Le réseau électrique français est saturé par une production décarbonée largement excédentaire. Pour amortir et développer la production d’énergies renouvelables tout en monétisant les surplus de production, une évolution de la régulation du minage de bitcoin apparaît aujourd’hui nécessaire et urgente.
Certaines équations sont implacables : avec le réchauffement climatique, les hivers sont plus doux ; les Français consomment moins de chauffage, donc moins d’électricité ; dans le même temps, les centrales nucléaires continuent de tourner à plein régime, et la production d’énergies renouvelables (EnR) est toujours plus importante. Demande en baisse, production en hausse : le surplus d’électricité provoque une saturation du réseau et un effondrement des prix de gros.
Publié le 9 décembre, le dernier « Bilan prévisionnel » du gestionnaire du réseau électrique français RTE est, à ce titre, on ne peut plus clair. Sur la période 2025-2035, la conjugaison de ces divers facteurs « se traduira mécaniquement par une accentuation des phénomènes déjà observés en 2024 et en 2025 : abondance de la production électrique (…), situations de prix faibles, nuls ou négatifs sur les marchés de gros, nécessité de modulation à la baisse de la production nucléaire et renouvelable ».
Payer pour ne pas produire : le paradoxe du marché électrique
L’électricité à prix négatifs ? Incongrue pour le consommateur final, cette réalité tend pourtant à s’imposer sur le marché électrique. En trois ans à peine, le nombre d’heures à prix négatifs a ainsi été multiplié par cent, passant de 4 heures en 2022 à 432 heures en 2025. Une situation intenable, accentuée comme on l’a vu par la congruence de plusieurs phénomènes distincts, au premier rang desquels la hausse des températures due au réchauffement du climat.
Mais pas seulement. Le succès grandissant des EnR contribue aussi à cette situation ubuesque : à la fois intermittentes et difficilement stockables, les énergies éolienne et solaire surchargent le réseau quand le vent souffle ou que le soleil tape. Enfin, la stabilité du parc nucléaire français s’avère en l’espèce un handicap, la production nucléaire devant de plus en plus « s’effacer », en période de surproduction, au profit des EnR. Mais mieux vaudra toujours « trop » d’électricité que pas assez, serait-on tenté de rétorquer…
Pas vraiment. Car la France paie – cher – pour… ne pas produire d’énergie excédentaire. Les producteurs d’EnR bénéficient en effet de contrats d’obligation d’achat (OA) : leur production électrique est rémunérée à un tarif garanti pour chaque kilowattheure produit, et ce quel que soit le prix du marché. Autrement dit, ces producteurs d’EnR n’ont aucune raison de réduire ou d’interrompre, même provisoirement, leur production. A tel point que la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a suggéré, début décembre, d’indemniser les plus gros producteurs solaires ou éoliens pour l’énergie qui serait non produite.
Des prix négatifs… sauf pour les consommateurs
Kafkaïenne, cette surproduction chronique d’électricité serait peut-être défendable si elle avait le moindre effet sur la facture énergétique des consommateurs. Or il n’en est rien. En France, la plupart des foyers s’acquittent ainsi d’un prix fixe ou réglementé pour leur électricité ; les aléas du marché électrique n’ont donc pas d’incidence sur les tarifs payés par les ménages, dont les factures n’évoluent pas même si le prix de gros tombe à zéro – voire en dessous de zéro.
Alors que les prix de marché tombent parfois, comme au début du mois de décembre, sous la barre du zéro pour atteindre -14,85 euros le mégawattheure (Mwh), et que se profile à l’horizon 2026 la fin attendue de l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (ARENH) pour les fournisseurs alternatifs, la facture énergétique des Français demeure décorrélée de la réalité de la production électrique nationale. Et ce alors que Matignon, par la voix du Premier ministre Sébastien Lecornu, dit chercher à dégager, en jouant sur les taxes, « des scénarios de baisse du prix de l’électricité ».
Le minage stratégique de crypto : une solution écologique et économique au surplus
Comment sortir d’un tel paradoxe ? Et si, au lieu d’être un coût supporté par le contribuable, l’excédent énergétique devenait une source de valeur ? Une perspective crédible, à condition de lever un tabou : le minage de bitcoin. En redirigeant cet excédent d’électricité vers le minage de bitcoin, on évite le gaspillage tout en monétisant cette électricité excédentaire, et ce d’autant plus aisément que les mineurs de bitcoin savent parfaitement interrompre et reprendre leur activité en fonction de l’état de la production électrique – une flexibilité qui rend par ailleurs le minage très « EnR compatible ».
De tels débouchés n’ont rien de virtuel. Quand le Texas a été frappé en 2021 par plusieurs tempêtes successives, les fermes de minages texanes ont instantanément interrompu leurs activités afin que l’électricité soit redirigée vers les infrastructures vitales de l’État américain. Plus récemment, l’électricien japonais Tepco a annoncé son intention de coupler ses centrales photovoltaïques à des fermes de minage afin d’amortir les surplus de production.
« Ce que nous faisons a peu d’équivalent au Japon » et dans le monde, a concédé l’entreprise, convaincue cependant que ce programme « peut encourager à développer les énergies vertes ». En monétisant la production excédentaire, les énergéticiens peuvent être encouragés à verdir leur production, au lieu de la brader ou, pire, de rémunérer les arrêts de production. Empêcher l’utilisation d’un consommateur flexible capable de transformer les excédents en valeur économique n’a, dans ce contexte, plus de sens.
Vers une évolution de la régulation ?
On peut même ici parler de renoncement stratégique. Freiner le minage de bitcoin ne protège en effet ni le climat, ni le réseau électrique. Cela empêche simplement d’avoir recours à une énergie déjà produite et parfois vendue à prix négatif. C’est un contresens écologique et économique. Reste que la régulation du secteur doit encore évoluer, notamment au niveau européen, pour transformer un coût et une gabegie en opportunité…






















