Une étude parue dans Nature Climate Change révèle que l’intensification des tempêtes convectives et la hausse de la sécheresse atmosphérique accélèrent le renouvellement du carbone dans la biomasse amazonienne, réduisant la capacité de la forêt à jouer son rôle de puits de carbone mondial.
La forêt amazonienne perd progressivement sa capacité à retenir le carbone. Une étude publiée mercredi dans Nature Climate Change par des chercheurs du Jardin botanique de Chine du Sud, de l’Université Cornell et de plusieurs institutions internationales montre que les orages convectifs, bien plus que les sécheresses, accélèrent le cycle de renouvellement du carbone piégé dans la végétation.
Brefs mais d’une violence redoutable, accompagnés de précipitations intenses et de rafales puissantes, ces orages infligent des dégâts considérables au couvert arboré. La mortalité des arbres s’accélère, libérant dans l’atmosphère le carbone stocké plus rapidement qu’il n’est réabsorbé par les nouvelles pousses. Le phénomène fragilise l’ensemble du réservoir forestier amazonien.
Une cartographie à l’échelle du bassin
L’équipe de recherche a combiné télédétection satellitaire et observations de terrain sur des parcelles forestières suivies depuis des décennies. Résultat : une cartographie inédite de la mortalité des arbres et du renouvellement du carbone à l’échelle du bassin amazonien tout entier. Grâce à des modèles d’apprentissage automatique interprétables, les scientifiques ont constaté que le temps de renouvellement varie fortement selon les régions et répond aux conditions environnementales de manière non linéaire.
« Compte tenu de la grande complexité et de l’hétérogénéité spatiale des écosystèmes forestiers tropicaux, un nombre limité de parcelles de terrain ne peut pas pleinement saisir les grands schémas spatiaux ni les facteurs environnementaux qui influencent le renouvellement du carbone de la biomasse », explique le Dr Wu Donghai du Jardin botanique de Chine du Sud, co-auteur correspondant de l’étude.
Jusqu’à 15 % de réduction du temps de stockage
Les projections pour la fin du XXIe siècle sont préoccupantes. Dans un scénario à faibles émissions, le temps de renouvellement du carbone de la biomasse diminuerait d’environ 3 %. Dans un scénario à fortes émissions, la réduction atteindrait 15 %. Un renouvellement plus rapide signifie que la forêt stocke le carbone pendant des périodes plus courtes, réduisant d’autant son efficacité comme réservoir et risquant d’alimenter la hausse des concentrations de CO2 atmosphérique.
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Un écosystème sous pressions multiples
Ces résultats s’inscrivent dans un faisceau croissant de signaux d’alarme. Une étude distincte parue la semaine dernière dans Nature indique qu’une déforestation comprise entre 22 et 28 %, combinée à un réchauffement de 1,5 à 1,9 °C, pourrait déclencher une bascule à grande échelle vers une savane dégradée dès les années 2040. Or, 17 à 18 % de l’Amazonie ont déjà été déboisés.
Plus tôt dans l’année, des travaux publiés dans AGU Advances ont révélé que la forêt est brièvement passée de puits à source nette de carbone durant la sécheresse de 2023, représentant jusqu’à 30 % des émissions mondiales de carbone tropical cette année-là.
Les forêts tropicales abritent plus de 60 % de la biomasse végétale de la planète. La stabilité de leurs réservoirs de carbone constitue donc un paramètre déterminant pour les projections climatiques. Les auteurs de la nouvelle étude soulignent que leurs travaux fournissent des données indispensables pour améliorer la représentation du renouvellement de la biomasse dans les modèles du système terrestre. Un processus jusqu’ici sous-estimé par rapport à la productivité végétale dans les recherches antérieures.
Article : « Increasing atmospheric dryness and storms accelerates biomass turnover in Amazonian forests », Nature Climate Change (2026). DOI: 10.1038/s41558-026-02639-4


















