La semaine dernière, Google a fait fonctionner un modèle d’IA en orbite sur une puce conçue pour les centres de données. Mais sa responsable de l’énergie tempère les ambitions du groupe : les centres de données spatiaux pourraient coûter jusqu’à 100 fois plus cher que leurs équivalents terrestres.
Amanda Peterson Corio, directrice mondiale de l’énergie des centres de données de Google, supervise leur approvisionnement en électricité, ainsi que la politique et les infrastructures énergétiques du groupe dans le monde. Sa prudence contraste avec l’optimisme de plusieurs dirigeants sur le calcul en orbite. Le PDG Sundar Pichai a ainsi affirmé que, d’ici une dizaine d’années, les centres de données spatiaux pourraient être considérés comme « une façon plus normale de construire des centres de données ».
Selon The Information, Peterson Corio a évoqué un coût pouvant atteindre 100 fois celui des installations terrestres, avant d’ajouter : « Explorons toutes les options terrestres avant de passer à l’extraterrestre ». Le média y voit un rappel à la réalité venant d’une entreprise qui teste elle-même des puces de serveurs d’IA dans l’espace.
Un haïku depuis l’orbite
Google a fait fonctionner le modèle à bord d’un satellite conçu par Planet Labs. Dans un billet de blog publié le 30 octobre, l’entreprise raconte que ses ingénieurs ont transmis une requête au modèle Gemma 4 embarqué, lors d’un passage au-dessus d’une station au sol. Ils lui demandaient de composer un haïku sur le fait d’être dans l’espace. La réponse leur est parvenue alors que le satellite survolait le Svalbard, en Norvège : « Blue marble below / Data streams in silent grace / Starlight feeds my core. » Le texte en propose cette traduction : « La bille bleue en contrebas / Les flux de données dans une grâce silencieuse / La lumière des étoiles nourrit mon être profond ».
Google présente ce résultat comme « la toute première réponse d’une IA depuis un TPU de classe centre de données en orbite ». L’entreprise a ensuite testé des limericks et des requêtes portant sur l’état technique des systèmes de la charge utile. Le prototype, équipé de quatre Tensor Processing Units (TPU), a été lancé le 1er octobre lors de la mission de lancement partagé Transporter-18 de SpaceX.
Des essais encore limités
La démonstration reste modeste. Avant le lancement, Google avait précisé que les puces fonctionneraient par séquences de 15 minutes en raison des contraintes thermiques. Travis Beals, responsable du projet, avait qualifié la mission de « test très minimal ».
Les prochains essais doivent évaluer le comportement des TPU face aux contraintes thermiques et aux radiations en orbite. Ils prépareront le lancement, prévu en 2027, de deux satellites reliés entre eux.
Google avait déjà annoncé que ses TPU Trillium avaient résisté, lors d’essais au sol, à une dose de radiations supérieure à celle attendue au cours d’une mission spatiale de cinq ans. Ces résultats restent à confronter aux conditions réelles en orbite.[2]
Le sol reste prioritaire
L’équipe de Peterson Corio concentre, elle, ses efforts sur les infrastructures terrestres. Google a annoncé son adhésion à l’engagement de la Maison-Blanche pour la protection des consommateurs d’électricité, le Ratepayer Protection Pledge.
Dans ce cadre, le groupe s’est engagé à payer 100% de l’électricité consommée par ses centres de données et à investir dans le nucléaire avancé, la géothermie et le stockage de longue durée. L’estimation avancée par Peterson Corio donne la mesure de l’obstacle économique qui sépare ces investissements terrestres de l’ambition à long terme de Google : alimenter le calcul en orbite grâce à l’énergie solaire.


















