Des chercheurs ont découvert que les fluides ferroélectriques peuvent exploiter une force électrostatique transverse négligée pour s’élever de plus de 80 mm, sans aimants ni hautes tensions. En exploitant la polarisation spontanée du fluide et sa constante diélectrique exceptionnellement élevée, ils ont obtenu une TEF puissante, précédemment considérée comme inaccessible en électrostatique conventionnelle. Cette percée permet la création d’un moteur léger et sans aimant, ouvrant des possibilités pour des actionneurs compacts et économes en énergie, et suggérant une approche transformative pour convertir l’énergie électrique en mouvement mécanique à basse tension.
Les actionneurs dispositifs qui convertissent l’énergie en mouvement—sont au cœur des systèmes de mouvement modernes, des dispositifs microélectromécaniques à la robotique. Parmi eux, les actionneurs électrostatiques se distinguent par leur précision, leur réponse rapide et leur compatibilité avec les systèmes microélectromécaniques. Ils fonctionnent en appliquant un champ électrique entre deux électrodes, créant une pression attractive connue sous le nom de contrainte de Maxwell.
Cependant, leur dépendance à cette attraction électrostatique nécessite des hautes tensions pour produire un mouvement significatif. Une autre composante, la force électrostatique transverse, agit perpendiculairement au champ mais a longtemps été considérée comme trop faible pour être utile. Par conséquent, les actionneurs électrostatiques sont restés limités à des applications de petite taille et haute tension, tandis que les systèmes de haute puissance reposaient sur des mécanismes électromagnétiques ou piézoélectriques.
Cette limitation a commencé à changer avec la découverte des cristaux liquides nématiques polaires, une avancée qui a redéfini ce que les matériaux électrostatiques pouvaient accomplir. Ces cristaux liquides nématiques ferroélectriques combinent la nature librement fluide des liquides avec une polarisation spontanée, permettant à leurs molécules de s’aligner collectivement et de conserver un dipôle électrique interne. Remarquablement, leurs constantes diélectriques peuvent dépasser celles des diélectriques typiques de plusieurs milliers de fois, permettant la génération d’une contrainte mécanique substantielle sous des tensions modestes.
S’appuyant sur cela, une équipe de recherche dirigée par le Professeur Spécialement Désigné Suzushi Nishimura et le Chercheur Tatsuhiro Tsukamoto de l’École des Matériaux et de la Technologie Chimique, Institut des Sciences de Tokyo, au Japon, a entrepris de déterminer si les cristaux liquides nématiques ferroélectriques pouvaient exploiter et amplifier la TEF longtemps négligée. Leur objectif était de démontrer un nouveau type de moteur ferroélectrique alimenté uniquement par des forces électrostatiques.
Pour leurs expériences, l’équipe a utilisé un mélange nématique ferroélectrique de DIO et DIO-CN, un mélange de cristaux liquides eutectique avec une phase ferroélectrique stable entre 22 °C et 52 °C. Deux règles en acier inoxydable parallèles—pour fonctionner comme électrodes—ont été placées à l’intérieur d’un réservoir rempli du fluide ferroélectrique. Une tension électrique en courant continu a été appliquée aux électrodes, avec un contrôle précis de la température via une thermocouple, tandis que des caméras haute vitesse capturaient le mouvement du fluide.
Les résultats ont été frappants. Alors que le champ électrique s’intensifiait, le liquide a commencé à s’élever, d’abord graduellement, puis de manière spectaculaire. À seulement 28 V/mm, la colonne de liquide s’est élevée de plus de 80 mm, démontrant visiblement la force de la TEF. Ce mouvement correspondait à une contrainte dépassant 1 000 N/m², obtenue à des tensions des milliers de fois inférieures à celles requises par les actionneurs électrostatiques conventionnels. Les fluides de contrôle, comme l’huile de silicone et le 4-cyano-4’-pentylbiphényle, n’ont montré aucun mouvement, confirmant que l’effet était unique à la nature ferroélectrique du mélange DIO/DIO-CN.
Les mesures électriques ont révélé une transition fluide de l’état paraélectrique à l’état ferroélectrique, confirmant que la force amplifiée provenait de la polarisation spontanée plutôt que du comportement diélectrique standard. Des essais répétés ont démontré la stabilité et la reproductibilité de la force, prouvant qu’elle pouvait soutenir une opération continue.
Nishimura explique, « En utilisant un cristal liquide nématique ferroélectrique dont la constante diélectrique et la polarisation sont plus de mille fois supérieures à celles des matériaux conventionnels, nous avons considérablement réduit la tension d’alimentation requise, d’environ 10 kV à seulement quelques dizaines de volts. De plus, en exploitant la force électrostatique agissant perpendiculairement au champ électrique appliqué, nous avons pu construire un rotor entièrement en plastique. »
Cette conception simplifie non seulement la structure du moteur mais permet également une construction légère, sans métaux de terres rares et durable.
Ce travail représente un bond majeur dans la conception d’actionneurs, introduisant des dispositifs légers, sans aimant et à basse tension qui sont à la fois économes en énergie et écologiquement durables. Réfléchissant à son importance, Nishimura souligne, « Alors que la transition mondiale vers la décarbonation s’accélère et que l’énergie électrique devient une source d’énergie dominante, les moteurs ferroélectriques, exempts d’éléments de terres rares et opérationnels à basse tension, sont attendus pour contribuer à une société durable et résiliente, avec une sécurité économique améliorée en tant que technologie de nouvelle génération au Japon. »
En révélant et en exploitant la TEF dans les fluides ferroélectriques, cette étude fait non seulement progresser l’ingénierie électrostatique mais redéfinit son potentiel.
Article : Huge transverse Maxwell stress in ferroelectric fluids and prototyping of new ferroelectric motors – Journal : Communications Engineering – Méthode : Experimental study – DOI : 10.1038/s44172-025-00530-2
Source : Institut des Sciences de Tokyo











