Kerlotec et Goodwill-management publient une étude prospective alarmante sur la sécurité énergétique tricolore. Selon leurs projections, le déclin géologique du pétrole et du gaz, conjugué à un plan d’électrification jugé fragile, expose les acteurs économiques à des risques aigus d’approvisionnement et de prix d’ici une décennie.
La guerre en Iran propulse le baril de pétrole à 101 dollars, contre 60 dollars fin 2025. Le mégawattheure de gaz s’envole à 50 euros. Pourtant, derrière la flambée conjoncturelle des cours, une menace plus structurelle se profile. Une étude prospective dévoilée par Kerlotec, écosystème de recherche et d’innovation, et Goodwill-management, cabinet de conseil en stratégie de robustesse, alerte les dirigeants : le déclin géologique des énergies fossiles devient irréversible et frappera les entreprises françaises avant 2035.
Réalisée à partir de données de l’Agence internationale de l’énergie, de l’OPEP, du spécialiste Rystad et des scénarios RTE, la projection dessine un horizon énergétique préoccupant où l’électricité, pilier du plan de sortie des fossiles, pourrait elle-même venir à manquer.
La fin programmée du pétrole et du gaz bon marché
L’étude identifie plusieurs facteurs convergents. Côté pétrole, le pic de production conventionnelle a été franchi en 2008, selon l’AIE. Le pétrole de schiste américain devrait atteindre son maximum aux alentours de 2030, sans qu’aucun autre pays ne puisse prendre le relais dans les mêmes volumes. Une analyse du Shift Project indique par ailleurs que la production des 16 principaux fournisseurs de l’Europe, représentant 95 % de son approvisionnement, pourrait être divisée par deux d’ici 2050, avec un déclin amorcé peu après 2030.
Côté gaz, la production européenne recule depuis vingt ans. La demande mondiale, toujours orientée à la hausse jusqu’en 2050 selon l’AIE, menace de créer des tensions bien avant le pic de production attendu vers 2040. La dépendance au gaz naturel liquéfié transporté par méthaniers, qui représente 45 % de l’approvisionnement européen, expose la France à une volatilité extrême : une cargaison peut changer de destination en cours de voyage si un autre pays surenchérit. Par ailleurs, l’objectif national de 40 % de biogaz en 2035 repose sur une filière dont le coût de production est trois fois supérieur à celui du gaz naturel.
Un réseau électrique sous tension
La France affiche une surproduction temporaire de 7 % en 2025, mais l’équilibre demeure fragile. La Programmation pluriannuelle de l’énergie adoptée en 2026 prévoit l’ouverture de 14 centrales nucléaires d’ici 2050 pour accompagner la sortie des fossiles. Or les premières unités, attendues en 2035, glissent déjà vers 2038, avec un surcoût budgétaire de 40 %. Si les tensions pétrolières se manifestent peu après 2030, le télescopage avec ces retards pourrait provoquer une crise énergétique de grande ampleur.
L’explosion de la demande électrique liée à l’intelligence artificielle ajoute une pression supplémentaire. Elle pourrait représenter 33 % de la consommation nationale en 2035, soit l’équivalent de la totalité de la production nouvelle de solaire photovoltaïque programmée sur la période. Les auteurs rappellent que le black-out espagnol, limité à 16 heures, a coûté 4,5 milliards d’euros au pays, soit 0,28 % du PIB.
Sept mesures pour anticiper le choc
Face à ces perspectives, Kerlotec et Goodwill-management préconisent un plan stratégique énergétique structuré autour de sept axes :
- Établir un schéma directeur énergétique à 10 ans, intégrant risques, investissements et trajectoire de consommation ;
- Mettre en œuvre des mesures de sobriété et d’efficacité bien plus exigeantes que les pratiques actuelles ;
- Engager un plan d’électrification rapide des usages clés pour sortir de la dépendance aux fossiles ;
- Développer une souveraineté énergétique locale partielle fondée sur les renouvelables, stockage inclus ;
- Étudier les aides disponibles sans conditionner le plan à leur obtention ;
- Accepter de fonctionner sur un modèle économique intégrant une énergie nettement plus onéreuse ;
- Envisager une transformation du modèle économique de l’entreprise.
« Chaque entreprise doit désormais se préoccuper de sa propre production d’énergie, seule ou de façon mutualisée. Il en va de son indépendance et de sa pérennité. Les options d’autoproduction et de stockage local sont à étudier de près, sachant que le prix des batteries a chuté de 80 % en 10 ans », détaille Timothée Fustec, Directeur Général de Kerlotec.
Robustesse énergétique, nouvel impératif stratégique
Alan Fustec, Fondateur de Goodwill-management et de Kerlotec, insiste sur le caractère définitif du basculement : « Derrière la crise énergétique conjoncturelle liée à la guerre, il y a une crise géologique définitive sur les énergies fossiles. Les pays de l’OPEP gonflent artificiellement leurs stocks. Depuis 1960, leurs réserves déclarées ne cessent de croître car elles déterminent les quotas de production de chaque membre. Pourtant, dans le même temps, la découverte de nouveaux gisements stagne. »
Le diagnostic converge vers une conclusion nette : « Ce dont l’entreprise a besoin aujourd’hui, ce n’est pas tant d’un plan de décarbonation qui demeurera toujours perçu comme souhaitable sans être impératif. C’est d’un plan de décrue de sa consommation d’énergie et de souveraineté énergétique qui renforcera sa robustesse. » Pour les deux cabinets, l’ère de l’énergie bon marché touche à sa fin. Anticiper cette rupture n’est plus une option stratégique parmi d’autres, mais une condition de survie économique.
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