Élus locaux, défenseurs des consommateurs, ONG environnementales et industriels du recyclage ont tenu une conférence de presse commune pour rejeter le projet gouvernemental de consigne des bouteilles en plastique. Une première qui illustre la profonde opposition à un dispositif que l’exécutif persiste pourtant à défendre.
Fait inédit dans le paysage institutionnel français. Associations d’élus, organisations de défense des consommateurs, ONG environnementales et fédérations du recyclage industriel ont organisé une conférence de presse commune pour exprimer leur opposition au projet gouvernemental de consigne pour recyclage des bouteilles en plastique. Une coalition hétéroclite, unie par une même conviction : le dispositif défendu par l’exécutif constitue une impasse.
Remise à l’agenda par le Président de la République, la proposition fait l’objet d’une concertation pilotée par Mathieu Lefèvre, ministre délégué. Mais les participants dénoncent un dialogue de sourds. Le gouvernement, indifférent aux arguments avancés, maintient que le mécanisme contribuerait à l’amélioration des taux de recyclage nationaux.
Un dispositif critiqué sur tous les fronts
Les organisations mobilisées détaillent quatre griefs contre le projet.
D’abord, un échec environnemental programmé. Plutôt que de réduire la production de plastique, objectif pourtant central dans la lutte contre la pollution et la dépendance aux hydrocarbures, la consigne renforcerait l’usage des bouteilles jetables en normalisant leur présence dans les habitudes quotidiennes.
Ensuite, un piège pour les citoyens. La promesse d’un remboursement de 20 centimes par bouteille dissimule une réalité moins séduisante. L’accès aux points de collecte restera inégal selon les territoires, pénalisant notamment les populations rurales et précaires. Les prix des produits augmenteront mécaniquement. Les industriels, eux, capteront une double rente : le montant des consignes non récupérées et la valeur de la matière recyclée. Quant aux contribuables, ils financeront deux fois le système, par l’impôt pour le service public des déchets et par le mécanisme de consigne.
Troisième grief : le diagnostic même du problème est erroné. La « taxe plastique » européenne, qui coûte 1,5 milliard d’euros annuels à la France, ne dépend qu’à la marge des bouteilles en plastique, lesquelles représentent 10 % des emballages plastiques. Or ces bouteilles figurent déjà parmi les produits les mieux triés par les Français. Le dispositif ne répond donc pas aux difficultés posées par les autres catégories d’emballages.
Enfin, une menace structurelle pour le service public. Le système de consigne privatiserait une fraction de la gestion des déchets, aujourd’hui assurée par les collectivités territoriales au nom de l’intérêt général. Il compromettrait également le geste de tri unique, généralisé en 2021 après des années d’efforts pédagogiques, qui permet aux citoyens de déposer tous les emballages dans un seul bac.
Quatorze propositions pour une autre voie
Depuis 2023, les associations nationales d’élus portent un plan articulé autour de quatorze mesures, conçu pour atteindre les objectifs européens de recyclage et de réduction des plastiques. Elles exigent l’abandon immédiat de ce qu’elles qualifient de « semblant de concertation » et réclament des engagements concrets.
Le plan prévoit notamment de diviser par deux la mise sur le marché des bouteilles plastiques d’ici 2030, via des malus financiers imposés aux industriels en fonction des écarts constatés, conformément au principe pollueur-payeur. Il propose aussi de généraliser le geste de tri « partout, pour tous et tout le temps », en équipant les espaces hors foyer : gares, festivals, cinémas, voirie, restauration.
Autre mesure phare : l’arrêt de la commercialisation des emballages non recyclables à l’horizon 2030, en contraignant réellement les industriels à respecter le droit européen. Les signataires appellent également à faire de la lutte contre les déchets abandonnés et les dépôts sauvages une grande cause nationale.
Si ces propositions demeurent sans réponse, les acteurs mobilisés préviennent qu’ils amplifieront leur opposition. La coalition improbable née du projet gouvernemental pourrait bien se muer en mouvement durable.
Newsletter Enerzine
Recevez les meilleurs articles
Énergie, environnement, innovation, science : l’essentiel directement dans votre boîte mail.

















