelles pour affiner les capacités d’intelligence artificielle.
Des applications concrètes dans l’industrie et la santé
Xiaomi a révélé également que ses humanoïdes ont commencé des opérations d’essai dans son usine de véhicules électriques à Pékin. Selon Lu Weibing, président de Xiaomi, deux robots peuvent accomplir 90% des tâches assignées en trois heures, gérant des opérations telles que l’installation d’écrous et le déplacement de matériaux. Le PDG Lei Jun anticipe que des robots humanoïdes travailleront à grande échelle dans les usines Xiaomi d’ici cinq ans.
Dans le domaine médical, Fourier a déployé des robots d’assistance aux personnes âgées au Centre médical international de Shanghai. Les machines utilisent des matériaux souples et des capteurs tactiles sur tout le corps pour créer des interactions plus naturelles. « Le succès ultime des robots humanoïdes dépend de leur capacité à entrer dans les foyers », affirme Zhou Bin, cofondateur de Fourier, comparant cette trajectoire à l’adoption automobile par les ménages.
Le prochain défi : l’intelligence embarquée
Malgré les avancées matérielles, les acteurs de l’industrie reconnaissent que le prochain front concurrentiel se situe au niveau des capacités cognitives. Yan Weixin, cofondateur d’AgiBot, souligne que la Chine a assuré sa compétitivité matérielle grâce à sa chaîne d’approvisionnement existante en robotique industrielle. Le travail se concentre désormais sur la combinaison de l’intelligence artificielle générale avec la capacité de « juger et agir avec flexibilité, même dans des environnements quotidiens complexes ».
Des entreprises chinoises telles qu’Alibaba et UBTech ont récemment publié des modèles d’IA open source conçus pour doter les robots d’un raisonnement autonome dans les espaces physiques. La course technologique se déplace progressivement de la construction des corps vers celle des cerveaux. La capacité à intégrer des systèmes d’intelligence artificielle performants dans des plateformes robotiques abordables déterminera la prochaine phase de développement du secteur.
L’émergence de la Chine comme puissance dominante dans le domaine des robots humanoïdes repose sur une combinaison de facteurs structurels avec une chaîne d’approvisionnement intégrée, une approche open-source accélérant le développement, et des investissements massifs dans la collecte de données. Leur stratégie industrielle contraste avec celle des entreprises occidentales, souvent plus focalisées sur l’innovation technologique que sur la production à grande échelle.

















