Des chercheurs de l’Université du Minnesota ont passé au crible 146 pays pour évaluer le potentiel inexploité de leurs terres agricoles, forestières et pastorales. Publiée dans Science le 4 juin 2026, l’étude conclut qu’une gestion plus efficiente des sols permettrait d’accroître l’atténuation climatique de plus de 20 % et la valeur économique de plus de 80 %, sans grignoter les écosystèmes naturels.
Et si la plupart des pays disposaient, sans le savoir, d’un levier à la fois climatique et économique dormant sous leurs pieds ? L’étude que publie la revue Science le 4 juin 2026, menée par Stephen Polasky, professeur émérite à l’Université du Minnesota, démontre qu’une réaffectation stratégique des terres agricoles, sylvicoles et pastorales pourrait rapporter simultanément sur les deux tableaux, sans qu’il soit nécessaire d’étendre l’emprise humaine sur les milieux naturels.
Frontières d’efficience : un concept inédit
Pour évaluer le potentiel réel des paysages mondiaux, l’équipe a croisé données biophysiques, indicateurs économiques spatialisés et algorithmes d’optimisation. Appliquée à 146 nations, la méthode a permis de définir des « frontières d’efficience des paysages » : l’équilibre théorique optimal entre préservation environnementale et rendements tirés de l’agriculture, de la sylviculture et de l’élevage. Or, les résultats montrent que la quasi-totalité des pays se situent bien en deçà de leur frontière, laissant entrevoir des marges de progression considérables.
Les ordres de grandeur sont éloquents. Une meilleure allocation des terres pourrait relever l’atténuation climatique de plus de 200 milliards de tonnes équivalent CO2, soit une amélioration supérieure à 20 %, tout en portant la valeur économique nette de l’usage des sols à plus de 350 milliards de dollars supplémentaires, une hausse dépassant 80 %. Fait notable : aucun compromis n’est exigé sur les objectifs de biodiversité, et nulle conversion supplémentaire de terres naturelles à l’agriculture n’est requise.
Restauration forestière et intensification ciblée
Deux mécanismes principaux sous-tendent ces gains potentiels. D’un côté, la restauration du couvert forestier dans les zones à fort rendement écologique, là où l’effet climatique par hectare est maximal. De l’autre, l’intensification des rendements agricoles dans les pays en développement, où la productivité par hectare demeure faible. Une production alimentaire plus concentrée réduit l’emprise foncière totale nécessaire, desserrant mécaniquement la pression sur les habitats naturels.
Plutôt que d’imposer une recette uniforme, l’approche cartographie des trajectoires d’optimisation ajustées aux conditions économiques et écologiques de chaque pays. « Faire face aux crises mondiales du climat et de la biodiversité ne doit pas nécessairement entraîner des coûts prohibitifs », a déclaré Stephen Polasky, insistant sur la capacité de stratégies d’utilisation des terres plus efficientes à générer simultanément des bénéfices environnementaux et économiques.
Une boussole pour les politiques internationales
Becky Chaplin-Kramer, scientifique en chef pour la biodiversité mondiale au World Wildlife Fund-US, estime que « cette recherche réfute la prétendue opposition entre croissance économique et conservation de la nature », offrant aux décideurs une « feuille de route pragmatique pour intégrer la biodiversité, l’action climatique et les objectifs de développement ».
Les cartographies d’efficacité par pays pourraient orienter les flux d’investissement dans le cadre d’accords internationaux tels que l’Accord de Paris et la Convention sur la diversité biologique. Des collaborations avec la Banque mondiale sont d’ores et déjà engagées pour décliner ces résultats à l’échelle nationale.
Les auteurs reconnaissent néanmoins certaines limites à leurs modèles. Les services écosystémiques comme la pollinisation, la régulation hydrique ou la valeur culturelle des paysages n’ont pas encore été intégrés aux calculs. Leur prise en compte future pourrait révéler un potentiel de gains encore plus étendu, renforçant la pertinence d’une gestion affinée de l’occupation des sols à travers la planète.
Article : « Landscape efficiency frontiers for biodiversity, climate mitigation, and net economic value » – DOI : 10.1126/science.aea9058
Source : Minnesota U.
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