Le GENCI a signé avec Alice & Bob un contrat pour un ordinateur quantique à 18 cat-qubits, première commande gouvernementale mondiale de ce type. Financé par France 2030, le système sera installé au TGCC du CEA et accessible aux chercheurs dès 2027.
Un processeur quantique capable de résister intrinsèquement aux erreurs de basculement : voilà l’objet du contrat signé entre le GENCI, l’agence nationale de calcul à haute performance, et la startup parisienne Alice & Bob. Annoncé lors de la conférence VivaTech 2026, l’accord porte sur un calculateur à 18 cat-qubits et constitue la première acquisition gouvernementale mondiale d’un système fondé sur une architecture à erreurs biaisées.
Un actif stratégique pour la recherche française
Intégralement financé par l’initiative HQI (France Hybrid HPC Quantum Initiative) dans le cadre du plan France 2030, le contrat prévoit un déploiement au Très Grand Centre de Calcul du CEA, à Bruyères-le-Châtel. La mise à disposition des chercheurs est programmée pour 2027. Le processeur sera d’abord couplé au supercalculateur Joliot-Curie du GENCI, avant d’être connecté à Alice Recoque, le futur supercalculateur exaflopique européen acquis par EuroHPC.
L’infrastructure, présentée comme le premier ordinateur quantique tolérant aux fautes de prochaine génération installé de façon permanente dans un centre de supercalcul européen, offrira un accès gratuit aux équipes académiques et industrielles. La plateforme centralisée EDARI orchestrera l’attribution des créneaux de calcul.
L’atout des qubits chats
L’architecture développée par Alice & Bob supprime nativement les erreurs de bit-flip au niveau du matériel. Les durées de protection contre les basculements dépassent une heure, un ordre de grandeur qui élimine de facto l’un des deux axes principaux de défaillance quantique. Conséquence directe : le nombre de qubits physiques requis pour la correction d’erreurs se trouve réduit d’un facteur pouvant atteindre 200, comparé aux systèmes à transmons conventionnels.
Fondée en 2020, la société dispose de bureaux à Paris et Boston, a levé plus de 130 millions d’euros et rassemble désormais plus de 150 collaborateurs. Son approche a également été retenue par d’autres acteurs de la recherche en informatique quantique. Nvidia, via son fonds NVentures, compte parmi les investisseurs récents.
Une dynamique d’investissement public
La commande s’inscrit dans une trajectoire d’engagements étatiques renforcés. En mai dernier, le président Emmanuel Macron a annoncé un milliard d’euros supplémentaires pour l’informatique quantique et 550 millions pour la microélectronique, hissant l’enveloppe publique totale dédiée au quantique aux alentours de 3,3 milliards d’euros. Alice & Bob participe par ailleurs au programme PROQCIMA, un dispositif de défense doté de 500 millions d’euros et piloté par le ministère des Armées, dont l’objectif vise la livraison de deux prototypes universels de 1 024 qubits à l’horizon 2032.
Chloé Poisbeau, directrice des opérations d’Alice & Bob, avait plaidé en novembre dernier pour une accélération des marchés publics européens en matière de systèmes quantiques, lors d’un sommet réunissant Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz. Elle a prononcé un discours inaugural à VivaTech le 16 juin pour détailler les contours de l’accord avec le GENCI.
L’acquisition montre la volonté des pouvoirs publics de ne pas cantonner le quantique au laboratoire. En arrimant directement un processeur à erreurs biaisées à l’écosystème des supercalculateurs européens, la France entend créer les conditions d’une appropriation rapide par les utilisateurs finaux, qu’ils soient chercheurs ou industriels.
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