Le géant du e-commerce annonce avoir réalisé plus de 100 millions de livraisons à vélo et à pied en Europe depuis 2021, avec la France comme principal moteur de cette transition. L’Hexagone représente à lui seul plus de 40 millions de ces livraisons décarbonées, grâce à un réseau de 23 pôles logistiques urbains déployés dans 15 villes françaises.
Le chiffre symbolique des 100 millions de livraisons à vélo et à pied franchi par Amazon en Europe depuis 2021 masque une réalité plus complexe que les statistiques ne le laissent paraître. Derrière la performance apparente se cachent des choix stratégiques qui interrogent sur la véritable nature de la transition écologique dans le secteur de la logistique.
La France, terrain d’expérimentation européen
L’Hexagone occupe une position particulière dans cette évolution, avec plus de 40 millions de livraisons effectuées par ces modes de transport décarbonés sur cinq ans. La prééminence française ne doit rien au hasard : en 2017, Strasbourg accueillait la première livraison à vélo d’Amazon en Europe, marquant le début d’une stratégie qui allait s’étendre à l’ensemble du continent.
Trois années plus tard, Paris inaugurait le premier pôle logistique urbain entièrement dédié à la livraison à vélo dans le 11e arrondissement. Ces installations, stratégiquement positionnées en cœur de ville, permettent aux livreurs partenaires de l’entreprise de charger leurs vélos-cargo pour des tournées dans un rayon limité à trois ou quatre kilomètres.
Le modèle français s’est progressivement structuré autour de 23 pôles répartis dans 15 agglomérations, dont Lyon, Montpellier, Nice, Bordeaux, Toulouse et Marseille. À Paris, les chiffres atteignent des proportions significatives : près d’un colis sur deux a été livré à vélo ou à pied en 2025. Dans les principales villes du réseau, plusieurs milliers de colis sont ainsi acheminés quotidiennement par ces moyens de transport alternatifs.
« La France a été le laboratoire de notre stratégie de livraison à vélo en Europe, et elle en demeure le leader, » reconnaît Olivier Pellegrini, Directeur Opérations Europe, Développement Durable & Emballages d’Amazon. « De Strasbourg en 2017 à nos 23 pôles actuels, nous avons montré qu’il était possible de conjuguer service rapide au client et livraisons bas-carbone dans nos villes ».
Un déploiement européen inspiré du modèle français
Le succès observé en France a servi de base à une expansion à l’échelle européenne, avec plus de 70 pôles désormais opérationnels dans plus de 50 villes. Londres, Milan, Munich, Florence, Rome et Vienne figurent parmi les dernières agglomérations à avoir rejoint ce réseau. L’entreprise prévoit de poursuivre la dynamique avec l’ouverture de nouveaux sites dans plusieurs villes européennes en 2026.
Les bénéfices de leur approche sont multiples pour les zones urbaines. Les vélos-cargo électriques réduisent sensiblement les émissions polluantes et les nuisances sonores par rapport aux camionnettes thermiques traditionnelles. Dans les centres historiques et les zones à circulation restreinte, ces engins peuvent emprunter des rues étroites et des espaces piétons inaccessibles aux véhicules plus imposants, garantissant aux résidents des livraisons plus rapides et moins perturbatrices.
L’innovation parisienne de mutualisation foncière
Le principal obstacle au développement de la logistique de proximité en milieu urbain dense réside dans la disponibilité d’espaces adaptés. À Paris, Amazon a développé une solution originale de mutualisation du foncier urbain : l’utilisation des dépôts de bus RATP comme pôles logistiques.
Ce système fonctionne sur un principe de complémentarité temporelle : pendant que les bus circulent en journée, Amazon occupe ces espaces pour ses opérations de livraison à vélo. la mutualisation intelligente des infrastructures existantes, renouvelée depuis près de cinq ans, illustre comment l’innovation logistique peut contribuer à la construction de villes plus durables.
Une approche systémique de la décarbonation
La livraison à vélo s’inscrit dans une stratégie plus large de transformation du dernier kilomètre. Dans plus de 20 villes françaises, plus de deux colis sur trois sont aujourd’hui acheminés par des moyens de transport décarbonés : véhicules électriques, vélos-cargo ou livraison à pied. Ce segment représente plus de 35 millions de colis en 2024.
Au cours de l’année écoulée, Amazon a déployé 600 nouveaux utilitaires électriques en France, portant sa flotte européenne à 10 000 véhicules électriques. Mais l’entreprise ne se limite pas aux livraisons finales. Pour le transport entre ses différents sites, elle développe fortement l’intermodalité.
En France, le rail représente déjà 25 % des mouvements de marchandises entre les installations d’Amazon, soit trois fois plus que la moyenne nationale. En 2025, l’entreprise a franchi une nouvelle étape en lançant, en partenariat avec Rail Logistics Europe, le transport de colis par TGV entre Lyon et Paris, une première européenne dans ce domaine.
Ces différentes initiatives entrent dans un investissement global de 250 millions d’euros consacré à la décarbonation du transport en France, dans le cadre de l’engagement d’Amazon d’atteindre zéro émission nette de carbone à l’horizon 2040.
L’évolution vers des modes de livraison plus durables soulève cependant des questions sur leur impact réel. Si les chiffres annoncés impressionnent, ils représentent une fraction modeste du volume total de colis traités par l’entreprise. La transition écologique dans la logistique nécessite des transformations plus profondes que le simple remplacement des véhicules de livraison, impliquant une refonte complète des chaînes d’approvisionnement et des modèles de consommation.
Source : CP/ Amazon



















