Selon un rapport d’Aurora Energy Research publié lundi, la capacité européenne associant production d’énergie renouvelable et stockage par batteries devrait passer de 6,3 gigawatts en 2025 à environ 35 GW en 2030, soit une hausse supérieure à 450 %. Portée par la multiplication des heures de prix négatifs et la nécessité de flexibilité des réseaux, l’expansion place l’Allemagne en tête des marchés les plus attractifs pour les projets co-localisés.
Les prix négatifs de l’électricité se multiplient sur les marchés européens, poussant développeurs et investisseurs vers une solution qui gagne rapidement en maturité commerciale : associer sur un même site production renouvelable et stockage par batteries. Un rapport d’Aurora Energy Research publié lundi chiffre l’ampleur du phénomène. La capacité co-localisée du continent devrait bondir de plus de 450 % d’ici 2030, passant de 6,3 gigawatts en 2025 à environ 35 GW à la fin de la décennie.
Les projections d’Aurora traduisent une recomposition des stratégies d’investissement. Là où parcs éoliens et centrales solaires étaient jusqu’ici développés de manière autonome, l’adjonction de batteries sur site permet de capter la valeur de l’électricité produite aux heures où les prix s’effondrent, pour la restituer lorsque la demande et les tarifs remontent. Un arbitrage rendu d’autant plus nécessaire que les épisodes de prix négatifs se sont multipliés en 2025, fragilisant la rentabilité des actifs renouvelables non équipés de stockage.
L’Allemagne en tête des marchés les plus attractifs
Le rapport Aurora positionne l’Allemagne au premier rang des pays les plus attractifs pour les projets combinant renouvelables et batteries. Le marché allemand offre, selon l’étude, des rendements sur investissement supérieurs à ceux observés ailleurs en Europe, soutenus par une demande croissante en flexibilité du réseau. La Grande-Bretagne et la Bulgarie occupent les deuxième et troisième places. L’Espagne, la Hongrie et la France sont identifiées comme des marchés à surveiller, dans un climat de réformes réglementaires pouvant modifier la donne à court terme.
Les projets solaires couplés au stockage ont dominé les déploiements en 2025, représentant plus de 60 % de la capacité co-localisée européenne. Trois pays ont chacun dépassé 500 heures de prix négatifs : l’Espagne, les Pays-Bas et l’Allemagne. La récurrence des épisodes tarifaires accélère la logique économique de la co-implantation, alors même que l’écrêtement de production renouvelable devrait tripler, passant de plus de 10 térawattheures en 2024 à environ 33 TWh d’ici 2030.
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Une expansion du stockage à l’échelle continentale
Les prévisions concernant la co-implantation s’inscrivent dans un mouvement plus large. Dans un rapport distinct diffusé plus tôt dans l’année, Aurora Energy Research estimait que la capacité totale européenne en batteries pourrait atteindre 80 GW d’ici 2030, portée par plus de 24 milliards d’euros d’investissements attendus dans les seuls systèmes de quatre heures. De son côté, SolarPower Europe a plaidé pour une multiplication par dix du stockage par batteries dans l’Union européenne, visant une fourchette de 500 à 780 GWh de capacité cumulée. L’association professionnelle alerte sur un risque de blocage de la transition énergétique faute d’action rapide.
Alfeld, vitrine de la maturité commerciale allemande
Un développement annoncé lundi illustre la tendance à l’échelle des infrastructures. BayWa r.e. a remporté un contrat d’exploitation pour le plus grand système de stockage par batteries d’Allemagne : le projet Alfeld, situé en Basse-Saxe. Doté d’une capacité de 137,5 MW pour 282 MWh, développé par Kyon Energy avec le soutien de l’investisseur Obton, l’installation a été raccordée au réseau en début d’année. Sa particularité repose sur un modèle économique sans subventions directes : Alfeld est conçu pour intervenir sur les marchés de gros de l’électricité et fournir des services d’équilibrage au réseau.
Le projet préfigure la trajectoire allemande dans le stockage à grande échelle. La capacité en batteries du pays, première économie européenne, devrait être multipliée par quarante pour atteindre 57 GWh d’ici 2030. Un chiffre qui donne la mesure d’une recomposition profonde du paysage électrique européen, où production renouvelable et stockage deviennent les deux faces d’une même équation industrielle.


















