Pour la première fois sur une année complète, l’électricité produite par les éoliennes et les panneaux solaires a dépassé celle issue des combustibles fossiles dans l’Union européenne. Selon le rapport annuel du think tank Ember, publié hier, ce basculement, qualifié d’« historique », marque la fin d’une ère dominée par le charbon et le gaz. La transition, portée par une croissance spectaculaire du solaire, s’opère à l’échelle du continent, bien au-delà des seuls pays pionniers.
Un tournant énergétique à l’échelle continentale
Le think tank Ember, spécialisé dans l’analyse des données énergétiques, a révélé dans son « European Electricity Review » un changement de paradigme. En 2025, la part combinée de l’éolien et du solaire dans la production électrique de l’UE a atteint 30 %, dépassant pour la première fois sur douze mois celle de l’ensemble des combustibles fossiles (gaz, charbon, pétrole), qui s’est établie à 29,0 %. Ce franchissement de seuil n’est pas le fruit du hasard, mais l’aboutissement d’une dynamique soutenue : en cinq ans, la part de l’éolien et du solaire a bondi de dix points de pourcentage.
« Ce moment historique montre à quelle vitesse l’UE évolue vers un système énergétique reposant sur l’éolien et le solaire », a déclaré Beatrice Petrovich, analyste chez Ember et auteure principale du rapport. Elle souligne que ce basculement « marque symboliquement la fin d’une époque » pour les énergies fossiles, après plus d’un siècle de domination. Cela dépasse les frontières des champions traditionnels que sont l’Allemagne ou le Danemark. Il concerne désormais 14 des 27 États membres, dont les Pays-Bas et la Croatie, où les renouvelables ont déjà pris le dessus sur les sources carbonées.
La spectaculaire ascension du solaire, moteur de la transition
Si l’éolien reste la première source renouvelable avec 16,9 % de la production, c’est l’énergie solaire qui a joué le rôle de locomotive en 2025. Avec une croissance de 20 % en un an, sa production a atteint un niveau record de 369 térawattheures (TWh), représentant désormais 13 % du mix électrique européen. Cette performance en fait le quatrième contributeur, derrière le gaz, l’éolien et l’hydraulique, mais devant le charbon.
La géographie de cette expansion est également remarquable. Le solaire représente désormais plus d’un cinquième de la production électrique en Hongrie, à Chypre, en Grèce et en Espagne, démontrant que son déploiement n’est plus l’apanage des seules régions les plus ensoleillées. Cette croissance, la quatrième année consécutive à deux chiffres, est le résultat combiné d’une baisse drastique des coûts des panneaux photovoltaïques, de politiques de soutien nationales et d’une volonté accrue de souveraineté énergétique dans un contexte géopolitique tendu.
Le déclin structurel du charbon et les défis persistants
L’autre face de cette médaille est le recul continu des énergies fossiles, et particulièrement du charbon. Sa part dans la production électrique de l’UE a chuté à son plus bas niveau historique, à 9,2 %. Dans 19 pays, elle est même tombée sous la barre des 5 %. La tendance est essentiellement tirée par la fermeture de centrales et la hausse du prix du CO2 sur le marché européen du carbone, rendant cette énergie moins compétitive.
Cependant, ce tableau encourageant ne doit pas occulter les défis qui subsistent. Le gaz naturel reste la première source d’électricité dans l’Union, avec 16,7 % de la production. Sa part, bien qu’en légère baisse, montre une dépendance persistante à une énergie fossile, dont les approvisionnements ont été fortement perturbés par la guerre en Ukraine. Par ailleurs, la production éolienne a connu un léger recul (-2,5%) en 2025 en raison de conditions météorologiques moins favorables.
Les experts alertent toutefois que pour consolider et accélérer cette tendance, des investissements massifs et soutenus dans les infrastructures de réseau et les technologies de flexibilité, comme le stockage par batteries, seront indispensables dans les années à venir.











