Alors que l’Europe du Sud-Ouest affronte l’une des pires saisons d’incendies de son histoire récente, un système chinois de drones « bombardiers d’eau » revient sur le devant de la scène. Baptisé Zhuque (« Oiseau vermillon »), ce dispositif embarqué sur un camion de pompiers pourrait, selon ses promoteurs, changer la donne dans la lutte contre les départs de feu.
La catastrophe en cours : Gironde et Espagne sous les flammes
En Gironde, l’incendie a déjà ravagé environ 42 000 hectares. Il a forcé l’évacuation préventive de près de 220 000 personnes dans 23 communes, détruit environ 240 habitations et blessé 84 sapeurs-pompiers. Le front se trouve désormais à une quinzaine de kilomètres de l’agglomération bordelaise. Plus de 2 500 pompiers, 18 moyens aériens, 1 500 militaires et 1 200 forces de sécurité sont mobilisés. Il s’agit de l’une des plus grandes opérations d’évacuation jamais menées en France hors temps de guerre.
En Espagne, la situation est tout aussi dramatique. Plusieurs incendies majeurs, notamment autour de Madrid, Ávila et Tolède, ont formé des brasiers hors normes. L’incendie d’Ávila est décrit comme le plus important de l’histoire récente du pays (des dizaines de milliers d’hectares brûlés). Plus de 75 000 personnes ont été évacuées dans la seule région de Madrid, et un mort a été déploré près de Valence.
Ces feux, alimentés par une végétation desséchée après plusieurs vagues de chaleur, montrent la nécessité d’intervenir le plus tôt possible, avant que les flammes ne deviennent erratiques et incontrôlables.
Le système Zhuque : un camion qui largue une nuée de drones
C’est précisément sur ce créneau des « premières minutes » que mise le dispositif chinois. Présenté récemment et déjà en production en série depuis septembre 2025, le camion Zhuque a été développé par Wuju Technology, basé à Shenyang.
Comment fonctionne t-il ?
- Un véhicule de commandement embarque deux drones de reconnaissance et dix drones lanceurs.
- Chaque drone lanceur emporte deux « bombes » extinctrices de 25 kg chacune.
- Une salve unique = 500 kg d’agent extincteur largués simultanément.
- Une bombe couvre environ 60 m² ; les dix drones ensemble traitent près de 1 200 m².
- Déploiement en quelques secondes.
- Résistance au vent de force 8.
- Le camion crée son propre réseau local (rayon de 10 km) pour piloter l’essaim même sans couverture téléphonique, idéal en pleine forêt.
L’objectif est de frapper un départ de feu dans les minutes qui suivent sa détection, avant qu’il n’atteigne une taille critique. Les drones de reconnaissance localisent précisément les points chauds (grâce à des capteurs multi-spectraux), puis les drones d’attaque larguent leurs charges de manière coordonnée.
Pourquoi ce type de dispositif pourrait aider en Gironde ou en Espagne ?
Dans des situations comme celle de la Gironde (forêt de pins, terrain difficile, vents changeants) ou des massifs espagnols, les moyens classiques (Canadair, hélicoptères, équipes au sol) mettent du temps à arriver. Les drones pourraient permettre :
- Une intervention ultra-rapide sur les petits foyers ou les sautes de feu.
- Un accès à des zones inaccessibles ou dangereuses pour les hommes.
- Une action en essaim : plusieurs points d’attaque simultanés.
- Une réduction de l’exposition des pompiers aux risques (pyrocumulonimbus, vents erratiques).
Ils ne remplacent évidemment pas les bombardiers d’eau classiques capables de larguer plusieurs tonnes. Mais ils comblent un angle mort critique : le « trou » entre la détection et l’arrivée des gros moyens. En Gironde, où le feu a progressé de façon imprévisible et a créé ses propres conditions météo, une capacité de frappe précoce et multiple aurait pu freiner certaines extensions.
La Chine développe par ailleurs toute une gamme complémentaire :
- Drones tethérés (reliés par câble) qui projettent de l’eau en continu jusqu’à 100-150 m (voire plus) pour les immeubles ou les fronts verticaux.
- Drones lourds larguant des bombes à eau ou à poudre de 25-45 litres.
- Hélicoptères sans pilote (comme le S1000) capables de travailler à haute altitude avec précision.
Les limites et les perspectives pour l’Europe
Ce système n’est pas une solution miracle. Une salve de 1 200 m² reste modeste face à un front de plusieurs kilomètres. Il faut aussi une logistique au sol (rechargement des bombes, maintenance) et une intégration dans les chaînes de commandement existantes. Les questions de réglementation aérienne, de formation et de coût sont aussi à prendre en compte.
Pourtant, face à des saisons de plus en plus longues et intenses (changement climatique, sécheresses répétées), les multiples innovations pourraient faire la différence. La France utilise déjà des drones de surveillance et de cartographie. L’étape logique serait donc exactement ce que la Chine industrialise. Des pays comme les États-Unis testent aussi des essaims autonomes pour les feux naissants.
Alors que les pompiers girondins et espagnols luttent nuit et jour, et que des centaines de milliers de personnes sont déplacées, il apparaît que les mégafeux du XXIe siècle exigent également des outils appropriés du XXIe siècle. L’Europe aurait tout intérêt à regarder de près ces solutions, de s’en inspirer et les adapter à ses propres massifs forestiers et à ses contraintes opérationnelles.
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