La startup grenobloise DIAMFAB inaugure une base industrielle de 750 m² dédiée à la production de wafers en diamant semi-conducteur, une première européenne financée par 4 millions d’euros d’investissement. L’installation vise à créer une filière industrielle européenne pour ce matériau aux propriétés électriques et thermiques exceptionnelles, destiné à l’électronique de puissance et aux technologies quantiques.
Dans le paysage industriel européen des semi-conducteurs, une nouvelle pièce vient de s’ajouter au puzzle de la souveraineté technologique. À Grenoble, DIAMFAB franchit une étape significative avec l’inauguration d’une ligne pilote de production pré-industrielle de wafers en diamant semi-conducteur. La réalisation, première du genre sur le continent, matérialise quatre années de recherche et développement issues des laboratoires publics français.
Un saut qualitatif vers l’industrialisation
La base industrielle de 750 mètres carrés, dont 150 mètres carrés de salle blanche, représente bien plus qu’une simple extension d’usine. Elle constitue un outil stratégique pour qualifier les procédés de fabrication, élever le niveau de maturité technologique du diamant semi-conducteur et préparer son passage à l’échelle industrielle. D’ici 2028, le site devrait être en mesure de produire plusieurs dizaines de milliers de plaques, garantissant fiabilité, répétabilité et qualité industrielle.
Leur avancée arrive dans un contexte où les matériaux semi-conducteurs traditionnels atteignent leurs limites physiques. Le diamant, avec ses propriétés électriques et thermiques supérieures au carbure de silicium et au nitrure de gallium, offre des perspectives nouvelles. Il permet d’atteindre des efficacités de conversion énergétique approchant les 99 %, de fonctionner à des températures extrêmes et de réduire considérablement les besoins en systèmes de refroidissement.
Applications stratégiques et enjeux industriels
Les domaines d’application du diamant semi-conducteur couvrent plusieurs secteurs clés :
Gauthier Chicot, directeur général de DIAMFAB, souligne l’importance stratégique de leur technologie : « Le diamant semi-conducteur est appelé à devenir un matériau stratégique, au même titre que le carbure de silicium. Aujourd’hui, la bataille industrielle se joue essentiellement entre les États-Unis et l’Asie. Avec cette ligne pilote, l’Europe se dote d’un outil industriel crédible pour s’affirmer dans la course à l’adoption du semiconducteur ultime ».
Un modèle industriel modulaire et évolutif
Le site grenoblois repose sur une architecture modulaire conçue pour s’adapter aux évolutions du marché. L’approche, combinée à un modèle « fab-lite » qui externalise certaines étapes de production tout en conservant le contrôle des procédés clés, permet à DIAMFAB de protéger son savoir-faire tout en conservant une flexibilité industrielle nécessaire dans un secteur en mutation rapide.
L’investissement total de 4 millions d’euros s’ajoute aux 8,7 millions d’euros déjà levés par la startup depuis sa création. Ce financement provient d’un écosystème mixte associant fonds privés – Asterion Impact, DeepBright Venture et Better Angle – et soutiens publics via la Région Auvergne-Rhône-Alpes, la Métropole Grenoble-Alpes et Bpifrance.
Un écosystème public-privé structurant
La réussite de DIAMFAB illustre la capacité du bassin grenoblois à faire émerger des acteurs industriels de pointe dans le domaine des micro- et nanotechnologies. L’entreprise bénéficie également de partenariats industriels avec des acteurs majeurs comme Schneider Electric, STMicroelectronics, Soitec et Murata, validant ainsi l’intérêt du marché pour cette technologie.
Leur initiative s’inscrit dans une dynamique plus large de reconquête industrielle européenne dans le domaine des semi-conducteurs. Alors que la dépendance aux technologies asiatiques et américaines reste préoccupante pour de nombreux secteurs stratégiques, le développement d’une filière européenne du diamant semi-conducteur pourrait contribuer à rééquilibrer la carte géopolitique des technologies critiques.
Le défi reste cependant de taille : passer du stade pilote à la production industrielle à grande échelle nécessitera des investissements supplémentaires et une consolidation de la chaîne de valeur. La modularité du site grenoblois constitue un atout pour cette montée en puissance progressive, mais la compétition internationale ne faiblit pas. Les prochaines années seront déterminantes pour savoir si l’Europe parviendra à transformer cette avancée technologique en succès industriel durable.



















