La Programmation Pluriannuelle de l’Énergie prévoit un premier appel d’offres de 250 mégawatts d’énergie hydrolienne à attribuer d’ici 2030. La décision gouvernementale, saluée par les porteurs du projet FloWatt, donne une visibilité inédite à la filière française des énergies marines renouvelables et valide le modèle économique de la première ferme hydrolienne de grande puissance en France.
L’inscription d’un volume de 250 mégawatts d’énergie hydrolienne dans la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie, avec un prix plafond établi à 160 euros le mégawattheure, constitue une avancée significative pour le secteur des énergies marines renouvelables. Cette décision, publiée le 12 février dernier, offre aux acteurs industriels une visibilité financière suffisante pour investir dans le développement de leurs outils de production.
Un cadre réglementaire stabilisé
La publication de cette programmation intervient après plusieurs années d’attente de la part des industriels du secteur. Elle fixe un cadre clair pour le développement de l’hydrolien en France, avec un premier appel d’offres qui devrait être lancé dans les prochaines années. Le prix plafond de 160 euros le mégawattheure, calculé sur la base des coûts de 2024, représente un compromis entre la nécessité de soutenir une technologie encore émergente et la maîtrise des dépenses publiques.
L’annonce valide notamment la trajectoire du projet FloWatt, porté par l’énergéticien indépendant Qair et le spécialiste de l’hydrolien marin HydroQuest. La ferme pilote, d’une puissance de 17 mégawatts, sera composée de six hydroliennes à axe vertical fabriquées à Cherbourg. Les machines seront immergées à trois kilomètres au large du Raz Blanchard, dans le département de la Manche, une zone réputée pour la puissance de ses courants de marée.
Une technologie à l’épreuve des éléments
Le choix du site du Raz Blanchard n’est pas anodin. La zone présente l’un des courants marins les plus puissants d’Europe, avec des vitesses pouvant atteindre cinq mètres par seconde. Les hydroliennes du projet FloWatt devront résister à des conditions environnementales particulièrement exigeantes, dans un milieu marin considéré comme l’un des plus énergétiques au monde en termes de courants de marée.
L’énergie hydrolienne présente plusieurs caractéristiques distinctives :
- Une production totalement prédictible, basée sur le cycle des marées
- Une absence d’impact visuel depuis les côtes
- Une empreinte environnementale limitée au fond marin
- Une production continue tout au long de l’année
La centrale devrait produire annuellement l’équivalent de la consommation électrique de vingt mille foyers français. Sa mise en service est prévue pour fin 2028, après un bouclage financier attendu en 2026.
Perspectives industrielles et emploi
Le développement de l’hydrolien en France s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification du mix énergétique et de renforcement de la souveraineté industrielle. La fabrication des hydroliennes à Cherbourg, avec l’appui des Constructions Mécaniques de Normandie, participe à l’ancrage territorial de cette filière émergente.
« FloWatt est un projet aujourd’hui validé et sécurisé, fruit d’un travail collectif solide. Il posera les bases des prochains appels d’offres grâce à une technologie éprouvée et un retour d’expérience unique », souligne Olivier Guiraud, directeur du développement des énergies marines renouvelables chez Qair.
Thomas Jalquier, président d’HydroQuest, ajoute : « L’inscription de l’hydrolien dans la PPE est une avancée capitale pour la filière et un signal positif envoyé aux investisseurs et industriels. Avec 250 MW alloués, nous pouvons poursuivre notre trajectoire de déploiement à la fois compétitive et créatrice d’emplois ».
L’analyse des enjeux humains révèle que cette décision gouvernementale répond à plusieurs attentes contradictoires de la société française. D’un côté, la nécessité de développer des énergies décarbonées pour lutter contre le changement climatique. De l’autre, la préservation des paysages maritimes et la minimisation des impacts environnementaux. L’hydrolien, par sa nature immergée et sa production prédictible, semble pouvoir concilier ces différentes préoccupations, même si son développement à grande échelle reste conditionné par des considérations économiques et techniques.
La programmation de 250 mégawatts d’ici 2030 représente donc une première étape modeste mais significative. Elle permet d’envisager le développement progressif d’une filière industrielle française dans un secteur où plusieurs pays européens, notamment le Royaume-Uni et l’Écosse, ont déjà pris une avance considérable.

















