À plus de 2,25 € le litre en moyenne en France, le diesel retrouve des sommets que l’on pensait réservés aux crises du brut. Mais cette fois, le coupable n’est pas le baril de pétrole : c’est la raffinerie. Entre l’arrêt des exportations russes, des stocks de distillats au plus bas aux États-Unis et des capacités de raffinage saturées, l’Europe affronte une crise d’offre structurelle qui promet un hiver sous tension. Décryptage d’une flambée qui redessine les prix à la pompe.
Des prix records à la pompe malgré un baril discret
La remontée est brutale. Selon les relevés cités par plusieurs médias français, le gazole a franchi 2,25 à 2,29 €/L en moyenne début septembre 2026, avec une envolée d’environ 2 à 6 centimes en une semaine et 9 à 12 centimes sur un mois. À l’échelle européenne, le prix moyen se situe plutôt autour de 2,03 €, frôlant le record d’avril, tandis que les contrats à terme sur le diesel européen ont atteint une prime record sur le Brent avant de refluer légèrement.
Le phénomène le plus frappant pour les automobilistes reste l’écart avec l’essence qui s’est réduit, voire même inversé. Ainsi, le diesel est plus cher que l’essence de 12 à 18 centimes en moyenne dans certains relevés récents : l’E10 d’environ 16 à 18 centimes, et le SP95 d’environ 12 centimes.
De l’autre côté de l’Atlantique, la situation est tout aussi tendue. Le 7 septembre 2026, la moyenne nationale US atteignait 5,967 $/gallon aux États-Unis selon les données de l’EIA.
La vraie crise est dans les raffineries, pas dans le brut
L’information clé se situe en aval, au stade du raffinage et trois facteurs semblent converger :
- L’interdiction des exportations russes de diesel, suspendues jusqu’au 30 septembre 2026 après des attaques de drones contre des raffineries en août. La Russie représentait environ 10 % de l’offre mondiale de diesel.
- Un déficit de capacités de raffinage en Europe, qui oblige le continent à importer massivement des produits raffinés.
- L’approche du pic de demande hivernal, qui exacerbe la concurrence sur les distillats (diesel, gazole de chauffage).
La tension sur les marchés à terme en témoigne. Une prime du diesel européen à près de 79 dollars par baril au-dessus du Brent, avec un pic au-delà de 100 dollars s’applique sur certains marchés du sud de l’Europe. Aux États-Unis, les stocks de distillats sont au plus bas pour cette période depuis 1982, un signal d’alerte majeur pour tout l’hiver.
Un hiver sous tension et des arbitrages à venir
La question centrale est celle de la durée. La Russie a annoncé une suspension de ses exportations jusqu’au 30 septembre 2026, mais rien n’indique que les volumes reviendront rapidement, d’autant que les attaques de drones sur les infrastructures de raffinage russes pourraient se poursuivre. Les analyses convergent pourtant. Ainsi, l’offre devrait rester tendue tout l’hiver si les capacités de raffinage ne s’améliorent pas et si les restrictions russes persistent.
Pour les consommateurs français, dont une part importante du parc automobile reste diesel, la facture pourrait s’alourdir encore. Pour les gouvernements européens, la crise relance le débat sur la souveraineté industrielle en matière de raffinage, un maillon stratégique longtemps négligé et sur l’accélération des alternatives (électrification, biocarburants).
Entre réouverture des robinets russes, importations d’urgence et rigidité structurelle de l’offre, l’automne s’annonce décisif pour les prix à la pompe. Tant que le goulot d’étranglement du raffinage ne sera pas résorbé, le gazole restera sous pression et les pompes européennes continueront d’en payer le prix.















